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 Ta´am

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MessageSujet: Re: Ta´am   Mar 31 Mai à 21:07

Les couloirs d’habitude silencieux résonnaient de mille murmures, aujourd’hui. Dorcha croisait des suivantes qui couraient d’un bout à l’autre de la maison de Paymon, l’air débordé. Quand elles l’apercevaient, elles s’inclinaient profondément mais poursuivaient leur chemin au pas de course, les yeux fixés sur le sol. Cependant le plus surprenant se trouvait sans aucun doute à l’extérieur. Elle s’approcha d’une fenêtre, et contempla le spectacle avec fascination.

- Alors ils sont tous là ? demanda-t-elle à Bebam.
- Tous sans exception, mignonne. Personne ne voudrait manquer ça.

Une foule immense et bigarrée patientait sous les fenêtres, dans un mélange de cris, de
rires et d’appels assourdissant. La place pavée sur laquelle donnait la façade de la demeure était entièrement recouverte d’hommes, de femmes et d’enfants, qui s’agglutinaient à perte de vue derrière de hautes barrières de métal. Devant elles, des bancs recouverts de velours rouge accueillaient les familles de la Haute. Tous les regards convergeaient vers le balcon du troisième étage.

- Vraiment tous, constata-t-elle, mi-fascinée, mi-effrayée. Tout Tanas.
- Tout Tanas, je sais pas, mais tout Byleth certainement, corrigea-t-il.
- Byleth ?
- Oui, la ville où nous nous trouvons. Tanas, c’est le nom de l’île, pas de la cité.

Elle acquiesça, et reprit son observation. Comment pouvaient-ils respirer, pressés ainsi les uns contre les autres ? Qu’attendaient-ils de si important ? Elle ? Ridicule… Elle ne valait tout de même pas tout ça, ce rassemblement dément de gens venus de tous les horizons pour manquer d’étouffer en plein soleil. « A mon avis ils n’ont pas la télé, ceux-là… conclut-elle. Ils doivent pas rigoler beaucoup pour considérer un bête discours comme l’événement du siècle et y amener tout le quartier. Ils espèrent quoi ? Que je fasse des claquettes ? » Malgré les nombreuses explications de Bebam et les discours fugitifs de Paymon, elle ne parvenait pas à comprendre que son « intronisation » provoque un tel attroupement. La prophétie, l’Asmodée enfin trouvée, et par extension le retour prochain de l’Enfant… Et alors ? Pas de quoi en faire des brouettes…

- Je constate avec un plaisir non feint que vous êtes prête, Asmodée, dit calmement Paymon, arrivé sans qu’elle ne l’ait vu. Et ravissante, qui plus est. Malheureusement tous ne pourront pas juger pleinement de l’éclat de votre beauté. La distance sera trop importante pour la plupart d’entre eux.
- Ils distingueront juste une tache blanc cassé sur le balcon, répondit rêveusement Dorcha, les yeux toujours fixés sur la foule, avant de se retourner pour faire face à son interlocuteur.
- Exactement. Mais ils s’en contenteront. J’ose espérer que vous n’êtes pas trop nerveuse…
- Même pas, non.
- Vous êtes prête, dès lors ?
- Je crois oui, mais… Paymon, qu’est-ce qu’ils attendent de moi ? demanda-t-elle soudain.
- Que vous rameniez l’Enfant, bien entendu. Asmodée, je vous ai déjà expliqué à de nombreuses reprises…
- Mais là, maintenant, sur cette place, qu’est-ce qu’ils attendent de moi ? Je dois dire quelque chose de particulier ? Faire un geste ?
- Nous verrons cela en temps voulu… Ne vous en inquiétez pas. Je vous laisse en compagnie de votre cher Bebam.
- Ce n’est pas « mon cher… » commença-t-elle, contrariée.
- Quelques derniers détails à régler, ensuite nous serons tout disposés à commencer la cérémonie, l’interrompit-il en s’inclinant, avant de s’éloigner d’un pas nonchalant.

Elle haussa les épaules, et se tourna vers l’intendant. Adossé contre le mur, il baillait à s’en décrocher la mâchoire, sans prendre la peine de se couvrir la bouche de la main. « C’est le moment ou jamais de vérifier s’il n’a pas un début d’angine » songea Dorcha avec amusement.

- Asmodée ! Asmodée ! glapit une voix anxieuse sur sa gauche, accompagnée d’un bruit de pas précipités.
- Non, Adra, n’insiste pas, soupira Dorcha en levant les yeux au ciel.
- Mais Asmodée, haleta Adra en s’inclinant devant elle, épuisée par sa course, votre teint ! Votre teint !
- Mon teint va très bien, je te remercie Adra. Arrête de me poursuivre à travers toute la maison, maintenant.
- Mais l’intronisation ! Vous devez être parfaite !
- Mais elle est parfaite, intervint Bebam. Fraîche comme une fleur. Laisse-la avec tes poudres, et occupe-toi plutôt d’autre chose.
- Vous m’avez déjà pouponnée pendant quatre heures de suite. Quatre ! Je les ai comptées ! Alors ça suffit, Adra, va-t-en, compléta Dorcha.
- C’est la touche finale, Asmodée, gémit la suivante sur un ton implorant.
- Je t’ai dit non. Va-t-en par toi-même, ou je demande à Bebam de te montrer le chemin.

