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 Ta´am

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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 1 Mai à 20:52

Très cher Vlaotchoz, j'ai hâte de lire les textes d'un littéraire si accompli. Je vous propose une liste de sites certainement plus adaptés à votre niveau de lecture : www.sitaudis.com et http://tapin.free.fr/.

Quant à moi, je trouve dans cette "littérature pour ado" un moment onirique, un passage libre vers le rêve ce que trop de pseudo-intellectuels élitistes oublient, victimes d'un mouvement lettriste largement dépassé déjà à l'époque où il vivait... inaperçu.

Antigone, j'aime beaucoup ton texte et surtout ton style fluide qui accompagne l'histoire. Je vais le relire encore une fois et te donnerai une critique plus constructive.
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Antigone
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MessageSujet: Re: Ta´am   Mer 10 Mai à 2:24

Merci beaucoup pour ton commentaire, Obéron...

Je ne suis pas très productive en ce moment (ah, le charme des fins d'années scolaires!), mais voici, sortie de nulle part, la suite de Ta'am...


***




Dorcha s’étira paresseusement sur son lit. Les chandeliers éclairaient sa chambre somptueuse d’une lumière chaude et rassurante, et la satisfaction de voir cette journée terminée, mêlée à la fierté qu’elle éprouvait d’avoir maîtrisé les enseignements de Curson, la faisaient baigner dans une douce euphorie.

- Viens ! dit-elle d’une voix neutre à la brosse à cheveux qui s’éleva et traversa la pièce pour finir délicatement dans sa main tendue.

Dorcha sourit, satisfaite. On s’habituait drôlement vite, en fin de compte… Bien entendu, elle avait encore besoin de parler pour exercer sa volonté sur les objets, mais Curson lui avait appris qu’il ne s’agissait que d’une question de temps. Rien de bien alarmant. Elle avait déjà fait des progrès fulgurants, en à peine une semaine, et elle en tirait un orgueil tout naturel. Peut-être serait-elle même bientôt en mesure de dépasser le maître ?
Quelques coups timides frappés à la porte lui firent relever la tête. Elle n’avait aucune idée de l’heure qu’il pouvait être, mais la nuit noire était tombée comme un rideau opaque sur l’horizon depuis bien longtemps déjà. Elle songea à crier d’entrer, puis se rendit compte avec amusement que ce n’était pas nécessaire. On s’habituait drôlement vite au confort de ces nouvelles habitudes, mais elles n’étaient pas pour autant devenues des automatismes. Elle se redressa sur ses oreillers, arrangea machinalement ses cheveux et déclara : « Ouvre ». La porte pivota sagement sur ses gonds.
Derrière elle, Paymon, impérial, la contemplait avec un air de surprise soigneusement étudié. Il ne pouvait en être autrement : toute la maison n’avait parlé que des exploits de l’Asmodée, ces derniers jours, et de son talent incroyable pour satisfaire les exigences du sage Curson. C’était impossible que lui-même n’ait rien entendu à ce propos, aussi Dorcha ne crut-elle pas un instant ce mauvais numéro d’acteur.

- Asmodée… Veuillez excuser mon intrusion. Vous êtes… surprenante.

Incertaine sur le sens qu’elle devait accorder au mot « surprenant », Dorcha vérifia sa chemise de nuit d’un coup d’œil qu’elle désirait discret. Cela voulait peut-être dire « superbe décolleté ! » ou « terrible, ton brushing ! », dans le langage courant de Byleth. Mais rien ne lui parut hors de l’ordre naturel des choses, et elle cessa de s’inquiéter.

- Paymon. Que me vaut cette visite nocturne ?
- J’aime la nuit, répondit-il en refermant la porte derrière lui. C’est l’unique moment où les choses se révèlent dans toute leur dimension mystérieuse et sublime. Je parle bien des choses, bien entendu… Vous êtes toujours mystérieuse et sublime, chère Asmodée, compléta-t-il galamment en lui baisant la main.
- Trêve de banalités, Paymon, coupa-t-elle en se relevant, arrachant sa main au contact de ses lèvres. Vous n’êtes pas là pour m’entretenir de considérations vaseuses sur les mystères de la nuit, je suppose…
- En effet… Je pourrais être là pour bien d’autres raisons, mais le simple plaisir de vous voir allongée ici, dans mes propres draps, constitue déjà une motivation non négligeable.

Dorcha ne put s’empêcher de frissonner en l’entendant susurrer ces mots. D’accord, techniquement il était chez lui, et elle dormait donc dans ses draps, mais le poids qu’il mettait dans ses paroles ne lui plaisait pas. Il n’allait tout de même pas s’imaginer qu’elle pouvait être séduite par ses manières précieuses de petit dandy ?
Elle n’osa cependant pas répliquer, de peur de placer dans sa bouche une connotation qu’il n’y avait peut-être pas mise. « Dorcha, ma petite, il se pourrait bien que tu vires totalement paranoïaque… Bientôt le vieux Curson ne pourra plus te mettre une main sur l’épaule sans que tu cries au viol, si tu continues ! » Elle se contenta de soutenir son regard, attendant patiemment la suite.

- Malheureusement le plaisir n’est en effet pas le seul but de ma visite. La rumeur parle des miracles que vous accomplissez avec Curson, et vous venez de m’en apporter la preuve en ouvrant cette porte. Admirable maîtrise, en réalité…
- Je vous remercie, répondit-elle froidement.
- Il est donc temps de planifier votre petite… excursion, déclara-t-il en s’asseyant dans un superbe fauteuil de velours rouge. J’ose espérer qu’elle ne vous est pas sortie de l’esprit.
- Aussi étonnant que cela puisse paraître, Paymon, je ne m’amuse pas à ouvrir et fermer des portes parce que je compte postuler à un poste de groom. Cela ne m’est pas sorti de l’esprit.
- J’en suis ravi, incontestablement, dit-il en sortant de sa poche ce que Dorcha considéra comme un cigare d’une étrange couleur bleuâtre. Nous allons dès lors pouvoir considérer les aspects pratiques de ce voyage. Excusez-moi… auriez-vous du feu ?
- Brûle ! dit-elle négligemment, avant de constater avec horreur qu’elle avait fait s’envoler en fumée la moitié du cigare.

« Ah la boulette… » murmura-t-elle, les mains plaquées sur la bouche, tandis que Paymon essuyait d’un air complètement blasé les cendres qui parsemaient son élégante chemise pourpre.

- Je euh… Ne parviens pas encore tout à fait à doser quand… bafouilla-t-elle.
- Les risques de la pratique, je suppose, se contenta-t-il de déclarer en jetant sur le sol les restes carbonisés du petit cigare. Je vais me contenter d’allumer le prochain à un chandelier.
- Votre chemise est…
- … dans un piteux état, oui, mais je n’en manque pas, soyez-en assurée. Venons-en au fait, Asmodée. Vous partirez bientôt, je ne sais encore exactement quand. Cette décision, comme de nombreuses autres, appartient à Curson, et l’Enfant prend son temps pour lui communiquer ses désirs, visiblement. La date n’est donc pas arrêtée ; cependant il vous faut d’ors et déjà décider de quelques petits détails techniques.

