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 Ta´am

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eltrol
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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 4 Fév à 13:52

Pourquoi, à chaque fois que je viens sur le forum, je m'empresse de regarder s'il y a des nouvelles sur les projets de romans?
Suis-je la seule, aidez-moi!!!!!!!!
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Plume
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MessageSujet: Re: Ta´am   Dim 6 Fév à 22:37

Dis Antigone c'est quand la suite s'te plaît?????

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Et heu aussi Antigone, Hiraeth et Torny, c'est quand la suite??? Wink
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Antigone
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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 7 Fév à 0:30

C´est tout de suite, c´est maintenant, c´est en direct live...


Les couverts d´argent s´entrechoquaient dans l´immense salle à manger, et le bruit se répercutait en un écho inquiétant. A l´autre bout de la table, Paymon mangeait calmement, redemandant de temps à autre du vin d´un simple regard. L´empressement des suivantes à le servir était à la fois admirable et méprisable… « On dirait des larves… si elles pouvaient ramper à ses pieds pour lui lécher les bottes, elles le feraient. Je suis sûre qu´elles n´attendent que son autorisation… » pensa Dorcha. Elle s´appliqua à terminer le morceau de viande non identifié arrosé d´une sauce épaisse qu´on avait déposé devant elle, mais ne lui trouva pas de goût, trop absorbée par l´idée de revoir son frère. D´ailleurs tout le repas lui avait paru insipide, et si elle n´avait pas craint de remarque ironique ou vexée de Paymon elle aurait volontiers repoussé son assiette au loin depuis longtemps. Elle soupira sans s´en rendre compte, et jetta un regard en biais au maître des lieux. « Ils ont oubliés de fournir le porte-voix à l´entrée… Ca ne va pas faciliter la communication… » La longue table d´ébène était longue de plus de dix mètres, et Abalam l´avait fait asseoir à l´une de ses extrémités quand elle était entrée, tandis que Paymon prenait place en face d´elle. « Eventuellement je pourrais demander du papier et fabriquer des avions pour lui envoyer des messages… ».
Paymon appela Abalam d´un geste de la main, et celui-ci s´approcha à moitié courbé, dégoulinant d´obséquiosité. Dorcha réprima une moue de dégoût et reporta son regard sur son assiette. Elle découpa un nouveau morceau de viande qu´elle porta sans enthousiasme à sa bouche. « Dorian… Mais comment aurait-il pu arriver ici ? Par quel miracle ? Je l´ai vu… J´ai pourtant bien vu l´accident et… » Elle n´arrivait pas à formuler les mots « cercueil » et « cadavre ».

- Jeune demoiselle ? murmura Abalam à son oreille, et elle sursauta, faisant tomber la fourchette qui heurta le sol en répandant son écho métallique à travers toute la pièce. Dorcha fronça les sourcils et adressa un regard teinté de reproche a l´intendant qu´elle n´avait pas entendu arriver. En bout de table, Paymon éclatait de rire, et elle se sentit rougir légèrement, humiliée de s´être laissé surprendre. Abalam s´inclina aussi profondément qu´il lui était possible, et une suivante se précipita pour ramasser le couvert tandis qu´une autre apportait une nouvelle fourchette sur un plateau d´argent. « Une fourchette sur un plateau d´argent, non mais je vous jure… Pourquoi pas un coussin de velours rouge pendant qu´on y est ? On peut aussi agiter une clochette et annoncer son arrivée aussi… »
- Jeune demoiselle, pardonnez mon arrivée brusque…
- Brusque, c´est le moins qu´on puisse dire, Abalam, siffla-t-elle.
- Vous m´en voyez profondément navré, jeune demoiselle… Le Maître désire vous transmettre un message.
- Qu´il le fasse.
- Il désire savoir si vous avez réfléchi à… sa proposition, murmura-t-il, et le simple son de sa voix servile suffit à mettre Dorcha en colère.

« Evidemment que j´y ai réfléchi, que croit-il cet imbécile ? On m´annonce que mon frère mort est soit-disant vivant et on voudrait que je n´y pense pas ? On me demande d´aller le retrouver et on suppose que je pourrait cogiter sur la meilleure periode pour la récolte des girolles pendant ce temps ?»

- J´y ai en effet réfléchi, rétorqua-t-elle en contenant son énervement grandissant.
- Et… insista lourdement Abalam.
- Et cette affaire ne regarde que Paymon et moi, il me semble.
- Jeune demoiselle, sussura Abalam, je suis l´intendant de la maison de Paymon. Il n´y a pas de secret pour moi qui suis entièrement dévoué au service de…
- Je m´en moque complètement, Abalam. Parler avec vous me répugne.