Adra lança un regard noir à l’intendant, et se retira de mauvaise grâce, à reculons. « Tout le monde devient fou aujourd’hui, constata Dorcha. Y’aura des morts par crise cardiaque avant la fin de la journée. » Heureusement, elle avait réussi à échapper à la surveillance des suivantes et croisé Bebam dans les couloirs, qui s’était engagé à la protéger de l’agitation ambiante dans la mesure du possible. Cela faisait maintenant deux heures qu’ils erraient dans la maison, se cachant d’Adra en pouffant de rire comme des gosses, dans une espèce de partie de cache-cache improvisée. Mais Dorcha n’avait plus envie de jouer, à présent.
Tous ces gens…
Elle détailla une fois de plus la masse de corps, de visages mêlés dans une même attente, un même espoir. Ceux qui comptaient tous sur elle pour « retrouver l’Enfant qui guidera les peuples de Tanas vers leur destin »… Cet engouement l’impressionnait malgré elle. Comme cela devait être bon de croire aussi simplement en de telles choses, de se déplacer en masse pour un événement qu’on attendait depuis longtemps, et d’être là, ensemble, prêt à chanter, à acclamer, à rire avec ces multiples inconnus dont le seul point commun est de se fier aveuglément aux mêmes promesses ! Un mince sourire mélancolique se dessina sur son visage, et elle s’éloigna de la fenêtre.

- La voici donc, murmura une voix douce et éthérée, légèrement chevrotante.

Le vieillard portait une barbe blanche soigneusement taillée en collier, et le voile du glaucome couvrait ses yeux, lui donnant presque l’air aveugle. Il s’approchait doucement de Dorcha, en s’appuyant sur une canne de bois sculpté. Stupéfaite, elle vit Bebam s’incliner profondément, lui qui n’avait jamais témoigné la moindre révérence envers quelqu’un. Qui pouvait bien être cet homme ?

- Nous l’attendions depuis si longtemps, et la voici enfin, poursuivit doucement le vieil homme en s’immobilisant.

Il ramena un pan de sa cape orangée derrière lui, et la dévisagea de ses yeux étranges. Depuis les quelques mots qu’il avait prononcé, l’atmosphère semblait… différente ? Dorcha ne percevait plus le vacarme de l’extérieur, ni les mouvements précipités des suivantes. Tout semblait apaisé, comme si le temps s’était arrêté pour les autres. L’air sentait l’encens et la poussière, à présent. Il portait une tunique blanche très simple, et une chaîne d’or et de pierreries encerclait sa taille maigre. Dorcha déglutit.

- Qui êtes-vous ? réussit-elle à demander malgré sa stupeur.
- Certains disent qu’il contrôle le temps, le vieillard, malheureusement rien n’est moins vrai. Il ne peut que le lire… Il l’interprète, et traduit sa volonté aux esprits plus frustres qui ne l’entendent pas.
- Cela ne me dit pas qui vous êtes… murmura-t-elle.
- Elle veut des réponses immédiates aux questions qu’elle se pose, la jeune fille trouvée près du fleuve, pourtant les réponses les plus décisives ne viendront que bien tard, pour elle. Bien trop tard. Elle qui aime tant savoir, cela ne lui plaît pas, cela l’agace, même. Pourtant on ne s’oppose pas au Temps, encore moins au Destin. Nous avons tant attendu, et la voilà, la promise…
- Vous savez donc qui je suis, reprit Dorcha en tentant d’assurer sa voix, j’aimerais donc savoir qui vous êtes.
- Un nom… Qu’est-ce qu’un nom, pour elle qui en a connu tant ? demanda énigmatiquement le vieillard.
- Un nom serait une réponse, et elle aime les réponses, répondit-elle sur le même ton.

Un large sourire éclaira alors son visage ridé, dévoilant de belles dents blanches. Il opina légèrement.

- Elle saura alors que celui qu’on nomme Curson se tient devant elle, dévorant de ses yeux malades celle que le Temps et le Destin avaient annoncée, celle dont il prépare la venue depuis tant d’années, tant d’années ! Elle saura cela, et en sera satisfaite, car le nom lui est connu. Cela la rassurera, la jeune fille promise.

« Voilà donc l’homme qui ne se trompe jamais », songea Dorcha, qui se sentit effectivement rassurée. « Et en plus il bosse dans la psychothérapie, c’est sympa… Je vais économiser ma salive s’il sait tout ce que je ressens. Ah mais je suis bête, j’oublie qu’il parle avec sa montre… C’est elle qui lui raconte tout ça, sans doute. » Elle lui adressa un petit sourire maladroit, et attendit la suite. Bebam était toujours profondément incliné, et elle plaignit mentalement ses pauvres vertèbres qu devaient être méchamment endolories. Cependant cela la renforça dans la conviction de l’importance de Curson. Devrait-elle faire, la révérence, elle aussi ?

- Elle sera bientôt supérieur à tous, la jeune fille… Si les vieux os de Curson le permettent, il aimerait la saluer avant son intronisation.