Impassible, il sortit un autre cigare à la même couleur étrange de sa poche, et l’alluma pensivement à un chandelier. Mal à l’aise, Dorcha s’appuya contre le mur, les bras croisés sur la poitrine. Pourquoi fallait-il toujours qu’elle perde tous ses moyens face à Paymon, alors qu’elle aurait tant voulu rester maîtresse d’elle-même ? Elle le regarda fumer tranquillement, soufflant doucement de petits nuages d’une fumée malodorante, l’air lointain.

- Quel genre de détails ? finit par demander impatiemment Dorcha.
- Des bêtises, vraiment… Qui vous accompagnera, ce dont vous avez besoin, l’étendue du cortège, ce genre de choses… L’intendante de votre garde-robe s’occupera de la plupart des choses, ainsi que Curson, mais la composition de votre suite vous revient, du moins en partie.
- En partie ?
- Je ne serai malheureusement pas en mesure de vous accompagner, Asmodée. Des affaires importantes me retiennent à Byleth, que je ne peux décemment négliger.
- Oh, fit-elle en tâchant de se donner un air déçu.
- Je le déplore, bien entendu. Mais c’est ainsi. Par ailleurs, Curson sera également du voyage ; j’ose espérer que cela ne vous dérange pas…
- Pas du tout, non, répondit-elle vivement.

Elle s’était prise de tendresse pour le vieillard, et n’aurait pas imaginé un seul instant partir quelque part sans sa présence affectueuse et muette à ses côtés. L’odeur d’encens et de poussière lui était devenue presque indispensable… et l’apaisait. Avec Curson, elle savait que ce qu’elle faisait était dans l’ordre des choses, et elle qui n’avait jamais cru au Destin avait parfois l’impression d’avancer sur un chemin pour lequel elle était faite. Un chemin qui l’attendait depuis longtemps. Avec Curson, elle avait conscience de faire partie du monde, et d’y jouer pleinement son rôle.

- Abalam également…
- Non ! protesta-t-elle avec véhémence. Je refuse qu’Abalam…
- Vous ne refusez ni n’acceptez, chère enfant, c’est un fait. Abalam a sa place dans votre cortège. Ce n’est pas une suggestion.
- Mais je…
- Permettez-moi de vous interrompre, mais je tiens à vous épargner une argumentation inutile, coupa-t-il. Abalam cheminera en tête du cortège, avec vous, en tant que représentant de ma Maison, Maison qui, dois-je vous le rappeler, vous a accueillie et révélée, tout en prenant le plus grand soin de votre confort, et en prenant à sa charge vos déplacements et votre… éducation. Le prestige de votre nom retombe quelque part sur moi, et suffit à justifier cette véritable folie. Mais cela ne justifie pas pour autant l’écartement impératif de mon intendant. Je suppose que vous pouvez le comprendre… Je ne vous parle pas d’économie, mais de savoir-vivre.

Dorcha hocha la tête avec une mauvaise grâce évidente. Quelle plaie… Devoir se coltiner cette espèce de larve méprisable durant un voyage dont elle ignorait ne fût-ce que la durée la répugnait profondément. Et avec elle, en plus ! Il ne s’agissait même pas de le reléguer en fin de cortège (un cortège, d’ailleurs ? N’était-ce pas un peu exagéré ?) et de tâcher d’oublier son existence parasitaire, non : elle devrait supporter sa présence et ses attitudes mielleuses… Un véritable cauchemar en perspective.

- Si vous désirez imposer un nom, reprit Paymon, c’est bien entendu tout à fait possible. Avez-vous une préférence, un suivant que…
- Bebam, répondit-elle sans hésiter.
- Bebam, répéta calmement Paymon. Parfait. Autre chose ?

Dorcha réfléchit quelques secondes, puis secoua la tête.

- Il en sera donc ainsi, conclut Paymon en se relevant du fauteuil de velours rouge, et il se dirigea vers la porte. Vous organiserez sans doute les autres détails avec Curson ou l’intendante de la garde-robes. Couleurs du blason, compositions des bagages, ce genre de choses… Si vous désirez quelques amusements, c’est également possible.
- Quelques amusements ? demanda-t-elle, intriguée.
- Laissez libre cours à votre imagination, Asmodée, répondit-il avec une lueur féroce dans le regard qui la déstabilisa complètement. Tout est possible, à Byleth. Une charmante jeune personne comme vous, si pleine de vie, a besoin de divertissements, je suppose... Soit. Je cesse dès à présent de vous importuner. Nous nous verrons demain matin.
- De divertissements ? Qu’entendez-vous exactement par… insista-t-elle.
- A demain donc, Asmodée, dit-il en refermant la porte, laissant Dorcha totalement perplexe.

« Il n’avait pas l’air de me parler d’un écran 16/9 branché sur le câble » murmura-t-elle en contemplant la porte, vaguement inquiète. « Quels genres de divertissements peuvent-ils bien avoir, ici ? »
Mal à l’aise, elle s’allongea à nouveau entre les draps frais, l’esprit obstinément fixé sur la lueur malsaine qui avait traversé, quelques secondes, le regard d’habitude impassible de Paymon.


***

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MessageSujet: Re: Ta´am   Mer 10 Mai à 9:01

Ce qui me fait une belle nuit, encadrée par du Ta'am. ^^

Si quelqu'un sait où trouver Curson, et s'il donne des cours particuliers, ça m'intéresse!

Du bon boulot, continue comme ça!

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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 12 Mai à 18:30

Et la suite... Elle vient toujours quand je ne m'y attends pas!

***


Sherilane attisa le feu à l’aide d’une branche, puis se rassit. Les flammes projetaient leur lumière changeante sur les visages des voyageurs, immobiles dans la nuit noire de la forêt du désert. Au loin, un hibou poussa un hululement angoissant.

- Le village des Gouvernants, dit-elle finalement en brisant le silence seulement troublé par le crépitement du feu. C’est loin.
- Est-ce que tu sais où c’est, exactement ? demanda Sécate.
- Mais arrête de lui parler, toi ! bondit Atyda. Tu ne parles qu’à moi !

Sécate la regarda, posa doucement sa main sur le bras de la fée blonde et garda le silence. L’expression d’Atyda se détendit peu à peu. Elle laissa échapper un dernier soupir d’agacement, et se tut.

- Plus loin qu’Arcane, répondit Sherilane comme s’il ne s’était rien passé. Plus loin même que les terres amazones. Mais où , exactement… je l’ignore.
- Bah ça nous avance, tiens, grinça Gabriel, le menton calé au creux de ses mains.
- Silence, homme ! siffla Sherilane. C’est déjà insupportable que vous tolériez sa présence, mais qu’en plus il ose s’exprimer…
- Moi je suis d’accord, silence, homme ! répéta joyeusement Atyda avec l’air d’un enfant qui voit ses cadeaux de Noël empilés au pied du sapin.
- Mais je…
- SILENCE ! s’écrièrent-elles en même temps, avant qu’Atyda n’éclate d’un rire joyeux, ses longs cheveux s’agitant au rythme des soubresauts de ses épaules.

