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 La patrouille - Contre les talibans

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Vincent C
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Nombre de messages: 49
Date d'inscription: 10/12/2008

MessageSujet: La patrouille - Contre les talibans   Mar 30 Déc à 14:44

Nous patrouillions sur l’un des itinéraires réputés les plus dangereux de la région. C’était un passage obligé pour les talibans qui arrivent le la zone tribale proche de la frontière pakistanaise et qui veulent rejoindre Kandahar.
« Qui tient les hauts tient les bas » ils nous avaient répété ça des centaines de fois pendant le stage de combat en montagne de deux mois que nous avions enduré avant de venir. Je me demandais pourquoi on continuait à nous faire patrouiller sur les pistes en contrebas. Peut-être n’étions nous simplement pas assez nombreux pour tenir tous les points hauts de ce pays dans lequel aucun occupant n’a jamais réussi à imposer sa présence très longtemps.
Nous étions arrivés dans une plaine et comme il était ridicule de rester à dix dans un véhicule légèrement blindé à attendre de sauter sur une mine ou qu’on nous tire dessus au lance roquette, le sergent à fait débarqué le groupe. Un char aurait pu traverser la plaine sans prendre trop de risques, mais les chars sont presque aveugles et leurs canons ne peuvent pas tirer sur les sommets à cause de l’inclinaison, pour patrouiller, ça n’est pas très efficace.
- Alors, pourquoi ne pas envoyer le char devant et marcher à pied derrière ? Avais-je un jour demandé au sergent.
Il m’avait répondu que c’était comme ça qu’on faisait la guerre il y a plusieurs décennies et que les choses avaient évolué depuis. Il avait rajouté que si les fantassins disposaient de véhicules blindés, ça n’était pas pour se planquer derrière des cavaliers, et que si j’avais la trouille il fallait que je change de métier.
J’ai donc continué à faire mon métier de fantassin, de fantassin en patrouille même. Je peste contre ces consignes de garder le cran de sûreté sur nos armes. « C’est pour éviter que vous ne vous tiriez dessus par maladresse » m’a expliqué le sergent en rajoutant affectueusement « bande de nains » à la fin de sa phrase. Je suis d’accord, c’est con de se faire tirer dessus par un camarade quand il n’y a même pas d’ennemi, mais garder les armes à la sûreté, c’est encore plus con, il suffirait de dire à tout le monde de ne pas mettre le doigt sur la détente et on ne se tirerait pas dessus. Quand je regarde les autres, je vois qu’ils ont presque tous le doigt sur la détente, et le sergent de dire « C’est pas grave puisque la sûreté est mise ». Sauf que quand on va commencer à se faire tirer dessus, on va les retirer les sûretés, et on va courir partout, et ça va être un beau bordel. Et il sera trop tard pour expliquer à tout le monde qu’il ne faut pas garder le doigt sur la détente tant qu’on n’est pas sur le point de tirer. J’ai expliqué ça au sergent, il m’a dit qu’il n’avait pas envie de se faire engueuler si le lieutenant voyait son groupe patrouiller sans les sûretés sur les armes. J’ai expliqué ça au lieutenant, il m’a dit que si je n’avais pas confiance en mes camarades, il fallait que je change de métier.
Je regarde sur ma droite, je vois le groupe Charlie à environ cent mètres, le groupe Bravo est sur la gauche, environ à la même distance. Le chef de section est avec nous puisqu’on est sur la piste, et que la mission principale c’est justement de « reconnaître la piste ». Les blindés eux sont derrière, leurs mitrailleuses prêtes à nous appuyer au cas ou, sauf qu’à cause de l’inclinaison ils auront du mal à tirer sur les sommets.
Et c’est à ce moment qu’il y a eu le premier coup de feu. Tout le monde s’est plaqué au sol, comme ça on offre moins de superficie pour se faire tirer dessus.
Nous étions au centre d’une vallée encaissée (on appelle aussi ça un talweg) entre les hauteurs de part et d’autre, à environ deux cent mètres de chaque coté. Le problème, c’est qu’à cause du relief, on ne pouvait pas déterminer d’où venait le coup de feu. Le son ricoche sur les parois des montagnes et semble venir de partout. Si on est assez chanceux on peu voir un mouvement ou un peu de fumée au départ du coup, sinon il faut tirer à l’aveuglette en espérant faire bouger l’ennemi.
Et là, rien, un deuxième coup de feu, puis un troisième, puis j’ai arrêté de compter, mais aucune riposte de notre coté. « Quelqu’un a vu d’où ça venait ? » a crié le sergent. Personne n’a répondu. Il a attendu un peu pour voir s’il y avait des ordres qui venaient du chef de section, comme il n’y en a pas eu, il a gueulé « L’équipe A, canarder à droite, l’équipe B, à gauche ».
Il avait raison, c’est ce qu’il fallait faire. Le seul problème c’est qu’avec nos six chargeurs chacun, on a tenu environ trois minutes. Moi je n’ai utilisé que la moitié de mes cartouches, je savais qu’on serait vite en manque de munitions.