Disant cela, il s’inclina avec difficulté, très lentement. Tout son corps semblait trembler sous l’effort, et sa canne tanguait dangereusement. « Bravo Dorcha, les petits vieux vont tous se casser la figure pour ton bon plaisir maintenant. Y compris l’horloge parlante que tout le monde respecte. » se dit-elle en se précipitant vers lui. Elle lui prit doucement le bras, et l’empêcha de s’incliner plus bas, avant de l’aider fermement à se redresser. Les yeux voilés du vieillard brillaient.

- Une vie à l’attendre, et la jeune fille refusa son hommage, murmura-t-il tristement.
- Je ne le mérite pas… répondit Dorcha. C’est moi qui devrais vous saluer. D’après tout ce qu’on m’a dit…
- Peu importent les mots, fille de la nuit. Ils peuvent toujours mentir dans leur plus pure vérité, si l’on sait comment les prononcer. Les actes sont préférables, mais elle refuse la preuve de dévotion du pauvre Curson…

Prise d’une impulsion subite, Dorcha se rapprocha et le serra dans ses bras. La carcasse fragile frissonna, puis s’apaisa d’un coup. Au bout de quelques secondes, elle recula, et lui sourit. Une larme roulait sur la joue parcheminée de l’homme.
Un bruit de pas la fit se retourner, et elle aperçut Paymon. Aussitôt les odeurs et bruits qui avaient semblé disparaître avec la venue de Curson reprirent leur place. Le maître des lieux véhiculait de forts effluves de vins, et la foule à l’extérieur criait son impatience en scandant des hymnes dont Dorcha ne parvenait pas à distinguer les paroles.

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MessageSujet: Re: Ta´am   Mar 31 Mai à 21:08

(suite de la suite... Oui je sais c'est long)


- Asmodée, ma chère, il va falloir y aller si nous voulons qu’il reste quelqu’un pour votre intronisation. Le peuple s’agite. La garde a déjà dû supprimer une dizaine de personnes un peu trop énervées.
- Supprimer ? s’inquiéta Dorcha, craignant de n’avoir que trop bien compris.
- Vous m’en voyez profondément désolé, se contenta de répondre Paymon. Curson, nous ferez-vous l’honneur de nous accompagner ?
- Il assistera au prodige, le prophète silencieux, depuis l’ombre que l’on voudra lui prêter. Seule la lumière éclairera la fille de la nuit, lumière que boiront ses yeux avides de savoir !
- Dans ce cas allons-y, conclut Paymon en se dirigeant vers l’autre bout du couloir.

Dorcha lui emboîta le pas, suivie par Bebam et Curson. L’intendant tâchait d’aider le vieil homme à marcher tout en gardant les yeux baissés sur le sol et sans prononcer un seul mot, ce qui lui compliquait beaucoup la tâche. Il ne put donc voir les regards interrogateurs que lui lançait Dorcha, curieuse de savoir pourquoi il ne se redressait pas. Finalement elle haussa les épaules, et chemina calmement le long des corridors de la maison.
L’agitation du troisième étage était incomparable avec celle qui régnait ailleurs. Partout, des suivantes couraient, se bousculaient, murmuraient quelques mots précipités avant de reprendre leur course effrénée. Le vacarme de la foule était assourdissant. Au bout du couloir, le balcon immense baigné par la lumière du soleil jaune attendait Dorcha.
L’angoisse lui sauta à la gorge comme un petit animal sauvage qui n’attendait que cela. Elle sentit une boule compacte se former dans son estomac et y peser de tout son poids. Traverser le couloir lui parut durer une éternité. Tout lui parvenait comme au ralenti, les sons, les odeurs, les images. Leurs pas résonnaient lourdement sur les dalles de pierre, accompagnés par le bruit sec de la canne de Curson. Les suivantes s’immobilisèrent, et formèrent une haie d’honneur, s’inclinant si bas que Dorcha ne put s’empêcher d’admirer leur souplesse. Lentement, cérémonieusement, ils parvinrent au seuil du balcon.
Paymon s’arrêta alors, et se tourna vers elle.

- Je vais déclamer un simple petit discours d’introduction, à présent. Vous me rejoindrez dès que je vous ferai signe, si vous le voulez bien.

Muette, elle ne put qu’acquiescer, et le regarder avancer souplement dans la lumière.
Instantanément, le silence se fit. Pas un murmure ne parvenait du dehors, tandis que Paymon contemplait songeusement la foule. Il s’éclaircit la gorge, et commença.

- Peuples de Tanas, il y a bien longtemps déjà que vous attendez la venue de l’Enfant. Bien longtemps aussi que vous attendez celle qui nous permettra de le retrouver, celle dont Curson le Grand a prédit la venue. Et aujourd’hui vous voici réunis sous mes fenêtres, car la rumeur court de par la ville qu’elle est enfin parmi nous, la Glorieuse Asmodée.

Il laissa planer un silence pesant, et prit à nouveau le temps de contempler l’horizon.

- Peuple de Tanas, finit-il par annoncer, la rumeur dit vrai !