Un demi-sourire sur les lèvres, Sécate observa Gabriel qui se retranchait dans un silence boudeur, les yeux fixés sur le sol, des idées de meurtre tourbillonnant une fois de plus dans sa tête. Idées qu’il ne serait jamais en mesure de concrétiser, étant donné la présence menaçante de l’arc de Sherilane, dont elle ne se séparait visiblement jamais. Il mordit dans le morceau de viande qu’elle avait daigné lui donner après de nombreuses minutes de négociation avec Sécate, et se concentra sur la mastication de la chair élastique et suave. Qu’est-ce que ça pouvait bien être, d’ailleurs ? Pour autant qu’il en savait, il pouvait tout aussi bien être en train de déguster un morceau d’un de ses semblables masculins. A cette pensée, il sentit son estomac amorcer un dangereux mouvement de type « retour à l’expéditeur ».

- Quel chemin comptez-vous suivre ? reprit Sherilane à l’intention d’Atyda, ayant visiblement décidé qu’elle était la chef du groupe.
- Moi je veux voir les Acynes.
- A partir d’ici, nous ne savons pas au juste, précisa doucement Sécate. Alors nous allons sans doute…
- Aller voir les Acynes, reprit Atyda, bornée. Moi je veux les voir.
- Nous allons sans doute aller voir les Acynes, concéda Sécate d’un ton las.
- Ils connaissent cette forêt mieux que personne, mais je doute que vous puissiez en tirer quoi que ce soit, observa Sherilane, pensive.
- Moi je les trouve rigolos… dit Atyda, et ils replongèrent tous dans un silence méditatif, comme si elle venait d’apporter à la conversation une information d’importance capitale.

Concentré sur son estomac, Gabriel n’avait suivi la discussion qu’à moitié, trop occupé à se convaincre qu’il mangeait un quelconque animal, et non un de ses amis qui serait tombé par un hasard malheureux sur la route de l’amazone. Le terme « Acyne » éveilla bien sa curiosité, mais tout comme Sécate avait fini par renoncer à demander des éclaircissements quand il parlait de « télévision », « voitures » ou « Internet », il ne cherchait plus à connaître la signification exacte des noms qu’il entendait pour la première fois, lassé. Après avoir avalé sa dernière bouchée, non sans mal, il essuya ses mains grasses sur son t-shirt et s’approcha de ses pantoufles vachettes, qui séchaient près du feu. Il ne lui fallut pas longtemps pour se rendre compte qu’elles étaient encore gorgées d’eau, et il grimaça. Ca allait être pratique, tiens… Déjà que ça ne l’était pas beaucoup…

- Et toi, tu vas où ? reprit soudain Atyda, les faisant tous sursauter.
- Nulle part, partout… Je voyage, répondit Sherilane.
- Eh ! s’exclama-t-elle, les yeux brillants d’une nouvelle lueur. Tu pourrais voyager avec nous !

Gabriel jeta un regard désespéré à Sécate et lui adressa des signes véhéments, secouant désespérément la tête et les bras, mais plongée dans la contemplation du visage calme de l’amazone, elle ne le remarqua même pas. Sherilane, par contre, le foudroya du regard, et il s’arrêta net.

- Voyager avec cette chose ? grinça-t-elle.
- Mais non pas avec lui, avec nous, dit Atyda en se jetant contre elle, étreignant son bras. Dis oui… Allez allez allez dis oui…
- Je ne sais pas, vraiment, rétorqua l’Amazone qui grimaça en secouant légèrement son bras, comme si un insecte énorme et répugnant venait de s’y poser.
- Dis oui dis oui dis oui dis ouiiiiiiii… supplia Atyda.
- Il est vrai que tu pourrais nous accompagner ne fût-ce qu’un bout de chemin, proposa Sécate.

Gabriel enfouit brusquement sa tête dans ses mains, désespéré. Mais elles voulaient toutes sa mort, ou quoi ? Dans un éclair de lucidité effrayant, il se répondit : « Eh bien tu n’es pas très loin de la vérité, mon petit Gaby : Sherilane rêve de pouvoir déguster ton cadavre farci aux herbes, Atyda serait ravie de l’aubaine, et Sécate ne se rend compte de rien. Bref, statistiquement elles veulent ta mort, c’est certain. D’autres questions ? »
Il gémit. Il n’avait pas d’autres questions pour l’instant, à part « Mais qu’est-ce que je viens de manger, exactement ? », et n’avait aucune envie que la petite voix de son esprit ne se penche sur ce problème. Face à lui, Sherilane semblait réfléchir, les grands yeux bleus d’Atyda toujours fixés sur elle.

- Je pourrais effectivement… commença-t-elle.
- OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ! glapit Atyda en l’étreignant, laissant Sherilane hébétée, le souffle court et les yeux ronds. TU VIENS AVEC NOUS !

Il fallut attendre qu’Atyda se détache pour qu’elle puisse répondre, après avoir remplit à nouveau ses poumons d’un air salvateur. La petite fée ne payait peut-être pas de mine, mais Sherilane avait tout de même l’impression sérieuse qu’elle avait failli lui briser les côtes.

- Jusque chez les Acynes, parvint-elle finalement à articuler.
- C’est bien, opina Sécate en souriant.
- Pas trop, non, gémit Gabriel le plus bas possible.
- Il serait beaucoup plus transportable si je lui arrachais la langue, observa Sherilane avec une froide indifférence. Vous êtes vraiment sûres que…

Trois regards se posèrent sur Sécate : ceux, pleins d’espoir, d’Atyda et de l’amazone, et celui, horrifié, de Gabriel. Au grand soulagement de ce dernier, elle secoua doucement la tête, sans se départir de son sourire. Sherilane eut un grognement désapprobateur, et se détourna. Après l’avoir observée, Atyda agit exactement de la même manière, comme si elle tentait d’en faire la meilleure imitation possible. « Bon… résumons-nous… pensa Gabriel. L’amazone vient de se dégoter une groupie. On va partir chez des Acynes ou chais pas quoi, et ils pourraient aussi bien être des genres de loups-garous que ça ne m’étonnerait pas plus que ça. On ne sait toujours pas exactement où on va, et je suis paumé au milieu d’une forêt, elle-même au milieu d’un désert, par un temps exécrable, avec ce qui me sert de pyjama et des pantoufles trempées. Je pense, en toute objectivité, que ça ne pourrait pas être pire. »
Une voix résonna alors dans sa tête avec une telle force qu’il ne put retenir un cri d’horreur.

- Eh mon pote ! Vous passez la nuit ici c’est ça ? Mais après vous allez où ? C’est juste pour savoir hein…
- Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? hurla Gabriel. Qui a dit ça ?
- Personne n’a rien dit… s’étonna Sécate, les yeux ronds.
- Il perd la raison, observa Sherilane. Je vous assure qu’on devrait vraiment…
- Eh mon petit père, tu me réponds où t’attends de voir tomber la neige ? Parce que là tu peux encore attendre longtemps hein, parole ! reprit la voix qui sembla provenir de l’intérieur même de son crâne.

Gabriel se redressa d’un bond, les yeux fous, se tournant et se retournant dans tous les sens.