***

On avait déjà essuyé plusieurs coups de feu. Tout le monde était à terre ou posté derrière des rochers et cherchait à déterminer d’où venait l’attaque. Mais les flancs de montagnes à deux cents mètres de part et d’autre de notre position recelaient d’assez d’abris et d’anfractuosités dans la roche pour dissimuler de nombreux ennemis. Nous tirions donc, un peu au hasard sur ce qui nous semblait n’être que de la pierre, en espérant faire baisser la tête aux talibans embusqués et en attendant l’ordre de bouger pour quitter cette position.
Rien ne vint. Je cherchais du regard mon chef de groupe, il scrutait les parois sur notre droite pour tenter d’y déceler l’ennemi. Il avait ordonné à l’équipe A de surveiller à droite et à l’équipe B de surveiller à gauche. Vu la configuration du terrain en cuvette, il était fort probable que nous soyons attaqués des deux cotés. L’ennemi, placé en hauteur pouvait s’en donner à cœur joie sans risquer de toucher par inadvertance ceux d’en face.
Je cherchais du regard le chef de section, il semblait avoir été blessé au bras et s’était fait un bandage de fortune. Je vis à son air déterminé qu’il était maintenant prêt à réagir.
« Continuez à tirer. Un par un, dans l’ordre des groupes, 1, 2, 3. Feu nourri avec économie maximum des munitions ».
Pendant l’entraînement, on nous avait appris les ordres formels et réglementaires pour désigner ou se faire désigner une cible. Ça marchait bien, c’était toujours quelque chose du genre « dans telle direction, à environ telle distance, un taliban, une rafale de trois, FEU » c’était clair et précis et le chef donnait tous les éléments, laissant un minimum d’initiative au tireur. Mais là, les objectifs n’étaient même pas visibles. Heureusement, Heureusement, l’idée de forcer les talibans à baisser la tête tout en économisant au maximum nos munitions parut naturelle à tout le monde, et après quelques hésitations, les balles fusaient depuis chez nous à un rythme régulier. Si nous ne touchions personne, au moins l’ennemi savait qu’il n’était pas totalement à l’abri. L’adjoint, qui gérait l’appui depuis les véhicules avait, semble-t-il, donné des ordres équivalents et on entendait les mitrailleuses crépiter au loin pour tirer, à l’aveuglette, sur les parois des montagnes où étaient cachés nos assaillants.
Ça a duré comme ça pendant, longtemps, trop longtemps, à ce rythme la, au bout de vingt minutes, on avait déjà utilisé pas loin de la moitié de nos munitions, et on comptait un mort et trois blessés dans nos rangs.
C’est justement quand on s’est rendu compte que nos munitions ne nous permettraient pas de tenir bien longtemps que la cadence a ralenti. C’était à peine perceptible au début, mais très vite, on a hésité à tirer. On savait que si on se retrouvait à court de munition, ces salopards allaient nous tomber dessus et nous abattre comme des chiens, et peut-être même nous torturer. Alors, le rythme à baisser, certains refusaient de tirer ou faisait semblant d’oublier leur tour. Ils voulaient garder des munitions si les talibans sortaient de leurs caches, ils préféraient se faire tirer comme des lapins que de se retrouver impuissants. Et c’est là qu’on a compris ce que c’était d’être sous un déluge de feu. Au début, c’est le bruit qui est le plus traumatisant. Les balles