Aussitôt ce fut un brouhaha indescriptible. Les gens hurlèrent, sifflèrent, applaudirent, dans un grand cri de victoire. On aurait dit que chacun d’entre eux avait personnellement trouvé et reconnu Dorcha au bord du Cocyte, et qu’ils s’en félicitaient mutuellement. Abasourdie, Dorcha regardait Paymon avec des yeux ronds.

- Oui, l’Asmodée est enfin parmi nous, reprit-il, nos prières ont enfin été exaucées. Elle était là où nous l’attendions, et elle est prête aujourd’hui à entreprendre sa quête. Peuples de Tanas, voici La Clef, Celle qui Trouvera, la Glorieuse, l’Asmodée !

Paymon lui fit signe, et Dorcha pénétra sur le balcon d’un pas mécanique mal assuré. Lorsque le peuple l’aperçut, le tumulte atteignit son apogée. Tout n’était que hurlements de la foule en délire, qui l’acclamait de toute sa voix. Elle vit certaines personnes s’évanouir et se noyer dans la masse des corps. D’autres s’embrassaient, se sautaient au cou ou pleuraient. Les familles de la Haute installées sur les bancs restaient impassibles, à l’exception de quelques femmes qui se tamponnaient les yeux avec des mouchoirs en dentelle.
« Plus rien ne pourra les faire taire, songea Dorcha, terrorisée. C’est pire que la coupe du monde ! Jamais je n’ai vu ça ! Même pas dans mes livres d’histoire ! » Elle tangua mais réussit cependant à rester droite, au prix d’un immense effort.
Combien de temps dura ce vacarme ? Quelques secondes, plusieurs minutes ? Dorcha n’aurait pas pu le dire. Quand les cris se furent atténués, Paymon tendit la main pour demander le silence.

- Peuple de Tanas, voici l’Asmodée qui va vous faire l’honneur de s’adresser à vous !

Des applaudissements nourris reprirent pendant quelques secondes, mais s’interrompirent
quand Paymon se pencha vers elle pour lui murmurer « Dites-leur n’importe quoi, chère Asmodée. Cela leur conviendra. »

- J’hésite entre la recette de la tarte Tatin et les règles du Monopoly, répliqua-t-elle.
- Je vous demande pardon ? s’enquit poliment Paymon, avant de s’éloigner devant l’absence de réponse.

Dorcha prit appui sur le balcon, et inspira un grand coup en contemplant l’horizon. « Allez, Dorcha, c’est pas le moment de foirer… Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire, moi ? Je voudrais remercier mon producteur, le réalisateur qui m’a fait confiance, ma famille sans qui je ne serais pas ici… ? »
Sa famille. Dorcha comprit alors ce qu’elle devait dire, et remercia intérieurement Dorian, presque convaincue que c’était lui qui venait de le lui souffler. Elle s’éclaircit bruyamment la gorge.

- Euh… Bonjour à tous…

« Bravo ma pauvre fille, belle entrée en matière, se sermonna-t-elle. T’as plus qu’à leur demander comment va la santé ! »

- Je suis ici, devant vous…

« Derrière ils ne t’auraient pas vue, idiote… »

- Parce que c’est moi qui vais trouver l’Enfant, et le ramener ici. Je suis l’Asmodée. Je vous promets de me dévouer toute entière à ma quête.

« Ou alors dévoue juste le bras gauche et la jambe droite, de toute façon ton cerveau n’a pas l’air de te servir à grand-chose »…

- Je me suis engagée à ramener Dor… à ramener l’Enfant. Et je le ferai, car tel est mon vœu le plus cher. Je ne souhaite rien d’autre, continua-t-elle, et sa voix se fit plus ferme. Il s’agit de mon seul but. Bientôt, l’Enfant sera ici, près de vous. Bientôt il vous reviendra ! J’entends sa voix chanter en moi. Et je sais qu’il ne doute pas, et qu’il attend calmement que j’aille à sa rencontre. Merci de me faire confiance. Je ne vous trahirai pas. On vous a dit que l’Asmodée seule pouvait vous apporter l’Enfant. Je suis l’Asmodée ! Bientôt, nous fêterons ensemble le retour de celui que vous espérez tant !

Dorcha termina avec emphase, désirant faire passer toute sa foi à ces inconnus. Quelques secondes de silence accueillirent la fin de son discours improvisé. « Ca y est, j’ai encore dû faire une boulette » se dit-elle avec désespoir. Mais un homme applaudit, puis un autre, et la foule tout entière fut bientôt en proie à un accès de folie ahurissant. « Ils vont tous se monter dessus ma parole, c’est pas possible ! » pensa Dorcha, hébétée devant l’ampleur des réactions des spectateurs qui s’embrassaient goulûment, se serraient dans les bras l’un de l’autre, chantaient, hurlaient, tapaient des mains et des pieds, et scandaient tous d’une même voix « Gloire à l’Asmodée ! Gloire à la Clef ! » Elle tâcha de sourire mais ne réussit qu’à grimacer. Plusieurs minutes plus tard, Paymon lui prit la main, et la ramena dans l’ombre.