Abalam se redressa doucement et son regard s´assombrit.

- Je vais prévenir le maître de votre… exigence.
- Parfait, répondit-elle sèchement en plantant rageusement sa fourchette dans un morceau de viande.

« Et casse-toi une jambe par la même occasion, pauvre type » grommela-t-elle avant de terminer son assiette, les yeux lançant des éclairs.
Paymon écoutait attentivement Abalam, tête penchée sur le côté, et acquiesça brièvement avant de se relever. Dorcha déglutit, se demandant soudainement si elle n´avait pas été trop loin. D´accord, elle ne supportait pas Abalam, mais il était très haut placé dans cet maison… Beaucoup plus haut placé qu´elle, qui n´était rien, à part l´Asmodée. Mais ce simple titre lui donnait-il le droit de donner des ordres ? Où se situait-elle exactement dans l´échelle de pouvoir si soigneusement organisée de la maison de Paymon ?
Il traversa la salle d´un pas félin, le regard calme et un léger sourire sur le visage. Dorcha se redressa maladroitement, puis finit par se lever, sans aucune idée de la manière dont elle devait se comporter. Tendue, elle piétina d´un pied sur l´autre. Plus que trois mètres… Plus que deux… Plus qu´un…. Paymon s´arrêta, lui saisit la main et la porta à sa bouche tout en lui adressant un regard taquin.

- La présence d´Abalam vous dérange, chère Asmodée, et c´est tout naturel. Ces suivants ne sont pas dignes de personnes telles que vous et moi. Je dois dire que je le trouve plus que repoussant moi-même.

Dorcha se détendit légèrement, et ses yeux sourirent.

- Cependant, chère amie, reprit Paymon d´une voix toujours aussi douce mais en resserrant durement sa prise autour de la main de Dorcha, Abalam est l´intendant de cette maison, et donc une personne de haute confiance à laquelle je n´admettrai pas qu´on fasse offense. Attendez donc d´être proclamée officiellement Asmodée avant de le tourmenter. Quand cela sera fait, nous serons tous en votre pouvoir, très chère, et il vous sera libre de faire de nous ce qu´il vous plaira. Mais d´ici là, je vous saurai gré de respecter les lois en vigueur dans cette maison.

Elle acquiesça vigoureusement, réprimant un cri de douleur. Paymon posa calmement
ses lèvres sur sa main, et se redressa de toute sa hauteur.

- Nous nous sommes compris. Il ne me reste alors qu´une seule question à formuler, jeune demoiselle : acceptez-vous votre rôle d´Asmodée ?
- Que devrais-je faire exactement, si je l´accepte ?
- Nous célebrerons votre intronisation le plus vite possible, et ensuite vous partirez chercher votre frère sur le Continent.
- Et… si je refuse ?
- Dans ce cas nos relations n´auront plus lieu d´être, et je me verrai contraint de me… séparer de vous, dit-il avec un petit sourire désolé.
- Cela ne m´a pas l´air d´être un choix très équitable… Vous me supprimeriez, c´est bien ça ?
- Chère enfant, rit-il, ne parlons donc pas de telles extrémités avant que vous ne vous soyiez prononcée sur la question ! Le choix est en fait simple : voulez-vous retrouver votre frère ?
- J´en arrive même à m´étonner que vous m´ayez posé la question, répondit calmement Dorcha. Bien sûr que je le veux.
- Dans ce cas tout est pour le mieux. Votre intronisation sera célébrée au plus tôt, sourit-il, et Dorcha se demanda soudainement si elle avait fait le bon choix ou si elle venait de se précipiter tête la première dans la gueule du loup.

Mais à l´idée de revoir son frère, elle oublia tout et sourit également.

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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 7 Fév à 1:05

Ah mais comment se fait-il que l'attente soit si dure la lecture si douce et que le temps s'écoule si lentement...

Moi je voudrais LA SUITEEEEEEEEEEEEEEEEE!


Toujours aussi génial....
Je vais faire un copier coller de mes premiers commentaires et en faire unrpoulement... (comme ça ce sera bien mieux que ce post ridicule qui sert à que dalle!!!)


Et sinon encore des répliques cultes que Candle et moi devrions compiler pour mettre dans ton site officiel...


Citation :
Eventuellement je pourrais demander du papier et fabriquer des avions pour lui envoyer des messages…


Citation :
« Une fourchette sur un plateau d´argent, non mais je vous jure… Pourquoi pas un coussin de velours rouge pendant qu´on y est ? On peut aussi agiter une clochette et annoncer son arrivée aussi… »


Citation :
« Et casse-toi une jambe par la même occasion, pauvre type »


Cette dernière à utiliser dans toutes les occasions bien évidemment...

