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 Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]

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eltrol
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Sam 26 Fév à 20:05

Ouaip ça m'a titillée aussi..j'ai bloqué dessus pendant au moins tout ça..le choc..
En tout cas, en voilà encore une à enchaîner à son ordi!!
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Capitaine Caverne
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Dim 27 Fév à 1:16

Pour avoir lu d'autres posts du forum, je crois savoir que Tiph (et Tondu) alias Hiraeth est toute jeunette, et donc, sa maîtrise de l'écriture est assez remarquable. Un truc qui me fait un peu tiquer, c'est l'orthographe du mot "seau" dans ton deuxième extrait : ne confonds pas le "seau" avec une anse et le "sceau" avec un cachet royal. Tout comme il faut éviter de confondre le garde des sceaux et la baby-sitter de Calvin et Hobbes, qui garde les sots aussi.

Petite question, à quelle époque situes-tu ton histoire, approximativement?
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Hiraeth Dùnadan
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Dim 27 Fév à 14:25

arf j'avais demandé à Antigone d'édité, elle a dpu le faire qu'à moitié, mais bon sur word c'est corrigé merci

et mon histoire se situe approximativament vers la fin du troisième Age, si ça peut t'aider

la suite risque d'être un peu plus longue à venir, il y avait une autre version de ce passage et elle plaît plus à certaines personnes alors je sais plus ou j'en suis, et en plus dessiner des cartes c'est tres dur, surtout quand on sait pas dessiner

merci beaucoup à tous pour vos remarques

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Hiraeth Dùnadan
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Sam 2 Avr à 15:46

vala la suite il y a eu quelques changements, maintenant Yoann s'appelle Ewen'il et sa mère Inge