- Je vous appelais depuis longtemps déjà, murmura-t-il.
- Je n’aurais pas pu entendre, ils… C’est incroyable, souffla-t-elle.
- Oui, ils sont assez nerveux. Que de bruit, n’est-ce pas ? Si vous voulez bien me suivre, Asmodée, nous allons prendre un petit repas en compagnie de quelques amis, pour célébrer votre entrée dans notre monde…

Il la guida doucement à travers le couloir. L’ombre apaisante de l’intérieur lui fit cligner des yeux après la lumière vive du balcon. Hébétée, Dorcha ne distinguait plus rien autour d’elle. Les hurlements de la foule continuaient de résonner, et la faisaient trembler. Toute cette ferveur rien que pour elle ! Elle se sentait portée par la foule, adulée, déifiée. Elle se sentait Asmodée, bien plus que Dorcha. Personne n’aurait acclamé Dorcha comme ça ! L’impression d’être deux personnes totalement différentes l’envahit soudainement, et la laissa pantelante, le souffle court. Qui marchait aux côtés de Paymon, en ce moment ?
Quand elle passa à côté de Curson, elle ne put s’empêcher de le regarder. Il semblait perplexe.

- Ce n’était pas bien ? murmura-t-elle, déconfite.
- L’Asmodée est apparue dans sa gloire aux larves qui sucent la terre, dit doucement le vieil homme. Mais qui sait ce qu’elles comprennent aux paroles ? Demain le soleil brillera d’une autre lumière…

Dorcha ne comprit pas.

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MessageSujet: Re: Ta´am   Mar 31 Mai à 22:04

Je suis toujours fan... Et puis Dorcha, bah c'est mon perso préféré... Et j'en veux encoooore....

Alors elle va devenir quoi hein... NON JE VEUX PAS SAVOIR...

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MessageSujet: Re: Ta´am   Mar 31 Mai à 22:58

j'ai adoré le discours, c'est trop fort


nref c'est toujours aussi génial, et je vais rleire pour trouver le sens secret caché

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MessageSujet: Re: Ta´am   Mer 1 Juin à 9:37

Citation :
Je voudrais remercier mon producteur, le réalisateur qui m’a fait confiance, ma famille sans qui je ne serais pas ici…

Je le fais souvent ça, tiens...

Citation :
Ou alors dévoue juste le bras gauche et la jambe droite



Tu as dit "Oui je sais c'est long" mais non ça l'est pas encore assez, alors ze veux la suite.
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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 3 Juin à 4:51

Et si je ne postais plus pendant six mois pour vous donner beaucoup plus de suite d'un seul coup, ça vous plairait? Evil or Very Mad

Bon pour la suite faudra patienter un peu par contre...

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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 3 Juin à 5:16

Non mais regardez la cette sadique, tu veix vraiment être responsable d'un suicide collectif????

Ah bah y aura pas beaucoup de monde au colloque de la NGA...

Bon et bien soit tu l'auras voulu je vais dévoiler au monde entier de la NGA: le SECRET...

Allez voir LES THEORIES SUR TA'AM...

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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 3 Juin à 5:19

Au monde entier de la NGA...

Tu parlerais pas un peu comme Chouchou parfois?

Arrête de me foutre la honte devant personne!

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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 3 Juin à 5:22

Embarassed Mais heu tu fous la honte heu... Embarassed Y aura du monde demain! (enfin faut espérer hein...) Rolling Eyes

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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 3 Juin à 9:14

demain ? ou quand comment ? c'est quoi cett ehistoire ? on m'a aps prevenue ?

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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 3 Juin à 12:25

Bah demain sur le forum...

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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 3 Juin à 13:48

hooo



comme j'etais pas bien reveillee et que tu parlais d'un colloque de la nga j croyais que yavait une rencontre demain et que j'etait pas au courant

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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 3 Juin à 13:58

Meuh non... Tiens fais pas la tête...

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MessageSujet: Re: Ta´am   Sam 4 Juin à 20:24

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MessageSujet: Re: Ta´am   Dim 4 Sep à 11:54

Hop là !

Histoire de faire remonter le sujet... Sait-on jamais, ca pourrait rappeler des souvenirs à certains...

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Les rues sont pleines de ces bonheurs que les gens trop souvent piétinent.
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MessageSujet: Re: Ta´am   Dim 4 Sep à 14:10

Vous avez vu que l'avant dernier post datait du 4 juin?? et qu'on n'a plus de nouvelles de Dorcha ou de Gabrielle depuis le 31 mai??
Va falloir prendre des mesures draconniennes.. qui a gardé le cordon pour attacher Antigone? il faudrait quelqu'un pour la nourrir, un pour l'entretenir, et un autre pour la distraire de temps en temps..Des volontaires?
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Antigone
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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 2 Déc à 2:55

Euh... Coucou... Oui, je suis toujours là...

Et la suite est sur le feu... Terminée, mais en relecture. Alors demain, peut-être?

Vous... vous êtes toujours là? Il reste quelqu'un? Non?

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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 2 Déc à 4:49

Suis làààààààààààààà!!!

Moi, moi, moi....


La suiiiiiiiiiiite heu !!!