qui sifflent et les éclats de pierre juste à coté de nous, et puis il y a les cris des blessés. Ceux qui pestent et jurent comme des charretiers parce qu’ils se sont pris une balle dans le bras ou dans l’épaule, et puis il y a les autres, ceux qui savent qu’ils vont mourir. On peut s’en sortir avec une balle dans le ventre, mais pas quand on est pris dans une embuscade. Ça prendra trop de temps pour se faire évacuer. Alors certains abandonnent, et se laissent bercer par la fureur du champ de bataille pour sombrer dans une torpeur bienfaisante, c’est un peu comme s’ils avaient déjà quitté leur corps, en tous les cas ils n’y prêtent plus attention. D’autres sont dans le déni plus ou moins héroïque. Un se lève là-bas pour vider ce qu’il lui reste de munition sur cet ennemi invisible, il ne reste debout qu’une poignée de secondes, cisaillé par quelques balles qui lui arrachent ce qui lui reste de vie. Un autre reste abrité et continue à viser les flancs de la montagne, méthodiquement, comme si cela pouvait changer quelque chose, comme ci continuer à obéir avait le moindre sens quand on est sur le point de mourir.
Enfin, au bout d’environ une demi-heure, les renforts sont arrivés, pas très nombreux. La nuit était sur le point de tomber. Ils ont pris place un peu derrière nous et ils ont commencé à tirer, eux aussi, sur les flancs de montagne de part et d’autre de notre position. Nous, on attendait que ça passe, on était presque à court de munitions et ceux qui n’avaient pas été blessés pensaient surtout à rester à couvert.
Ça a duré toute la nuit, il y a même eu des roquettes de tirées sur les blindés et des tirs de mortiers. Bien sur, c’était plus difficile pour nous d’utiliser de telles armes à cause de la position surélevée de notre adversaire.
Et puis au petit matin, les tirs ont diminué, ils étaient peut-être fatigués, ou ils craignaient une attaque aérienne au levé du jour. Il a encore fallu attendre plusieurs heures avant que des reconnaissances ne s’assurent que les flancs de montagne étaient dégagés et qu’il n’y avait plus de risque immédiat. Ensuite, on a évacué la zone. Certains pleuraient, d’autres ne disaient rien, d’autres, les plus fragiles, ne pouvaient pas s’empêcher de raconter comment ça s’était passé.
Quelques jours après, j’ai lu un article où le ministre de la défense français parlait d’une trentaine de morts dans le camp ennemi, alors que son homologue afghan recensait treize tués parmi les insurgés. Ça n’a pas trop d’importance mais je pensais qu’après avoir vécu ça, on nous devait au moins la vérité sur ce qui s’était passé… [right]
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skid2
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MessageSujet: Re: La patrouille - Contre les talibans   Jeu 15 Jan à 10:29

c'qui s'est passé? vous vous battiez pour conserver la propriété des champs de pavot... de quoi se mettre à la râbla quand on a une permission.
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moi
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MessageSujet: Re: La patrouille - Contre les talibans   Jeu 29 Jan à 0:21

Je ne sais pas trop suoi dire, c'est touchant, c'est beau c'est dur. Encore une fois je me répete et je le redis: j'aime Smile

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