- J’ai disjoncté c’est ça ? J’entends des voix maintenant ? gémit-il.
- T’entends UNE voix, et c’est la mienne. C’est bien ma veine, chuis pas tombé sur un premier prix d’intelligence, bougonna la voix.
- Oh ! fit Atyda, une lueur de compréhension dans le regard. Il a un Daïkini !
- Ah, ce n’est que ça, dit Sécate, visiblement rassurée.
- Mais c’est quoi un Daïkini ? glapit-il.
- Un petit bonhomme qui s’est mis dans ton oreille, expliqua Atyda. C’est pas juste, pourquoi c’est lui ? Moi j’en voulais un…
- UN PETIT BONHOMME DANS TON OREILLE ?
- Non, dans ton oreille.
- DANS MON OREILLE ?
- Voilà.

Il dirigeait déjà une main paniquée vers l’endroit en question quand Sécate se jeta sur lui, lui immobilisant les bras. Le souffle court, tremblant, il leva sur elle des yeux démesurément agrandis où tremblait une lueur de folie.

- Gabriel, écoute-moi, lui dit-elle sur un ton posé, son regard rivé au sien.
- Ouais, Gabriel, écoute la dame, reprit moqueusement la voix.
- Ce n’est pas dangereux, ça ne fait pas mal. C’est juste une espèce de… euh, tout petit bonhomme, oui, qui profite de ta présence pour voyager beaucoup plus vite que sa taille ne le lui permet.
- Et il aimerait bien savoir où tu vas, le tout petit bonhomme, grommela la voix.
- Si tu essayes de l’attraper, il va s’enfoncer plus profond encore, et il risque de te faire mal sans le vouloir, d’accord ?
- Et de te bouffer le cerveau de l’intérieur, mon petit père, précisa le Daïkini. Alors on est sage avec tonton.
- Il ne faut pas avoir peur.
- … et il faut répondre aux questions qu’on te pose. Bon sang de bois, je suis tombé sur un attardé…

Gabriel acquiesça sagement, les yeux toujours exorbités fixés sur Sécate. Elle relâcha légèrement sa pression, et sourit.

- Bien. Ca va aller ?
- Mais pourquoi ça résonne si fort ? gémit-il.
- Il est peut-être trop loin à l’intérieur.
- Même que c’est pas joli-joli à voir, reprit la voix moqueuse. Le service d’entretien passe pas souvent par ici hein. M’enfin bon si ça dérange je peux m’éloigner un peu, genre comme ça, voilà, j’avance, hop là, elle était pas belle celle-là… Faudra me nettoyer un peu tout ça, p’tit père, d’accord ?

Gabriel hocha docilement la tête. La voix avait diminué au fur et à mesure, et elle était maintenant tout à fait supportable.

- Eh vieux ! Evite les surprises dans ce genre tu veux ? Remue pas trop hein !
- D’accord, répondit-il sagement.

Il tâcha de se calmer, tout en se répétant d’une voix mature et responsable qu’il était tout à fait normal d’avoir une chose qui parlait dans l’oreille, qu’il se contentait de servir de taxi à un tout petit bonhomme, qu’il n’y avait rien de plus naturel en ce bas-monde et qu’il était absolument inutile de paniquer pour si peu. Malgré tout, il sentit le fil qui le liait à sa raison s’agiter et se tordre dangereusement.

- Moi aussi, j’en veux un… boudait Atyda, sourcils froncés et bras croisés.
- Tu en auras sans doute bientôt, promit Sécate. Je t’avais bien dit qu’il y en avait par ici…
- Moi j’en veux un maintenant.
- ‘tyda…
- Si, maintenant !
- Ecoute…
- On pourrait aussi dormir, observa Sherilane d’un ton sec.

Atyda ouvrit la bouche, regarda Sherilane, la referma, et hocha furieusement la tête, la même expression butée sur le visage.

- C’est vrai quoi, on pourrait aussi dormir ! protesta-t-elle.
- Alors dormons, dit Sécate en s’adossant au tronc le plus proche.

Atyda chercha une dernière approbation dans les yeux de Sherilane, puis, constatant qu’elle s’allongeait, fit de même. Elle jeta un regard à la ronde, hésita, puis se rapprocha peu discrètement, aussi près qu’il lui était possible de le faire sans effleurer l’amazone. Toujours immobile, Gabriel restait les yeux grands ouverts, à la limite de l’état de choc.

- Bon bah pendant que les demoiselles dorment, on va pouvoir causer affaires entre hommes, reprit le Daïkini. Donc, où que c’est que tu vas, au juste, petit père, qu’on s’organise un brin ?

Gabriel se rendit compte que la nuit serait probablement très, très longue.

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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 12 Mai à 19:19

ENORMISSIME!

Toujours surpris! Je m'habituerai jamais! A chaque fois c'est un coup totalement inédit! J'adore!

Le Daïkini maintenant...

Mais jamais tu t'essoufles, toi, hein? Mr. Green

Ta'am, j'adooooooooore de plus en plus! A chaque fois je crois être arrivé au bout, mais non, de plus en plus, vous dis-je!

C'est tout simplement génial!

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MessageSujet: Re: Ta´am   Mer 24 Mai à 15:03

Je plussoie Candle. Mr. Green

Le Daïkini, j'adore. Et le pouvoir de Dorcha aussi. A ce propos voui j'ai mis du temps à lire, mais, euh... c'pas ma faute... euh... les cours, tout ça... Bref.

Enfin voilà voilà quoi, j'aime énormément, et je ne m'en lasse pas.
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moi
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MessageSujet: Re: Ta´am   Dim 30 Juil à 20:45

humm oui je suis en retard jadore jadore jediterais pour un commentaire plus constructif ma soeur reclame le pc
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eltrol
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MessageSujet: Re: Ta´am   Jeu 14 Déc à 0:09


Excellent!! Ca m'avait manqué, tiens!!
Malheureusement, ce n'était qu'un concentré.. à dans quelques mois! lol!
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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 5 Mar à 1:25

Aucun doute, de loin, elle devait présenter une ressemblance étonnante avec une poupée vaudou. Myar piqua une épingle de plus afin d’ajuster les tissus, et se recula légèrement, contemplant son travail avec un œil critique.

- Je suis fatiguée, déclara soudainement Dorcha.
- Asmodée… Il n’y en a plus pour longtemps, dit doucement Adra. Une fois terminée, cette robe nous fournira le modèle pour les autres, et…
- Je l’espère. Je ne tiens pas à me transformer en mannequin à chaque fois que vous voudrez me refaire une douzaine de tenues.
- Ce ne sera pas le cas, Asmodée… Soyez rassurée. Myar va travailler plus vite.
- Je ne vois pas comment elle pourrait travailler plus vite sans dépasser le mur du son, grommela Dorcha. Ce n’est pas le problème. N’auriez-vous pas pu simplement prendre mes mesures ?
- Ce tissu est tellement capricieux, Asmodée ! Il nous faut l’assembler de cette manière pour qu’il vous aille comme une seconde peau…

Dorcha poussa un soupir agacé. « Partir en voyage » ne signifiait pas ici « Fourrons joyeusement des vêtements pêle-mêle dans une malle » mais plutôt « eh ! et si on refaisait toute la garde-robe, en envisageant toute la gamme de ce qui peut être porté par tous les climats, dans toutes les conditions ? » Elle avait tout d’abord découvert avec émerveillement la pièce où trônaient les vestes, jupons, chemisiers et capes qu’on lui destinait, mais avait rapidement compris qu’il y avait une arnaque quelque part quand on lui avait annoncé qu’Adra désirait la voir. Elle ne s’était pas trompée.