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Et heu aussi Antigone, Hiraeth et Torny, c'est quand la suite??? Wink
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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 2 Déc à 9:45



* s'étire nonchalamment sur son siège, avec un sourire entendu au coin des lèvres... *

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Les rues sont pleines de ces bonheurs que les gens trop souvent piétinent.
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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 2 Déc à 21:40

Rhôôôô......T'aurais pas lu la suite avant tout le mode toi?? Ce serait pô juste.
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MessageSujet: Re: Ta´am   Sam 3 Déc à 1:20

Il est vache Candle avait pas osé la faire celle là alors que...


Non, non rien, rien,... D'ailleurs...

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Et heu aussi Antigone, Hiraeth et Torny, c'est quand la suite??? Wink
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MessageSujet: Re: Ta´am   Sam 3 Déc à 12:58

pfff moi je susi malade chez moi et je boude na

mais je veux la suite quand même; et on est demain

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MessageSujet: Re: Ta´am   Sam 3 Déc à 14:24

Eh bah pleurez pas mes petits loups... Ca n'en vaut pas la peine voyons... On commence comme ça et on finit par brûler des bagnoles en banlieue, méfiez-vous!

Vous avez été très sages... Voilà la suite!




- Les oiseaux déploient leurs belles aiiiiiiiiiiiiiiiles… et s’élancent vers le SOLEIIIIIIIIIL…
- Fais-la taire… grinça Gabriel à voix basse.
- Impossible. Une fois qu’elle a décidé de chanter, on ne l’arrête plus, répondit Sécate sur le même ton.
- Je ne veux pas le savoir… rétorqua-t-il. Soit elle arrête cette stupide chanson de bisounours, soit je…
- Oui ?
- Je m’assomme pour ne plus avoir à supporter ça.
- Touuuuuus les papillooooooooons volent dans l’azuuuuuuuuur…, s’époumonait toujours Atyda.
- Pourtant elle ne chante pas faux, remarqua Sécate.
- Exact. Mais ça fait plus de quatre heures qu’elle hurle le même genre d’hymnes écolo. Tout homme normalement constitué a ses limites, et les miennes ont été dépassées depuis 3h59.
- Et sous eux on peut voiiiiiir la rivière étincelante qui chante dans la VALLEEEEEEE…
- Je suppose qu’elle se lassera… hésita Sécate.
- La source fraîche murmure d’éternels secreeeeeeeeets…
- Elle a plutôt intérêt…
- Et calme toute soif de sa saveur profoooooooooonde…
- Non mais elle va arrêter de me parler d’eau, celle-là, oui ! s’exclama brusquement Gabriel, faisant sursauter Atyda qui s’interrompit, une expression d’innocence outrée sur le visage.
- Aïe aïe aïe… murmura Sécate en secouant la tête.

Atyda se posa sur le sol, les mains sur les hanches, et toisa Gabriel.

- C’est quoi, son problème, à celui-là ? siffla-t-elle.
- On ne parle pas de rivière et de source qui désaltère à quelqu’un qui crève de soif, si tu veux tout savoir ! rétorqua-t-il.
- Bah l’abruti assoiffé n’a qu’à boire au lieu de déranger tout le monde avec ses hurlements !
- Ah oui ? Et comment ça je te prie ?

Elle indiqua l’est d’un index tremblant de rage.
- Avec ça, monsieur « le soleil a brûle le pois chiche qui me servait de cerveau » ! cracha-t-elle avant de s’envoler, profondément vexée.

Gabriel suivit machinalement du regard la direction indiquée par la fée, et sa mâchoire
s’abaissa brutalement. Sécate s’approcha à nouveau, et déclara calmement : « Là, je dois bien avouer qu’elle marque un point… »

- Et comment suis-je censé deviner que des robinets poussent en plein milieu de ce désert ? s’exclama-t-il en les foudroyant du regard, tentant maladroitement de se redonner une contenance.
- Ben tiens, il a toujours une bonne raison… grinça triomphalement Atyda.

Il haussa rageusement les épaules, et s’éloigna, les mains dans les poches et le front bas. Vissé au-dessus d’un banal tuyau en cuivre, à une hauteur d’environ un mètre, le robinet semblait le regarder d’un air narquois qui aurait donné à Gabriel l’envie viscérale de le détruire sur-le-champ, s’il n’avait pas tant souffert de la soif. Il tâcha de garder un air dégagé et digne tandis qu’il approchait une main tremblante, et se sentit étreindre par l’angoisse. Et si tout ça n’était qu’une mauvaise blague ? Que seul du sable s’apprêtait à couler ?
Il déglutit, hésita quelques secondes, et tourna brusquement la tête du robinet.
Pendant quelques secondes, il n’entendit qu’un grondement sourd. Il hochait déjà tristement la tête, honteux de s’être laissé avoir si facilement, quand une eau claire et fraîche jaillit joyeusement, lui éclaboussant les jambes. Eberlué, il resta parfaitement immobile, regardant couler l’eau avec des yeux ronds.
A peine une demi-seconde plus tard, il se jetait sous le robinet avec ferveur, la bouche grande ouverte.
Il sentait sa peau rougie par le soleil se rafraîchir au contact de l’eau, et le sable dont il était couvert partait peu à peu, tandis qu’il ne cessait de se repaître de son goût, et que sa gorge brûlée par la soif s’apaisait lentement. Jamais il n’avait bu une eau comme celle-là.
Un passage du « Petit prince » de Saint-Exupéry lui revint alors en mémoire… Un puits à la poulie rouillée, dans le désert, et le petit prince qui déclarait qu’il avait soif « de cette eau-là ». Ce n’était pas pareil… pas vraiment. Pourtant Gabriel se surprit à sourire. Cette eau-là, douce et apaisante, sortie d’un robinet en cuivre au beau milieu du désert sur une terre inconnue, n’avait pas le même prix que toutes celles qu’il avait déjà bues… Etait-ce à cause de la soif qui l’avait tenaillé si longtemps ? De la route ? De l’étrangeté de la situation dans laquelle il se trouvait ?

