(Bon ben... retour powaaa ! ^^)
L'étranger
Elle s’engouffra rapidement dans le métro, parmi les voyageurs. Maussades, comme le temps. La pluie faisait coller ses cheveux blonds sur son visage. Le maquillage n’avait pas coulé, grâce à ce merveilleux procédé technique que l’on avait appelé « waterproof ». La jeune femme chercha une place assise. Elle en trouva une à côté d’un vieux monsieur qui semblait absorbé par la page sport de son 20 minutes. Elle s’installa sans un mot. Le vieux n’avait pas l’air dérangé. Elle posa alors son sac humide à ses pieds, et opta pour la position la plus confortable possible. Alentour, ils étaient tous pareils. Tous des parisiens pressés, attaché-case à la main, téléphone portable ou kit main libre accroché à l’oreille. Sourire semblait être une performance difficile à atteindre, ici. Surtout le matin. Surtout s’il pleuvait.
La porte du métro s’ouvrit de nouveau. Elle n’avait pas vu qu’ils étaient déjà à la station suivante. « Arrêt station Stalingrad... encore deux », se dit-elle intérieurement en consultant le plan de la ligne, au-dessus des vitres. L’étranger vint se placer devant elle, agrippant tant bien que mal une barre pour se stabiliser. Il était grand, musclé, le teint mat. Ses cheveux noirs augmentaient la profondeur des yeux qu’il semblait avoir de la même couleur.
Paris est une ville étrange. Il pleut. Il pleut, et tous ces gens semblent être aigris. Comme s’ils adaptaient leur humeur en fonction du temps qu’il fait. Il fait gris, ayons de sombres pensées. Je suis en retard, j’ai perdu mes clefs, il faut que je pense à ce rendez-vous, la secrétaire a-t-elle pris tous les appels. Ils ont tous la mine boudeuse, la tête basse, et filent avec de grandes enjambées sur les pavés mouillés. Même ici, dans le métro. Pas un ne lèverait la tête de son journal, ou ne décollerait ses yeux des pierres grises du Paris souterrain. Pourtant, c’est une belle journée.Cet homme n’était pas d’ici. Son visage bronzé le disait assez. Ses yeux ébènes cherchaient dans tous les sens. Un regard, un sourire, n’importe quoi. Quelque chose qui lui dirait que même ici, les gens savent apprécier la vie. Elle l’observa, et eut un sourire. L’étranger respirait le soleil. Il pouvait être espagnol. Les tapas, la sangria, la Alhambra, le flamenco, la Torre del oro. Il pouvait être marocain, la tajine, le thé, les remparts de Marrakech la Rouge, la tour Hassan, ou bien brésilien, la feijoada, le cachaça, Rio de Janeiro, la capoeira. Il souriait, indifférent aux regards offensants des passagers non habitués à voir quelqu’un heureux. Il souriait, malgré la pluie battante du dehors qui avait abîmé son manteau. Il souriait, malgré ce jeune qui l’avait bousculé. Il souriait.
Elle est jolie, cette femme. Elle me regarde, je lui souris, elle sourit en retour. Elle a l’air de m’apprécier. J’ai envie de m’asseoir à ses côtés, mais le vieil homme serait sûrement offusqué de ma demande. En espérant qu’il se lève à une station toute proche. Je lui sortirai les photos de ma petite fille, belle comme une étoile. Je crois qu’elle se demande qui je suis. Je ne sais pas. Le métro s’arrêta brusquement. Nouvelle station, nouvelles personnes qui descendent, nouvelles personnes qui montent. Le vieux au journal se leva et sortit. Immédiatement, un jeune garçon prit sa place. Il devait avoir dix-sept ans, pas plus. Le son qui sortait de ses écouteurs laissait entendre une musique reggae un peu trop forte. Il essora sa casquette sans se préoccuper de sa voisine, la remit sur sa tête en cachant à moitié son visage, étendit les jambes et croisa les bras. Elle ne lui dit rien, à quoi bon. Cet adolescent lui avait fait oublier l’étranger pendant quelques minutes. Il était toujours là, détaillant le jeune, étonné.
Je resterai debout. Tant pis. La technologie fait des ravages, ici. Ce garçon est enfermé dans son monde. C’est étrange. Dans mon pays, les enfants jouent ensemble, ils échangent, ils rient aux éclats. Ils rient, et c’est un rayon de soleil qui illumine votre journée. Ils rient, et vous savez qu’ils croquent déjà la vie à pleine dents comme on croquerait dans une pomme bien juteuse. Ils rient, et c’est leur bonheur qui s’étale à la face du monde. Ils rient, et vivent. Ici, les enfants ne rient pas. On leur a trop donné, ils n’en n’ont plus assez. Station Stalingrad. Encore une fois, la foule se bousculait. La jeune femme blonde descendit. Elle avait perdu de vue l’étranger. Elle ne saurait pas son histoire. Pas même son nom. Pourtant, lors du trajet trop court en métro, elle se voyait déjà absorbée par ses récits. Elle serait assise, joyeuse, comme un petit enfant tout excité par la promesse de grand-père de lui raconter une nouvelle histoire de la guerre. Son regard plongé dans les yeux macassars de l’homme, elle l’écouterait avec passion, laissant défiler les heures sans s’en soucier. Il était de ceux, elle en était sûre, qui prennent le temps. Ceux qui marchent et ne courent pas, ceux qui s’arrêtent quand ils en ont envie, ceux dont la vie n’est pas qu’un souffle entre le réveil et le coucher.
Une goutte de pluie tombée innocemment sur son nez lui rendit ses esprits. Elle secoua la tête, remit sa chevelure blonde en place. Les yeux ouverts. Il était là.
La place est vide. Seule reste cette femme. La femme du métro. Elle est blonde, a de charmants yeux bleus qui dévorent éternellement la ville. La pluie ruisselle lentement le long de ses joues rondes. J’oublie les vêtements qui me collent à la peau. J’oublie le courant d’air froid qui glisse mesquinement sous mon manteau, me laissant un frisson dans le dos. Il n’y a plus qu’elle, moi, et ce Paris que les parisiens oublient d’aimer…
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"Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire." Voltaire