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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 7 Fév à 13:02

Mais c'est trop couuuuuurttt !!! La suiiiiiiittteeeeeee !! Am, s'il-te-plaît !

Bon bah sinon moi j'adore toujours autant, c'est indiscutable ! ^^ Et je suis tout à fait d'accord avec Plume pour les répliques cultes !
(Essaye de placer "Quel cruel destin que le notre de destin qui est tellement cruel qu'on peut même pas s'aimer d'abord !", genre Dorcha qui parle à son frère. Et le fameux "Ditudon" aussi !).
Bref j'attends la suite avec impatience, (et également celle de SO).

Mais... attendez là ! Il y a un site officiel et je suis même pas au courant ?! (Là je plagie Plume pour ça ! )
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Hiraeth Dùnadan
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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 7 Fév à 15:01

Citation :
La longue table d´ébène était longue de plus de dix mètres
je pointillone je pointillone répétition pas belle

A part ça bah rien

mais non heu


C'EST GENIIIIIIIIIIIIIIAL !!!!!!!!! LA SUIIIIIIIIIIIIIIIIITE !!!!!!!!!!!

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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 7 Fév à 17:28

BON, ELLES VONT SE CALMER OUAIS!!! BANDES D HYSTERIQUES!!!
Nous allons, pour la dernière fois, te parler calmement Antigone, la suite!!!!!!!!!
PSinon, prochainement , nous nous verrons dans l'obligation de prendre des sanctions..tu le comprends bien , j'espère.. Evil or Very Mad
Bon, je m'autopunie.. Boulet (hum, pas désagréable en fait..!!)
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eltrol
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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 7 Fév à 17:30

Anonymous a écrit:
BON, ELLES VONT SE CALMER OUAIS!!! BANDES D HYSTERIQUES!!!
Nous allons, pour la dernière fois, te parler calmement Antigone, la suite!!!!!!!!!
PSinon, prochainement , nous nous verrons dans l'obligation de prendre des sanctions..tu le comprends bien , j'espère.. Evil or Very Mad
Bon, je m'autopunie.. Boulet (hum, pas désagréable en fait..!!)
Bon, c'est la cata, j'ai merdouillé tout plein partout..ça a déconnecté pis, je l'ai pas vu pis, j'ai fait Citer pis, ça fait pas beau pis, la vie est trop injuste!
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MessageSujet: Re: Ta´am   Sam 12 Fév à 12:01

Yep yep yep !!!

It's good! GOoooooooooooooooooood!

Mais mais mais...

Comme l'a souligné Hiraeth, il y a une répétition sur le "longue", et aussi sur "aussi"...

Je précise :
"On peut aussi agiter une clochette et annoncer son arrivée aussi…"

Des détails, quoi... Des fioritures devant le sublime de cette histoire...

More! More! More! We want more!

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MessageSujet: Re: Ta´am   Sam 12 Fév à 15:29

Ca y est mon public commence à me critiquer... C´est la fin de mon heure de gloire...

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MessageSujet: Re: Ta´am   Sam 12 Fév à 19:40

Mais enfin, laissez-la pas dire des choses pareilles!
Bon! Chocolat, bonbons, popcorn, coca, cigarettes, musique! Faut tout sortir!! bounce HOP HOP HOP!
Bon, faut lui redonner confiance! qui fait le massage? Evil or Very Mad
Sérieusement, tu cales où tu nous fais patienter pour mieux nous achever? Pourquoi il n'y a pas de suite?
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MessageSujet: inquietudes   Dim 20 Fév à 14:56

am' malade ou en vacances loin de tout ordi ?
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Hiraeth Dùnadan
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MessageSujet: Re: Ta´am   Dim 20 Fév à 15:11

non simplement de retour au pays à ce que j'ai comrpis


pauvres de nous

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MessageSujet: Re: Ta´am   Dim 20 Fév à 19:17

Yep!

C'est à cause de sa carrière internationale... Elle voyage beaucoup ces temps-ci...


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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 14 Mar à 3:46

Bon je vous ai fait longuement attendre, je sais... Mea culpa! Mais je suis enfin en mesure de vous fournir la suite... J'espère que vous ne m'en voulez pas trop... Alors voilà...