- Alors tu avais vraiment soif…

Il hocha vigoureusement la tête sans quitter son poste. Sécate le regarda, presque avec
tendresse, puis releva la tête. Le soleil d’ici faisait mal. Il n’aimait pas la vie. Mais bientôt, il y aurait cette forêt ! Une forêt moins parfaite et entretenue que celles de Tir Nan Og, peut-être… une forêt où la nature était encore sauvage ! Ce serait merveilleux, oui !
Quel dommage que Gabriel et Atyda ne s’écoutent jamais… Tout cela pourrait presque être parfait. Le regard de Sécate la chercha à l’horizon, et comme à son habitude elle ne se sentit apaisée qu’en la trouvant. La fée aux longs cheveux d’or gambadait dans le sable, tâchant d’attraper des espèces de petits lézards bleu vif, pestant joyeusement quand leur queue lui restait entre les mains. Comme à son habitude, elle restait royalement indifférente au monde qui l’entourait.

- Pour Atyda, il n’y a que le monde d’Atyda, murmura-t-elle, sans savoir si elle en était heureuse ou triste.
- Quèchequetudi ? barbota Gabriel entre deux gorgées d’eau.
- Je dis que… Rien. Ne bois pas trop, Gabriel, tu risquerais de te rendre malade, après avoir tant manqué d’eau. Enfin, je crois.

Elle lui sourit encore, et reprit silencieusement sa marche, ses pieds nus foulant le sable brûlant sans paraître en souffrir. Vers l’Ouest.
La suite était à l’Ouest, c’était une évidence. Et elle la verrait de ses yeux.

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Hiraeth Dùnadan
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MessageSujet: Re: Ta´am   Sam 3 Déc à 14:59

mais c'est trop court heuuuuuuuuu


je veux la suite euhhhhhhh


et à l'ouest je vois riennnnnnnn heinnnnnn



bon je vous signale qu'au cas où je ne passerai pas le week-end je lègue tout à la nga


*retourne tousser dans son coin aves sa réserve de mouchoirs*

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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 9 Déc à 11:50

Une petite suite de derrière les fagots pour la petite dame (et les autres...)




Cela lui rappelait vaguement les matins d’hiver où elle attendait, seule contre le radiateur, l’arrivée des autres élèves et le début des cours. Le ciel crayeux se voyait mal à travers les vitres pourtant étincelantes de propreté, comme si une brume invisible enveloppait tout. Il n’était pourtant pas si tôt… Dorcha s’étira silencieusement, le regard perdu dans les allées et venues de la cour intérieure du palais de Paymon. De cette salle, elle voyait presque tout. Mais malgré tout, elle aurait adoré savoir ce qu’elle fichait là…
La pièce était petite, sommairement meublée d’un bureau qui avait certainement connu des jours plus glorieux, d’un petit banc de bois et d’une bibliothèque supportant livres aux mêmes caractères cunéiformes, et bibelots inintéressants. Les murs blancs en crépi ne supportaient aucun cadre, aucune décoration : cependant l’atmosphère était paisible, à défaut d’être chaleureuse. Mais y avait-il quoi que ce soit de chaleureux, dans ce pays étrange ?
Cela lui rappelait les matins d’hiver, en classe, oui… Sans tableau, sans odeur de craie ni d’encre, et pourtant. Etait-ce la couleur de la lumière ?
Toute à ses souvenirs, elle n’entendit pas la porte grincer.

- Avoir fait attendre l’Asmodée lui est insupportable… Pourra-t-elle lui pardonner ? chevrota une voix qu’elle reconnut à l’instant.
- Curson, sourit-elle en se retournant vers lui. Je suis heureuse de vous revoir. C’était donc vous que j’attendais ?
- Quel homme peut se vanter de savoir ce qu’il attend ? Ou de savoir ce qui l’attend, d’ailleurs… répondit-il en riant doucement. Même Curson ne le sait pas ! L’Enfant le sait-il ? Peut-être, Asmodée… Peut-être !

Il ferma la porte derrière lui, déposa sur le bureau un vieux sac de toile, poussa un léger soupir et s’approcha en boitillant de la fenêtre, avant de s’immobiliser à ses côtés. Ils gardèrent le silence quelques minutes, contemplant ensemble le mouvement à l’extérieur, et Dorcha fut inondée une fois de plus par ce parfum si caractéristique d’encens et de poussière qui la réconfortait étrangement, en semblant modifier la consistance même de l’air. Elle se laissa bercer par la douceur de l’instant, et se serait peut-être endormie s’il n’avait pas pris la parole.