En équilibre précaire sur son tabouret, elle tenta une fois de plus de se redresser pour soulager son dos fatigué, mais un regard paniqué de Sazelle lui fit arrêter son mouvement. La main de Thedry tremblait toujours autant en découpant le tissu. Depuis leur entrevue, seules toutes les deux, elle avait semblé véritablement terrorisée face à Dorcha. Rien en apparence n’en témoignait – respect de la coutume oblige – mais ses regards angoissés, son teint blême et la maladresse de ses gestes ne laissaient aucun doute. Maladresse que ne manquait jamais de souligner Adra d’un ton acerbe, ce qui ne faisait que renforcer l’angoisse de la jeune fille. Elle lui faisait de la peine, au fond. Inutile cependant d’essayer une fois de plus de rassurer cette petite dinde.
Les cours avec Curson perdaient peu à peu de leur nécessité. Dorcha maîtrisait suffisamment ses dons, et parvenait à présent à ne plus se blesser. C’était simple, au fond, une fois qu’on avait compris le truc : il suffisait de se convaincre d’être une sorte de déesse inaccessible que rien ne pouvait souiller. Cela agissait comme un bouclier, détournant d’elle tous les projectiles. Elle s’était d’ailleurs beaucoup amusée, lors de cette séance. Curson lui avait lancé divers projectiles, allant de la bille d’agate à la pierre qu’il soulevait d’un regard. Cependant elle avait failli avaler de travers quand il avait sorti ses flèches.

- Est-ce qu’on ne s’emballerait pas un peu, là ? avait-elle dégluti en le voyant bander son arc.
- L’Asmodée douterait-elle ?
- Soyons honnêtes : l’Asmodée est sur le point de faire une flaque sous sa robe…

Il avait éclaté de rire, puis avait décoché après lui avoir laissé un bref temps de concentration. La flèche avait ricoché sur un obstacle invisible. Test réussi. Aujourd’hui, on pouvait lui coller un neuf millimètres sur le front qu’elle n’en aurait pas pour autant frémi.
Perdue dans ses réflexions, elle n’avait pas remarqué la main tremblante de Thédry s’approcher dangereusement de son cou… mais poussa un cri horrifié quand l’acier des ciseaux lui entailla la chair. Terrorisée, la jeune suivante fit un bond en arrière, les yeux exorbités, tandis que Myar et Adra se précipitaient pour retenir Dorcha qui avait perdu l’équilibre.

- Asmodée ! Asmodée ! Vous allez bien ? Oh, malheur sur nous ! Asmodée ? gémit Adra.

Dorcha se remit péniblement sur ses jambes, et porta la main à son cou, hébétée. Elle saignait. Elle, l’Asmodée ! Curson l’avait pourtant prévenue… Elle devait être protégée naturellement, même quand elle n’y prêtait pas garde ! Rien ne devait l’atteindre ! Elle n’était qu’une idiote… elle avait relâché son attention, perdu l’Enfant de vue pendant quelques instants ! Si Curson l’apprenait… si qui que ce soit l’apprenait… et s’ils remettaient son titre en cause ? Son voyage ? Ses retrouvailles avec Dorian ?
Elle sentait la colère gonfler en elle, comme un fleuve furieux aux eaux troubles, ricochant sur chaque obstacle pour repartir plus violent encore, désireux de tout engloutir dans un silence éternel. Elle s’était montrée indigne de son frère, indigne de la confiance que l’on avait placée en elle, et qui le lui démontrait ? Cette petite dinde, avec ses yeux de chiot battu qui vient de se laisser aller sur le carrelage, cette espèce de moins que rien, incapable d’utiliser de simples ciseaux correctement ? Voyons les choses en face : elle s’était fait rappeler à l’ordre par cette imbécile qui ne pourrait parvenir à faire la moitié des choses que Dorcha avait accomplies en quelques semaines, quand bien même elle y passerait plusieurs vies !
Bouillonnante, elle se dégagea de l’étreinte de Myar et Adra, et se tourna vers l’élégant miroir au cadre ouvragé. La vue du sang tâchant le col décupla sa rage. Imbécile !

- La peste soit sur cette fille ! s’emporta Adra, dont la voix tremblait ! La peste sur toi, incapable ! La malédiction sur les enfants que ton ventre putride n’enfantera jamais !

Lentement, l’Asmodée se dirigea vers Thédry, qui s’était recroquevillée contre le mur, les mains cachant son visage barbouillé de larmes de panique.

- Sortez… murmura-t-elle d’une voix glaciale, et la porte pivota sur ses gonds. Sortez toutes… sauf toi.

Sazelle et Drumille ne se firent pas prier. Berkasse et Myar eurent la présence d’esprit d’attendre un signe de l’intendante avant de se précipiter à leur tour vers la porte.

- Telle est votre volonté? s’enquit doucement Adra depuis le seuil.

L’Asmodée opina, le regard toujours fixée sur Thédry, et Adra s’effaça après avoir murmuré une fois de plus « La peste sur cette fille… Qu’il en soit ainsi ».
La jeune suivante sursauta brusquement quand la porte claqua, déchirant le silence tel un coup de tonnerre.

- Comment as-tu osé… commença lentement Dorcha
- Asmodée ! Je vous en supplie ! Pitié ! Pitié pour ma vie ! s’écria-t-elle en se jetant à ses pieds.
- Silence ! hurla Dorcha, les traits déformés par la colère. Silence ! Incapable ! Comment as-tu osé me blesser ? Comment as-tu osé souiller ma peau ? Qui crois-tu être ?
- Je ne suis rien, Asmodée, je vous en supplie… glapit Thédry, le corps secoué de sanglots.

Le visage de Dorcha s’éclaira brièvement.

- Tu marques un point, Thédry… Tu n’es rien.

La jeune fille gémit longuement.

- Tu n’es absolument rien… Tu ne signifies rien. Y’a-t-il seulement des gens pour qui tu as de l’importance ? J’en doute. Qui se soucie de savoir ce qu’il t’arrivera ? Réponds !
- Personne, Asmodée…
- Personne. C’est bien normal.

Le regard enflammé de Dorcha se braqua sur la jambe de Thédry. Elle n’eut nul besoin d’articuler son souhait. Les os se brisèrent avec un craquement lugubre, à peine audible derrière le hurlement de douleur de la suivante.

- Silence ! tonna à nouveau l’Asmodée, qui fit connaître à l’autre jambe le même sort. Tu m’insupportes ! Ta vie m’insupporte ! Silence ! Comment as-tu osé ! Mon propre sang ! Tu as répandu mon sang !

Les hurlements de Thédry lui vrillaient le crâne. Cependant Dorcha se consola légèrement en contemplant les os de l’avant-bras de la suivante craquer et transpercer sa peau.