Accablé de fatigue, Gabriel se laissa tomber pesamment dans le sable chaud, et soupira. Après ces jours de dérive, sentir à nouveau le contact rassurant de la terre ferme sous ses pieds lui faisait un bien fou. Mais malgré tout, il ne parvenait pas à se sentir lui-même. Où était le rêve, où était la réalité ? Etait-il réellement en train de devenir fou ? Il s’enfouit la tête dans les mains et tâcha de faire le point. « Je rêve de ma mère et de chez moi… Je rêve de ma réalité d’avant… Et pourtant c’est ce monde délirant qui me paraît réel… En fait j’ai complètement inversé les modes. C’est pourtant pas mon genre de rêver de fées, ça c’est sûr ! Une bonne course poursuite en bagnole, ou sauver des damoiselles en détresse d’une mort certaine, ça d’accord, mais alors franchement, deux tarées avec qui je voyage dans un monde inconnu, ça me ressemble pas. Jamais de ma vie je n’ai rêvé d’un truc aussi tordu. Je ne sais même plus si c’est un rêve ou un cauchemar, en plus.» Il se pinça, et grimaça sous la douleur. « Mais est-ce qu’on peut avoir mal dans ses rêves ? En fait je devrais remettre en question la notion de rêve… Mais j’aime pas la philo, moi… J’ai toujours été nul en philo.» Il prit une poignée de sable et l’observa s’écouler doucement entre ses doigts, formant un petit tas sur le sol, aussitôt balayé par le vent marin. « En gros, il faudrait que j’arrête de me poser des questions auxquelles je ne trouverai de toute façon aucune réponse, et que j’attende de voir. Mais c’est trop bizarre… Un fameux bad trip. » Perplexe, il se demanda si une bonne cuite pouvait causer un bad trip comme celui-là, et combien de temps au pire on mettait à dessaouler. Et un delirium tremens, c’était irréversible ou pas ?

- Oh la la… ce que ça a l’air loin ! déclara soudainement Atyda, mais elle était bien loin de paraître ennuyée par la perspective d’une longue marche. Un large sourire illuminait son petit visage mutin et ses joues rosirent de plaisir. Gabriel se releva maladroitement, et contempla l’horizon. D’un côté, la mer. De l’autre, le sable. Et à part ça… rien.
- Euh… elle a l’air vachement grande, cette plage, quand même, non ? risqua-t-il d’une voix étranglée.
- Plage ? C’est le désert d’Estrekan, Gabriel. C’est normal qu’il n’y ait que du sable, répondit tranquillement Sécate en repoussant la barque vers la mer.
- Euh… Sécate… tu fais quoi là ? On peut savoir ? demanda-t-il, les yeux ronds.
- Je rends la barque à la mer, tiens. Tu le vois bien.
- Mais on risque d’en avoir besoin !
- Pour traverser le désert ? En voilà une drôle d’idée ! s’étonna la fée.
- Mais non, pour revenir… insista-t-il.
- Si tout se passe bien, Gabriel, tu ne reviendras pas, toi. Et nous on vole. Plus besoin de barque.
- Ok j’ai compris… Adieu la barque. Si tout va bien, je ne la reverrai pas, dit-il sans protester davantage, comme un écolier récite sa leçon.
- De toute façon elle n’était pas belle, trancha Atyda.

Gabriel leva les yeux au ciel, mais ne répondit rien. Il observa à nouveau le désert qui
s’étendait devant lui à perte de vue. L’air semblait frémir au loin. Ici le vent leur assurait une fraîcheur relative, mais qu’en serait-il là-bas, sans abri pour se protéger des rayons du soleil éclatant ? « Ben ça donnera de la viande rôtie, mon petit Gaby… Dire qu’on n’a même pas un bob de touriste et un appareil photo pour immortaliser l’instant glorieux où on découvrira nos premiers coups de soleil! Toutes les agences de tourisme peuvent aller se rhabiller, pour voyager vrai et sauvage, rien de tel que voyager dans un endroit inconnu et avec deux guides volants… Le vrai parcours de l’aventurier, sans crème solaire et sans chameau !» Au bout de quelques minutes, il se retourna brusquement et courut vers la mer. Quand il vit que la petite barque tanguait déjà loin de la côte, il s’arrêta, respira un grand coup et fit face à Sécate.

- Euh… Sécate ?
- Oui… ? demanda-t-elle sans même le regarder.
- Tu as bien entendu pris les provisions qui se trouvaient dans la barque, pas vrai ? demanda-t-il en parcourant nerveusement la plage du regard.
- Non… Trois biscuits et une outre de vin, tu sais, ça ne valait pas la peine. Le vin, dans le désert, ce n’est pas l’idéal.

Il ferma les yeux et inspira un grand coup, essayant péniblement de se rappeler quelques principes de méditations zen. Mais les seules images défilant avec insistance devant ses yeux lui proposaient la vision de fées torturées. L’idée de balancer un uppercut solide droit dans le visage de Sécate lui parut particulièrement alléchante, mais il y renonça courageusement, et inspira une nouvelle fois.