- Où courent tous ces gens… Pourquoi le font-ils… Voilà des questions que peu de personnes se posent, et pour cause ! La réponse n’est pas accessible à n’importe qui. Mais la lumière de l’Enfant a brûlé les yeux de Curson, et il voit maintenant… Il voit, et il entend. Ces choses-là seront bientôt acquises à la glorieuse Asmodée. Et avec quelle facilité !
- Vous voulez dire que…
- Le vieux Curson va montrer à la lumineuse comment influencer le monde. Bien entendu, elle le sait déjà, au fond d’elle même, et mieux que quiconque. Mais Curson va tâcher de lui rappeler comment faire.
- Influencer le monde ? Est-ce qu’on ne s’emballerait pas un peu, là ? sourit franchement Dorcha. Genre devenir maître de l’univers ?

Curson secoua doucement la tête en riant. Il retourna vers le bureau de bois, et sortit
de son sac un petit vase bleu et blanc en porcelaine.

- Le commencement est le meilleur endroit par où commencer, fille de la nuit, murmura-t-il.
- C’est d’une logique implacable, constata-t-elle en s’adossant à la fenêtre. Et en quoi consiste le commencement ?
- Il consiste à apprendre l’ordre naturel des choses.
- Voilà qui m’éclaire grandement. Merci de toutes ces précisions.
- L’Asmodée est d’humeur joueuse… Curson va tâcher de la satisfaire dans la mesure de ses maigres capacités. Tout d’abord… l’objet, dit-il en revenant vers elle.
- L’objet. Soit. Comme, au hasard, un vase ?
- Pas de hasard dans l’univers. Seul l’Enfant… mais non, plus tard, ce serait s’égarer encore, et le Temps est si court, si rapide ! Il fuit entre nos mains, même si on les ferme de toutes nos forces. Jamais nul ne le retient. L’Asmodée pense-t-elle être supérieure à un vase ?

Dorcha ne répondit pas immédiatement, surprise par la brutalité de la question.
Supérieure à un vase ? « A quoi est-ce qu’on joue, là… » se demanda-t-elle. « A qui-c’est-le-plus-fort ? Après on passera à Superman contre Spiderman, mais pour le moment on commence par moi et un vase, c’est ça ? Bon… je ne vais pas trop m’avancer. Curson a l’esprit tordu, il va de toute façon m’avoir au tournant, c’est donné d’avance. C’est assez agaçant, d’ailleurs. Il pourrait me démontrer qu’une plante verte a plus de capacités culinaires que moi, s’il le voulait, j’en suis certaine. Et un porte-manteau plus de subtilité. Soit, un vase et moi… Qui est-ce qui gagne ? Suis-je supérieure à un bête vase ? »

- Elle le pense, finit-elle par dire.
- Peut-elle le prouver ? demanda Curson d’un ton neutre.
- Je pourrais… briser ce vase.
- C’est exact. Mais comment ?
- En le jetant par terre.
- Montrez-moi, dit-il sur un ton catégorique.

Elle haussa les épaules, s’approcha, pris le vase et le précipita contre le sol, où il se brisa
en mille morceaux.

- Voilà… comme ça, fit-elle simplement.
- Asmodée… Voyons ! murmura-t-il. Le vase a été plus fort que la fille de la nuit.
- Plus fort ? Mais… mais il n’y a même plus de vase ! s’étonna-t-elle.
- Et pour cela elle a pris la peine de se déplacer, et d’utiliser ses douces mains… Quelle méthode frustre ! Quel commun ! Les gens du peuple en feraient de même… Ne vaut-elle pas mieux ?
- Mais Curson… Comment voulez-vous que je puisse… demanda-t-elle pensivement en regardant les morceaux épars du petit vase bleu et blanc.

Sous ses yeux ébahis, elle les vit soudain se réunir, reformer le vase, et reprendre leur place sur le bureau. « Eh bien la voilà, l’arnaque… Je savais bien qu’il m’aurait quelque part. » Elle sentit les battements de son cœur s’accélérer, et posa doucement sa main sur l’épaule de Curson.

- Comment ? répéta-t-elle.
- Le regard de l’Asmodée a pouvoir sur toute chose… Cela suffit amplement.
- Vous l’avez simplement… regardé ? s’étrangla-t-elle. Un regard, et le vase s’est reformé ? Comme avant ? Est-ce que je peux le toucher ?

Sans attendre de réponse, elle s’avança, et le saisit d’une main tremblante. Intact. Comme si jamais elle ne l’avait jeté sur le sol. Elle le palpa fiévreusement, le retournant dans tous les sens, abasourdie. Puis elle le remit en place, recula, et fronça légèrement les sourcils, l’air profondément absorbé.
Derrière elle, Curson affichait un large sourire énigmatique et serein.

- Curson… Vous m’apprenez ? murmura finalement Dorcha au bout de quelques minutes.
- Le vieux Curson est né pour cela, sourit-il.

La leçon pouvait commencer.

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