- Tu ne vaux même pas les larves qui te dévoreront les entrailles, siffla-t-elle.

Thédry reprit maladroitement son souffle avant de hurler de plus belle, anéantie par la douleur atroce qui la consumait. Le monde commençait à tourner autour d’elle, et ses propres cris lui parvenaient déjà comme étouffés. En un éclair elle revit son entrée dans la maison de Paymon, sa joie en apprenant qu’elle allait être pourvue d’un poste, sa curiosité en rencontrant Dorcha pour la première fois, la crainte confuse qu’elle lui avait inspirée, puis la peur franche après leur entretien ; elle revit les ciseaux mordre lentement la peau nacrée du cou délicat de l’Asmodée, et supplia intérieurement l’Enfant que cela prenne fin, que tout cela cesse, que le mal l’emporte définitivement… Elle leva les yeux sur sa tortionnaire sans même s’en rendre compte, et sentit son sang se figer dans ses veines.

Elle réalisa alors avec horreur, avant de sombrer définitivement dans le gouffre béant de l’inconscience, que l’Asmodée n’avait, en fin de compte, rien à voir avec Dorcha.

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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 5 Mar à 1:35

Juste un petit message pour la forme, car en réalité Antigone sait déjà tout le bien que je pense de ce nouveau chapitre. ^^

Heureux que tu aies repris l'écriture de Ta'am, Antigone. Vraiment.

Continue comme ça!

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MessageSujet: Re: Ta´am   Lun 5 Mar à 13:30

Je copie Candle. Smile
Les commentaires live ont suffi, je pense. ^^

Et tout comme Candle (mon modèle Laughing ) aussi, j'suis contente que tu te sois remise à écrire Ta'am. Reste plus qu'à trouver l'éditeur maintenant ! Very Happy
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MessageSujet: Re: Ta´am   Ven 23 Mar à 2:58

- Eh ! Oh ! Mollo petit père ! T’as pas le pas léger, toi, hein ?

Gabriel ralentit machinalement l’allure en bredouillant quelques excuses. Il commençait à s’habituer à la présence du Daïkini, ce qui ne l’empêchait pas de se faire encore surprendre par le ton goguenard de la bestiole quand sa voix s’élevait soudainement dans son oreille. Un chatouillis désagréable lui fit froncer les sourcils.

- J’fais un peu de ménage hein, c’est pas vivable ici… Mais t’occupe pas de moi, avance, petit père !
- Ca chatouille, protesta-t-il faiblement.


Sherilane s’arrêta brusquement, et se tourna vers lui.

- Je ne vois pas au nom de quoi le son hideux de ta voix rauque perturberait ma route, homme. Contente-toi de te taire !
- Mais c’est le Daïkini qui…
- Moi j’en ai toujours pas, c’est pas juste, coupa Atyda.
- Ca n’a aucune importance, trancha Sherilane.
- Mais ça n’a aucune importance, répéta Atyda sur le même ton décidé. Tais-toi, homme !

Gabriel maugréa quelques vagues insultes, tandis que Sécate se posait à côté de lui avec un sourire. Elle posa une main légère sur son épaule.

- Pas très poli de dire tout ça des dames, observa le Daïkini avec détachement.
- Courage, lui murmura Sécate. Ce ne sera plus très long.
- Ce sera quand même trop long…
- Arrête donc de râler et presse le pas, p’tit père ! Tu te traînes ! Oh, jolie motte… Je vire tout ça… J’aurais dû prendre mon balai…
- Plus que quelques heures avant le repaire des Acynes. On progresse beaucoup plus vite depuis l’arrivée de Sherilane, tu sais…
- J’ai eu amplement le temps de me faire la réflexion, étant donné que je n’ai plus le droit de l’ouvrir, ironisa-t-il.

Sécate lui adressa un sourire lumineux, et rejoignit Atyda. Depuis qu’ils avaient repris la marche, ce matin, la progression à travers la forêt n’avait cessé de se compliquer. Ce n’était qu’arbres abattus, branches enchevêtrées et buissons d’épineux, sans compter les mille présences silencieuses que Gabriel soupçonnait. Il sentait des regards peser sur sa nuque, mais ne parvint jamais à en repérer les auteurs. Le Daïkini se plaignait sans arrêt des secousses, Sherilane le rabrouait dès qu’il osait ouvrir la bouche… « Le Club Med, en définitive » songea-t-il avec aigreur. Il ne comptait plus les égratignures douloureuses qui parsemaient son corps, cadeaux touchants laissés par les ronces, trop préoccupé par ses multiples piqûres d’insectes. « Et quelle sorte d’insectes, hein ? Pour autant que je le sache, ils pourraient même transmettre la varicelle, dans ce pays ! »

- Tu les as déjà vus, toi, les Acynes ? demanda Atyda, dévorée de curiosité.
- Non. Mais je les connais. De réputation, répondit Sherilane.
- Ils sont rigolos ?
- Ils sont… eux-mêmes.
- Ooooh… acquiesça la fée comme s’il s’agissait d’une révélation de la plus haute importance, et elle se tut, rêveuse.

Si elle n’avait été aussi désagréable, Gabriel aurait sans doute pu apprécier l’amazone… Il ne pouvait s’empêcher d’admirer son port de tête gracieux, cette façon qu’elle avait d’être constamment sur ses gardes, son regard droit et la précision inquiétante de ses flèches. La vie semblait être pour elle une partie de chasse sans fin, et elle s’y déplaçait en souveraine indiscutée. Les branches ne craquaient pas sous ses pas, tandis que Gabriel avait l’impression de provoquer un boucan digne d’un aéroport aux heures de pointe, en plein mois de juillet.
La lumière du midi dessinait ses arabesques fantaisistes sur le sol, filtrée par les branches encore chargées de pluie. Gabriel ahanait, les poumons emplis de l’odeur puissante de terre et de pourriture douceâtre se dégageant du sol. Au moins, il faisait beau… Cela ne rendait pas vraiment les lieux plus accueillants, mais remontait légèrement le moral du jeune homme.

- Mais eux-mêmes, ils sont rigolos ? insista Atyda, à califourchon sur une branche.

Sherilane ne prit même pas la peine de hausser les épaules. Elle étudiait soigneusement l’horizon, immobile. Gabriel voulut tenter de se rapprocher, mais un regard de défi l’en dissuada, et il s’arrêta sagement. Un oiseau poussa timidement un cri, et se tut aussitôt.

- Par là, indiqua finalement Sherilane après plusieurs minutes d’un silence oppressant.
- Oh, tu cherchais le chemin ? Bah on le connaît, nous… remarqua Atyda, désinvolte.
- Atyda… On ne le connaît pas, corrigea doucement Sécate.
- Si, on le connaît ! Faut passer en-dessous des fourrés !
- Tu confonds sans doute, reprit Sécate en se posant près de l’endroit qu’elle avait désigné.
- Je ne confonds rien du tout. C’est là, regarde !
- Atyda, personne ne pourrait jamais passer par là… C’est bien trop étroit, dit Sécate en s’agenouillant à la hauteur du trou dissimulé par les hautes herbes.
- Parle pour tes grosses fesses ! grommela Atyda.