- Dans ce cas je conclus que tu sais comment je vais me nourrir et boire dans le désert de Machin ? articula-t-il soigneusement, le plus calmement possible.
- Estrekan. Le désert d’Estrekan. Non, à vrai dire je ne sais pas… On verra bien ! répondit-elle avec insouciance.

Gabriel se mordit violemment la lèvre inférieure pour ne pas dire de choses regrettables
impliquant la mère de Sécate et toute sa famille depuis de nombreuses générations. Un désert à traverser sans eau ni nourriture… Parfait. Peut-être que s’il rêvait d’un bon steak saignant, ça le nourrirait après tout. Plus rien ne pouvait l’étonner. Et s’il mourrait de faim dans ce monde, peut-être qu’il reviendrait tout simplement de plein pied dans sa réalité, avec le souvenir confus d’un cauchemar étrange et très long. S’il ne revenait nulle part… Ca lui éviterait de s’imaginer sans arrêt vêtu d’une camisole de force, au grand désarroi de sa famille éplorée. Dans tous les cas, ça ne pourrait représenter qu’un mieux. « Ce sera super sympa, on mangera le premier mort. Le problème c’est que le premier mort ce sera visiblement moi… Je pourrais aussi me mettre à la chasse aux papillons, si je crève la dalle. Je ne sais pas quel goût ça peut avoir. » Il s’imagina la construction d’un très, très grand filet, et la course effrénée qu’il ferait pour attraper Sécate. Ne resterait plus qu’à la vider et à la cuire. « Notre plat du jour : fée farcie aux cactus, un mets rare et raffiné pour les gourmets en perdition ! » Il ne pouvait apercevoir aucun cactus, mais croyait se rappeler d’après quelques westerns que dans un désert, il y a toujours des cactus, et peut-être même un saloon en cherchant bien. « J’aurais l’air terrible avec un chapeau de cow-boy et des éperons, moi… Peut-être que c’est possible de trouver ça dans le coin ! » Il se mit à divaguer vaguement sur son avenir prometteur de plus rapide gâchette du désert, avant de recommencer à observer les autres, un peu calmé.
Atyda, fidèle à elle-même, ne tenait pas en place et voletait dans tous les sens, bien qu’il n’y ait rien à observer de particulier, à part la différence potentielle entre deux grains de sable ou deux dunes. Sécate regardait la barque s’éloigner doucement, l’air pensif, presque grave. En s’asseyant à ses côtés, Gabriel fut pris d’un brusque élan de sympathie envers elle qu’il ne put expliquer, d’autant plus étrange si l’on considérait qu’il brûlait de l’assommer quelques minutes auparavant. Après tout, ils étaient semblables, tous les deux, il le sentait au plus profond de lui-même sans pouvoir le justifier. Et s’il y avait bien une personne à qui il était susceptible de faire confiance ici, il ne pouvait s’agir que d’elle. Alors, traverser un désert sans nourriture, quand on avait déjà traversé un bras de mer dans une barque sans voiles ni rames, pourquoi pas après tout ? Légèrement rasséréné, il laissa son regard se perdre dans le vague.

- Tu m’expliques la suite du programme, dis ? demanda-t-il doucement.

Elle secoua la tête comme pour sortir de ses pensées, et se redressa légèrement.

- Nous venons de traverser ce qu’on appelle la Mori. On ne pouvait passer que par le désert d’Estrekan, même si le trajet risque de te paraître long et désagréable. Plus au nord, il n’y a que les marais. Trop difficile à parcourir à pied. Maintenant on va partir vers l’Ouest, jusqu’à la forêt du désert.
- Une oasis ?
- Non, non, une forêt. Comme la forêt des beaux-may sur Tir Nan Og, mais bien entendu ce ne sont pas les mêmes arbres. On fera sans doute une pause là-bas, histoire de se reposer un peu. Pour la suite… on verra à ce moment là. Je ne connais pas le Continent. Tout ce que j’en sais me vient des légendes. Alors je pense que ce serait mieux de se renseigner. On cherchera peut-être une ville, je ne sais pas.
- Il est grand, ce désert ? Ce sera loin ?
- Je ne sais pas pour combien de temps on en aura à pied. Un jour, le clan des fées papillons s’y est rendu, et cela nous avait pris une demi-lunaison environ. Mais tu les connais un peu… Tu sais comment elles sont. On ne peut pas dire qu’on avait parcouru la distance en ligne droite. Alors sans détour… sans doute moins, Gabriel, mais je ne peux rien te dire avec certitude. Sans doute moins.

Gabriel hocha calmement la tête. S’il avait bien compris, une demi-lunaison signifiait moins de quinze jours. Autant parler d’un risque inconsidéré sans provisions, sous un soleil brûlant. Mais si Sécate y croyait, alors il devrait bien y croire aussi. Au fond, c’était beaucoup plus simple. Il ressentait le besoin impérieux de faire aveuglément confiance à quelqu’un, de se reposer sur un autre. En l’occurrence, ce serait une autre, et ce serait une fée au crâne rasée et à la logique pour le moins étrange. « J’ai suffisamment à faire avec mes considérations sur le rêve et la réalité… Je ne peux pas prendre les décisions maintenant, moi. En plus si elle connaît le terrain… Plus tard, quand on sera sur un pied d’égalité, aussi perdus l’un que l’autre, plus tard oui, je m’en mêlerai. Mais pas maintenant. Je n’en ai pas la force, ni le courage. Ni l’envie, surtout. »
La barque n’était déjà plus qu’un point tremblant à l’horizon. La mer reprenait bien vite ce qui lui appartenait, visiblement. Côte à côte, ils la virent disparaître, tandis que le soleil se couchait derrière eux, étalant ses dégradés rougeoyants sur la toile du ciel brouillé.

- En fait, constata Atyda en se posant sans un bruit à côté de Sécate, nous allons suivre le soleil… C’est beau.
- Oui… se borna à répondre Sécate.
- Regarde, dit-elle, ravie, j’ai trouvé des tas de coquillages !

Et tandis qu’elle les passait en revue, commentant les plus beaux avec enthousiasme, Gabriel se surprit à sourire.

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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 14 Mar à 3:54

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAh mais c géniaaaaaaaaaaaaaaaaaaal et puis moi je rigole toute seule alors c'est gagné...

Heu je dis pas à quand la suite parce que je vais me faire taper... Mais le coeur y est hein...


Et puis j'attends Dorcha avec impatience la prochaine fois...

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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 14 Mar à 4:00

Dorcha coule en ce moment plus facilement que Gabriel, si tout va bien vous ne devrez plus attendre aussi longtemps... Donc la suite bientôt!

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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 14 Mar à 15:01

la suite, la suite, la suite et vivement la fin que je puisse tout relire calmement !
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Antigone
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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 14 Mar à 18:36

Ma pauvre, par contre la fin ce n'est pas pour tout de suite, loin de là!

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Candleinthestorm

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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 14 Mar à 19:50

Il faut prendre le temps, prendre le temps d'écrire un roman. Alors laissons lui le temps qu'il faudra.

Et puis voilà...

Bisous d'encouragement et de félicitations!

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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 14 Mar à 20:20

Arf... malgré la lutte acharnée entre mes yeux et moi pour ne pas qu'ils se ferment (oui malgré l'heure, pouvez pas comprendre), j'ai pas loupé un seul bout. Donc je vais de nouveau me répéter, j'adore, toujours autant.
Et prends ton temps pour la suite (moi aussi elle est longue à venir mais là je peux pas), du moment que c'est toujours aussi bien.
Maintenant je retourne à mon auto-torture, concours de la Résistance quand tu nous tiens !
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Hiraeth Dùnadan
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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 14 Mar à 21:44

OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII


super comme d'hab allez maintenant tu nous ponds une suite

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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 18 Mar à 23:25

- Le blanc cassé vous va à ravir, Asmodée…
- Je te remercie, Adra.

La pièce sentait la poudre de riz et la cire chaude. Malgré les grandes fenêtres à battants,
la lumière était faible, et quelques bougies éclairaient timidement les parties les plus sombres de la chambre de Dorcha. On eût dit que le soleil refusait de pénétrer dans la maison de Paymon, même quand il frappait pourtant de plein fouet les vitres étincelantes. La poussière par contre, n’était pas admise ici, et même si elle n’avait vu personne faire le ménage devant elle, Dorcha soupçonnait l’existence de dizaines, voire de centaines de petites mains astiquant et époussetant fébrilement chaque recoin, avant de disparaître en entendant résonner les pas des intendants et des maîtres de maison. C’en était presque repoussant de propreté.
Alignées derrière la table supportant les onguents, les cinq suivantes contemplaient toujours le sol, comme à leur habitude. La chevelure rousse de Myar semblait presque brûler tant elle resplendissait, et Dorcha se surprit à l’envier quelques secondes. Cependant un coup d’œil à son reflet la rassura : Sazelle l’avait peut-être coiffée d’une manière un peu trop sophistiquée à son goût, mais il fallait reconnaître que le résultat était irréprochable. « Il est bien loin, le temps des queues de cheval… » soupira-t-elle intérieurement. « Moi qui ne me suis jamais occupée de mon apparence, me voilà bien. Dire que je m’habillais le matin en enfilant le premier truc qui me tombait sous la main… Me voilà déguisée en mannequin moyenâgeux. Parce qu’il faut bien reconnaître que la robe fait légèrement 14e siècle… Ils sont pas au top de la mode, ici. »