La flèche siffla à son oreille, suivie d’un feulement de douleur. Tétanisé, Gabriel contemplait la bête qui avait surgi à peine un dixième de seconde avant que Sherilane ne décoche. Etait-ce une bête, d’ailleurs ? Son visage était si humain, et pourtant… Atyda se tourna vers l’apparition, les poings aux hanches.

- Vous voyez pas qu’on est occupées, non ? Revenez plus tard !
- C’est un Acyne, précisa l’amazone au regard froid, qui tenait toujours la chose en joue.
- Ce n’est pas une raison pour déranger les gens !
- Et me tirer dessus, c’est acceptable peut-être ? grogna l’Acyne avant de commencer à se lécher la patte.
- Ca l’est dans l’hypothèse où tu étais sur le point de la toucher, précisa Sherilane.
- Pour l’éloigner du trou ! La petite serait tombée dedans ! C’est rempli de fourmis !
- Des fourmis ? s’exclama Atyda avec ravissement, avant de se pencher sur le trou avec intérêt, les mains sur le rebord.

Sécate l’empoigna par le bras et l’éloigna fermement. L’Acyne vérifia l’état de sa patte d’un œil critique, la posa délicatement sur le sol, et poussa un grognement de contentement. Il parut reprendre une contenance, et se dirigea lentement vers Sherilane, d’une démarche féline majestueuse.

- Baisse la garde, amazone. Il n’est pas de danger en ces lieux.
- Le danger est partout, Acyne.
- Je ne fais pas corps avec lui. Sois en paix.

L’argumentation parut la satisfaire aussi sûrement que s’il lui avait présenté un certificat de bonne vie et moeurs, et elle baissa son arc.
C’était donc ça, un Acyne… Un étrange compromis entre l’homme et le guépard. Le visage paraissait étonnamment humain, les yeux surtout, mais le corps était à n’en pas douter animal. Gabriel, fasciné, contemplait les larmiers, qui creusaient leurs lourds sillons noirs des yeux à la bouche, exactement comme si la bête s’était posé une couche monstrueuse de mascara avant de pleurer toutes les larmes de son corps. Une sorte de drag-guépard dépressif, en quelque sorte.
L’Acyne s’assit, et posa un regard bienveillant sur les voyageurs.

- Pourquoi vous aventurer en ces lieux reculés ?
- Minou… murmura avec adoration Atyda, qui avait oublié toute sa contrariété pour se perdre dans l’observation de la créature.
- Je ne fais qu’accompagner les fées, répondit Sherilane.
- Nous devons nous rendre au village des Gouvernants… intervint Sécate.
- La route est longue, fée. Vous pourriez la rendre bien plus courte.
- Nous sommes avec lui, précisa-t-elle en désignant Gabriel.
- Mais tu parles à tout le monde, toi ! s’exclama Atyda sur un ton de reproche évident.

L’Acyne se redressa, et s’approcha jusqu’à renifler attentivement les pantoufles du jeune homme horrifié. Brusquement, il lui donna un coup de patte, et Gabriel s’effondra.

- Il ne tient pas sur ses jambes. Un original, observa-t-il tandis que Sherilane poussait un sifflement de dégoût. Ce ne sera pas facile. Suivez-moi.

Quand Gabriel parvint enfin à se relever, l’Acyne avait déjà disparu. Les fées volaient joyeusement à sa poursuite.

- Eh ! Attendez-moi ! glapit-il.

Seule Sherilane se retourna, moqueuse.

- Voilà enfin l’occasion de prouver ta valeur, homme… lança-t-elle avant de repartir au pas de course.

Gabriel était sur le point de s’abandonner au désespoir, quand une voix surexcitée retentit au creux de son oreille.

- Vas-y p’tit père ! Montre-leur, à ces bonnes femmes, comment que ça court un homme digne de ce nom ! Allez ! C’est partiiiiiiiiii !

Sous les encouragements hystériques du daïkini, il partit à la poursuite de l’acyne.

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MessageSujet: Re: Ta´am   Sam 24 Mar à 0:03

Bon je pense que tu sais deja ce que je pense de tes Textes, c'est carément Génial.

J'aime l'histoire, Le style est Fluide, on s'ennuie pas une seconde. Et les deux histoires en paralleles c'est bien fait enfin voila quoi!
Supervbe!
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MessageSujet: Re: Ta´am   Mar 3 Avr à 12:13

Merci de tout coeur à ceux qui ont eu le courage de continuer la lecture, malgré un rythme d'écriture plus que chaotique.

Encore un peu de courage, on arrive bientôt à la fin du premier tome...




Les premiers rayons du soleil de l’aube embrasèrent l’horizon. Les yeux dans le vague, Dorcha se surprit à regretter la splendeur de la nuit. Elle ramena machinalement sur ses épaules le châle qui la protégeait de la morsure du froid, puis caressa l’imposant balcon de pierre de la maison de Paymon, celui-là même où elle avait prononcé son discours d’intronisation, il y avait une éternité. Tant de choses s’étaient passées depuis…
Elle ne savait pas ce qu’il était advenu de Thédry, au juste. Au dernier moment, Dorcha avait réalisé ce qu’elle était en train de faire, comme si celle qu’elle était réellement hurlait à la folie pour l’arrêter. Horrifiée, elle était sortie de la pièce en courant, pour se réfugier dans sa chambre. Seule la nuit avait réussi à l’en sortir, de cet appel muet auquel elle n’avait jamais su résister. Elle avait passé les dernières heures sur le balcon, seule, perdue dans la contemplation du ciel immense et trop sombre. A se demander qui elle était, sans parvenir à effleurer la moindre ébauche de réponse.
Comment avait-elle pu faire une telle chose ? Elle tentait de se justifier vainement.

- Elle a tenté de me tuer, après tout, susurrait une voix glaciale.
- Elle était simplement maladroite… Elle m’a blessée par mégarde, corrigeait Dorcha.
- Une telle empotée n’aurait jamais dû entrer à mon service… Elle ne méritait que de pourrir aux portes de la Maison, avec les autres cloportes!
- Elle avait juste peur de moi…
- Il n’est pas de place en ces lieux pour la peur. De simples suivantes n’ont pas à avoir peur ! Elles sont là pour servir, pas pour penser ! cinglait la voix.
- Thédry est si différente…