- Avez-vous encore besoin de moi ? s’inclina l’intendante.
- Cela suffira, tu peux partir. Thedry ?
- Jeune demoiselle ? répondit-elle, les yeux baissés respectueusement, en s’avançant d’un pas.
- J’aimerais que tu bavardes avec moi un instant. Reste.
- Jeune demoiselle, intervint Adra, je ne sais s’il est permis de…

Dorcha lui jeta un regard de défi, qui suffit à la faire taire. Confuse, elle rassembla les
autres suivantes d’un geste sec, et sortit de la pièce à reculons. Dorcha les regarda partir sans un mot, attendant placidement que l’une d’entre elles se prenne le mur, mais cela n’arriva pas, et elle en fut presque déçue. Restée seule dans un coin, Thedry piétinait d’un pied sur l’autre, visiblement morte de peur. Ses longs cheveux blonds lui cachaient partiellement le visage, comme si elle désirait se dissimuler aux regards. Dorcha reposa le miroir d’argent sur la commode, et se leva doucement.

- Tu me ressembles, Thedry. Tu le savais ?
- Vous ressembler ? s’exclama-t-elle, mal à l’aise. Oh Asmodée il ne saurait en être question, je…
- Assieds-toi. Détends-toi. Et regarde-moi, Thedry. Je ne vais pas te manger…

Les yeux obstinément baissés, la jeune fille n’osa faire un geste. « Je dois sans doute aller trop vite… La coutume, Dorcha, la coutume ! J’ai laissé des traces de sang sur ma robe ou quoi ? Elle a vraiment l’air terrorisée… »

- De quoi as-tu peur ?
- Je n’ai pas peur, Asmodée, gémit-elle.
- Ben tiens donc. Dans ce cas je dois être victime d’hallucinations. Sans doute à mettre sur le compte des champignons qu’on m’a servi ce midi. Thedry, de quoi as-tu peur ? Réponds.

La suivante déglutit, avant d’articuler difficilement « Je… je crains que vous ne me
punissiez, Asmodée… » Dorcha fronça les sourcils, et se laissa tomber dans un fauteuil. Elle contempla avec un léger amusement les tremblements incontrôlés de Thedry, et la goutte de sueur qui dégoulina lentement le long de sa tempe la fit sourire. « Je suis tombée sur une parano… C’est bien ma veine, ça. Non mais est-ce que j’ai une tête de serial-killer moi ? Genre je cache des accessoires de tortures sous le lit… N’importe quoi. » Elle soupira, et réfléchit silencieusement à la meilleure façon de calmer la jeune fille.

- Pourquoi te punirais-je, Thedry ?
- Je… je ne sais pas, Asmodée.
- As-tu quelque chose à te reprocher ?
- Je ne le pense pas, non, protesta-t-elle faiblement, tandis que ses tremblements se faisaient encore plus visibles.
- Dans ce cas je n’ai aucune raison de te punir, Thedry. De toute façon ce n’est pas mon genre.

Cependant elle ne parut pas plus confiante, et elle se mordit la lèvre inférieure comme
pour se retenir de hurler. Dorcha la regarda presque avec tendresse, et vit une larme rouler sur sa joue pâle. Elle brûlait d’envie de s’approcher d’elle pour la toucher, la rassurer, la prendre dans ses bras et la bercer doucement, peut-être… Mais elle ne le fit pas, consciente que cela ne ferait que l’éloigner encore plus. « Pourtant elle se rendrait compte que je suis comme elle si elle pouvait me pincer, me tirer les cheveux, ou juste oser poser les yeux sur moi ! Juste un être humain fait de chair, et pas une déesse incarnée, quoi qu’ils disent. Elle pourrait être ma sœur… » Les yeux de Thedry étaient remplis de larmes, mais elle luttait pour ne pas le laisser voir, avec une fierté presque féroce. Dorcha résolut de lui parler doucement, comme à un petit animal traqué.

- Je ne compte pas te punir, Thedry. Ne pleure pas.
- Je ne pleure pas, Asmodée.
- Non, tu as juste une fuite oculaire. Ne sois pas ridicule, Thedry, je vois bien que tu pleures. Mais je ne te ferai pas de mal. Je veux juste parler un peu… Assieds-toi, s’il te plaît.
- C’est impossible, Asmodée… murmura-t-elle.
- Impossible ? Tu souffres d’une incapacité physique qui t’empêche de t’asseoir ? cingla Dorcha qui commençait à perdre patience.