« Elle n’était pas à sa place, ici », concluaient inévitablement les deux voix, à l’unisson. Mais était-ce pour autant une raison ? Dorcha secoua la tête. L’immense place déserte, sous le balcon, prenait des reflets rougeâtres. « Eux me croiraient… Les habitants de Byleth, la Maison de Paymon… Personne ne me reprochera jamais rien. Quoi que je fasse. »
« Et n’est-ce pas là, le problème ? » gémit-elle intérieurement, avant de se rappeler aussitôt que le problème était, plutôt, qu’elle avait sans doute consciemment ôté la vie de Thédry. Un suivant traversa la place, ployant sous le poids d’une lourde jarre. Dorcha le suivit du regard jusqu’à ce qu’il disparaisse, et que le bruit de ses pas cède à nouveau la place au silence oppressant qui l’avait accompagnée toute la nuit. « Oh, pourvu qu’elle ne soit pas morte ! »
Et si elle blessait d’autres gens ? Si d’autres colères aussi inexplicables que celle-là mettaient la vie de son entourage en danger ? Dorcha ne se connaissait pas de telles réactions. Ce n’était pas la première fois qu’on la blessait par mégarde. Dorian lui-même, au cours de leurs jeux, ne lui avait-il pas ouvert le front, un jour ? Jamais elle n’aurait songé à le lui faire payer ! « Ne confonds pas l’Enfant et une petite dinde incapable », observa la voix. Mais n’était-ce pas la même chose ? « Non ! » Si, pourtant… Si ! Allait-elle blesser son frère, une fois qu’elle l’aurait retrouvé ? Ne valait-il pas mieux tout abandonner, pour sa sécurité ? Elle ne pouvait s’y résoudre… Il l’appelait, elle se devait de le rejoindre !
Comment avait-elle pu ? Elle ne cessait de revoir le visage grimaçant de douleur de la jeune suivante, ces os broyés, le sang répandu au sol, et les yeux suppliants, implorants, de Thédry. Qu’est-ce qui l’avait arrêtée ? La perspective de l’achever ? Se souvenir lui faisait mal, mais il fallait qu’elle sache… Qu’était-elle sur le point de faire, avant d’être foudroyée par la conscience de ses actes ?
« Lui broyer le cœur ».
Lui broyer le cœur ? Pour une simple égratignure ?
« Qu’elle paye ! Qu’elle paye pour les autres qui pourraient croire qu’on peut atteindre l’Asmodée si vulgairement! Nul n’a le droit, nul n’a le pouvoir ! »
Pour une égratignure ???
« Effacer de la terre son existence larvaire, supprimer l’humiliation de sa vie abjecte ! Lui broyer le cœur ! »
Une larme roula doucement sur la joue de Dorcha. C’était ce qu’elle avait pensé, oui. C’était vrai. C’était elle.
« Admettons », dit-elle tout bas, et le son de sa voix étranglée la fit fondre en larmes. Vacillante, elle s’agrippa au balcon, et baissa la tête, à peine réconfortée par le bercement de ses sanglots.

- Je ne voulais pas, hoqueta-t-elle, je l’ai fait, je savais, mais je ne voulais pas ! Oh pardon, Thédry, pardonne-moi, je t’en prie… Je ne sais pas ce qui m’a pris… Ce n’était pas ta faute…

« Pas sa faute ? Elle l’a bien cherché, oui ! » jeta la voix désabusée, et les sanglots de Dorcha redoublèrent. Comment pouvait-elle penser une chose et son contraire ? Etait-elle en train de devenir folle ?
Un mouchoir parut devant ses yeux brouillés, et elle le saisit avec reconnaissance, respirant à pleins poumons les effluves d’encens et de poussières qui envahissaient le balcon. Curson garda le silence tandis qu’elle s’essuyait maladroitement les yeux.


- Je ne vous ai pas entendu arriver, finit-elle par murmurer quand elle eut enfin réussi à se reprendre.
- La fille de la nuit était ailleurs… Ce monde ne l’atteignait plus, répondit-il avec douceur.
- Curson…
- Il n’y aura plus de leçons, dit-il sans lui permettre de parler davantage. L’Asmodée n’en a plus besoin.
- Plus besoin ?
- La matière vivante est maîtrisée à la perfection. Il n’est plus rien que le vieux Curson puisse lui apprendre. Tout a été dit.
- C’est à cause de Thédry ? murmura Dorcha en détournant le regard.
- Ne parlons pas de ce qui n’est plus. Il ne s’agit pas d’une punition… Ni d’une récompense. C’est la fin d’un chemin. Le début d’un autre. Un long, très long chemin…
- Le dernier ?
- Pas encore, fille de la nuit… Pas encore.
- Je ne sais plus si…
- L’Enfant attend, observa Curson, qui lui saisit la main et la pressa avec douceur. Que rien ne la ralentisse. Il est si difficile d’avancer dans le brouillard des hommes, si difficile de pactiser avec soi-même pour le meilleur de tous. C’est là la plus grande inconnue. Savoir qui l’on est. Quelqu’un a-t-il déjà répondu à cette question ? Des milliers de vies, Asmodée, des millions, et jamais encore de solution. Qui peut se vanter de se savoir ? Qui peut se faire confiance ? L’autre est un allié bien plus fidèle, bien plus prévisible. Faut-il pour autant devenir son ennemi le plus farouche ? Curson ne le croit pas, fille de la nuit, toute petite fille… Il ne faut pas qu’elle pleure. Ses larmes brûlent les yeux secs de Curson. Elles serrent la gorge et brisent le cœur. Il ne faut pas se haïr… On prend parfois le temps de connaître l’autre ; pourquoi ne pas prendre celui de s’apprendre ?
- Je croyais tout savoir, murmura Dorcha en recommençant à pleurer.
- La seule chose à savoir est que l’on ne saura jamais rien. Qu’est-ce qui est définitif, en ce monde ?
- Rien, sans doute…
- Une seule chose. Les larmes d’un enfant qui veut qu’on l’aime, conclut-il en serrant sa main un peu plus fort.


Dorcha hocha la tête. Il avait raison, comme toujours… Curson ne se trompait jamais, après tout. C’était là l’une de premières choses qu’elle avait appris.
Elle entendit un pas lourd s’approcher, et se redressa, tentant de dissimuler ses pleurs. L’homme s’éclaircit la gorge, et cela lui suffit pour le reconnaître. Elle se tourna timidement vers lui.

- Pauvre petite mignonne, murmura Bebam. Il fallait bien que ça arrive.
- Je n’ai pas voulu… s’étrangla-t-elle à nouveau.
- Je sais bien…

Il s’interrompit en apercevant Curson, et s’inclina profondément. Dorcha crut surprendre un sourire sur les lèvres du vieil homme.

- Le Temps appelle Curson… il doit partir. Rien n’attend.

Après une dernière pression réconfortante, il libéra la main de Dorcha, et s’éloigna en claudiquant. Ce ne fut que lorsque son odeur eut complètement disparu que Bebam osa se redresser.

- J’ai un message pour vous, mignonne… Ca va pas vous aider, mais il est de Paymon.
- Un message ?

Bebam opina.

- Il est en colère ?
- En colère ? Vous plaisantez ? Il jubile.
- Et… C’est quoi ce message.
- Je vous répète mot pour mot, mignonne.

Il s’éclaircit la gorge.

- « La technique est admirable, bien qu’un peu barbare à mon goût. Nul ne peut plus douter de la maîtrise de votre art, assurément. Cependant, je vous saurai gré de prévenir quand vous laissez ce genre de détritus derrière vous : il serait fort désagréable de marcher dedans par inadvertance… La prochaine fois, ayez l’amabilité de prévenir un suivant afin qu’il nettoie… Mes hommages respectueux. »

Dorcha garda le silence, interloquée.

- Vous voulez mon avis là-dessus, mignonne ? finit par demander Bebam.
- Ce ne serait pas de trop, oui…
- Bah... Moi je crois qu’il se fout de votre gueule, conclut-il simplement

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