Thedry sursauta devant le ton sarcastique de Dorcha. Livide, elle réussit difficilement à
dire entre deux sanglots étouffés : « La coutume… »

- La coutume ? ragea Dorcha.
- Oui, Asmodée…
- La coutume, vraiment ? répéta-t-elle en hurlant presque, hors d’elle.

Thedry se crispa encore un peu plus tandis que Dorcha, écumante de rage, arpentait sa
chambre en long et en large. Ainsi la coutume empêchait les suivantes de s’asseoir en sa présence. La coutume obligeait à ce qu’on la traite avec déférence, avec un respect craintif, la coutume voulait qu’on accepte tout d’elle !

- Thedry, je ne m’y connais pas en « coutumes ». Alors éclaire ma lanterne. Est-ce que tu as le droit de discuter librement avec moi ? De parler de tout ce dont tu as envie ?
- Non, Asmodée, répondit-t-elle doucement.
- Est-ce que tu as le droit de m’enseigner ce que je peux faire ou pas ?
- Asmodée, je ne suis qu’un simple suivante, je…
- Réponds, Thedry !
- Non, Asmodée, murmura-t-elle à nouveau.
- Est-ce que j’ai le droit de te frapper ? dit-elle, changeant de cap.
- Oui, Asmodée, répondit-elle en se remettant à trembler.
- Et… de te tuer ? demanda Dorcha en s’arrêtant.
- Oui, Asmodée.
- Une dernière question, Thedry. Crois-tu que je puisse… Je veux dire, est-ce que je peux avoir des amis ?
- Des amis ? chuchota Thedry, perplexe, tandis qu’une autre larme longtemps retenue coulait enfin sur sa joue.
- Oui, des amis.
- Non, Asmodée, répondit-elle après un temps de réflexion.
- Pourquoi ? demanda doucement Dorcha.
- Asmodée, vous… vous êtes Celle Qui Trouvera. Vous êtes bien au-dessus de nous tous, même au-dessus des notables de la ville, même au-dessus de Paymon.
- Même au-dessus de Curson ?
- Oui, Asmodée. C’est pourquoi nous ne pouvons souiller votre sol de notre présence. La coutume dit qu’il vous faut être tout entière à l’écoute de l’Enfant.
- En-dehors des contacts voulus par la coutume, il ne peut donc y en avoir d’autres. C’est bien ça ?
- Oui, Asmodée.
- Va-t-en, Thedry, murmura tristement Dorcha. Va-t-en.

La suivante ne se fit pas prier et sortit à reculons. Restée seule, Dorcha posa son front
contre la fenêtre tiédie par les rayons du soleil, et soupira doucement. « Admettons. J’ai toujours été asociale. Je n’ai jamais aimé les gens. Mais ici… Dans ce monde inconnu, j’aurais aimé parler à quelqu’un, pour de vrai. Soit. L’Asmodée doit être tout entière consacrée à sa tâche. Il ne me reste plus qu’à me mettre au spiritisme ou je ne sais quoi. Ou alors je dois reconsidérer franchement la possibilité de commencer à parler aux meubles. » Soudain la solitude lui parut peser lourdement sur ses épaules, et elle se sentit oppressée par tout l’espace vide qui l’entourait. Un vide auquel elle devrait s’habituer tant bien que mal… « J’aurais cru que ce serait plus marrant que ça, d’être une déesse… » Elle essuya machinalement ses yeux brouillés de larmes, inspira profondément, et se redressa. Avec un sourire forcé, elle étudia le contenu de la pièce avant de lancer d’un ton faussement joyeux :

- Salut, la chaise ! Ca va, toi ?

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Dernière édition par le Ven 18 Mar à 23:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 18 Mar à 23:28

Je trouve ça génial mais je croyais qu'on avancerait plus dans l'histoire...

Elle nous fait mijoter aux petits oignons...

Mais heu la suiiite heu...


Et j'adoooore toujours hein...

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Je suis pas un grand écrivain mais j'écris quand même... Et je vous lis toujours pour mon plus grand plaisir!!

Et heu aussi Antigone, Hiraeth et Torny, c'est quand la suite??? Wink
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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 18 Mar à 23:50

Je trouve que Dorcha passe trop vite de "je me trouve trop super belle et je m'amuse à taper la discute avec une folledignue" à "je m'excaïte contre tout le monde".


Sinon, mais que nous sommes noyés sous les phrases cultes Shocked maintenant j'ai une reserve de pseudos msn pour des mois Shocked



bref tout ça pour dire c'est trop super génial LA SUITEUHHHHHHH

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MessageSujet: Re: Ta´am   

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