Arrivés au village, Titus et Ewen’il se tournèrent l’un vers l’autre, bouche bée : une scène de désolation s’offrait à eux. Une gigantesque crevasse traversait le village de part en part et ressortait de chaque côté pour aller se perdre à l’horizon ; les bâtisses s’étaient lézardées, certaines même, les plus anciennes et les plus fragiles, n’étaient plus qu’un tas de ruines ; on avait rappelé en hâte l’enchanteresse pour soigner les blessés ; partout des petits enfants pleuraient et criaient. Ewen’il avisa sa mère auprès du puits, resté miraculeusement intact. A ses côtés se tenait Tamara, chancelante, serrant contre elle la petite Ekta’ab.
« Ewen’il ! Enfin tu es là ! s’exclama bruyamment sa mère, en l’étouffant à moitié de ses vigoureuses embrassades.
─ Oui, je vais bien, répondit le garçon en tentant de se dégager. Que s’est-il passé ici ?
─ Ha par tous les dieux de la Terre, je n’en sais rien ! Nous étions à l’intérieur, bien tranquillement, lorsque tout à coup le sol a tremblé ! Nous sommes vite sorties tant bien que mal, et un grand trou s’est ouvert au milieu du village ! Les maisons les plus proches ses sont effondrées ! Mais heureusement il n’y avait que nous à l’intérieur, personne n’est gravement blessé… »
Rassuré, Ewen’il se dégagea tout à fait, posa son seau aux pieds de sa mère, puis s’éloigna vers la crevasse. Elle était large d’environ six pieds, on pouvait facilement la franchir en sautant, mais sa profondeur faisait réfléchir.
« Hé bien dis donc ! s’exclama Titus, qui avait suivi son ami. Attends, il y a même de l’eau dedans ! »
En effet, au fond, tout au fond, coulait un mince filet d’eau.
Ewen’il opina.
« Ce doit être l’eau du puits, regarde il n’y en a presque pas, c’est pour ça qu’il est à sec… »
Un brouhaha derrière eux les fit se retourner. L’ancien chef du village, Hansark, vieil homme décrépi qui, malgré son grand âge, n’avait rien perdu de son influence sur les décisions importantes de la communauté, s’appuyait sur un bâton recourbé et parlait :
« La Terre s’est réveillée peu après la naissance de cette enfant. La Terre n’en veut pas ! Il faut s’en débarrasser ! » disait-il en regardant fixement Ekta’ab qui dormait sagement dans les bras de sa mère. Il s’avança, menaçant, tendant devant lui ses longs doigts tordus par la malveillance, un sourire sardonique accroché aux lèvres. Les villageois le regardaient, ne sachant que penser. Les conseils de Hansark étaient souvent judicieux, et c’était vrai, la Terre s’était réveillée pour la naissance d’Ekta’ab, et avait même détruit quelques-unes de leurs demeures ! Sans doute avait-il raison, il fallait faire ce qu’il disait. Mais l’enchanteresse, abandonnant le blessé dont elle bandait la tête, se plaça entre Hansark et Tamara avec un doux sourire. Son nom était Hanselarke, et certains disaient qu’elle était la sœur de Hansark, mais cela remontait à des temps si lointains que personne n’était en mesure de se le rappeler.
« Non, murmura-t-elle. Non. C’était un signe de joie de notre Terre. Personne n’est gravement blessé. Les entâg détruites seront reconstruites plus belles et plus grandes. Mais de grandes choses t’attendent, petite Ekta’ab ! ajouta-t-elle en se tournant vers l’enfant endormi. Craignez le courroux de la Terre s’il lui arrivait malheur ! »
Les villageois approuvèrent de nouveau puis s’éloignèrent en bavardant. L’incident était déjà oublié. Inge, soulagée, se tourna vers ses enfants. Elle s’adressa à Ewen’il :
« Heinrik n’est même pas au courant de la naissance de la petite ! Cours vite le prévenir !
─ Siegen ne peut pas y aller à ma place ? rouspéta Ewen’il.
─ Non, ton frère est retourné aider au Céramique. Et puis, il est plus jeune que toi, le trajet est trop long pour lui. Allez, file ! »
Ewen’il s’éloigna. Bon, finalement, il n’était pas si mécontent de faire le trajet. Heinrik, l’einsgung de Tamara, c’est à dire sa moitié en langage courant, travaillait à quelques centaines de mètres plus au sud du village, dans une carrière à ciel ouvert, où il passait ses journées à marteler le roc avec une pioche rudimentaire pour en extraire du cuivre, qui était ensuite revendu aux marchands ambulants. Voulant pouvoir offrir une vie convenable à son einsgung et à son enfant, il avait, ses derniers temps, redoublé d’efforts. D’autres jeunes gens, garçons et filles confondus, travaillaient à ses côtés, comme le faisait Tamara encore quelques mois plus tôt. Parvenu à la carrière, Ewen’il se précipita vers Heinrik, qui se reposait dans un coin en suant à grosses gouttes, et lui apprit la nouvelle. Le jeune père fut enchanté, et partit aussitôt vers le village, sans terminer sa journée de travail réglementaire. Ewen’il s’attarda un peu, discutant de tout et de rien avec les autres mineurs. Ils avaient trouvé un bon filon, le cuivre y était d’excellente qualité, et cela suffisait à leur bonheur. Ils n’auraient pas faim cette saison, ni sans doute celle d’après. Etrangement, Ewen’il eut l’impression qu’il s’éloignait d’eux, lentement mais sûrement. Pourtant, il était toujours là, à côté d’eux, à parler ! D’où lui venait ce sentiment ? Il secoua la tête, fit ses salutations et se décida à rentrer chez lui.
Il était arrivé au milieu du désert, là où rien ne distingue le Nord du Sud, le haut du bas, lorsqu’il sentit une étrange vibration du sol. A sa gauche, où il voyait une ombre floue, se dressaient les Montagnes Noires. C’est de ce côté qu’il aperçut une grande charrette, tirée par de puissants chevaux. A mesure que la charrette se rapprochait de lui, il avait meilleure conscience des détails : la charrette était surmontée d’une sorte de cage, et suivaient derrière trois colonnes marchant au pas. La file du milieu était composée d’hommes et de femmes jeunes, vêtus de haillons, et encordé de façon à ce que celui qui sortait du rang étrangle son voisin de devant et soit étranglé par son voisin de derrière. De chaque côté marchait une file de soldats tout en arme. Avant qu’il ne songe à s’enfuir, Ewen’il se fit encercler par les soldats. Ils ricanaient en se moquant de lui. Visiblement, ils parlaient la même langue que lui, mais avec un accent de l’Ouest si terrible qu’il avait peine à comprendre leurs paroles. Ewen’il resta interdit, et ne bougea pas d’un pouce. Sur le coté, les hommes en haillons profitaient de cette halte inespérée. Quant aux soldats, ils continuèrent de regarder Ewen’il d’un œil mauvais, jusqu’à ce qu’un homme vêtu d’un manteau richement brodé et monté sur l’un des chevaux attelés à la charrette prit la parole. Il parla lentement, de façons que Ewen’il saisisse ses mots.
« Mettez-les avec les autres, on trouvera bien à l’occuper »
La peur prit Ewen’il. Mais qui étaient ces gens ? Que faisaient-ils dans son désert ? On voulait le capturer ! Il tenta de fuir, mais il se cogna au cercle des soldats. Ils ricanèrent de nouveau, puis l’empoignèrent de leurs grandes mains rouges, lui soufflant à la figure leur haleine chargée par la vinasse. Ewen’il se débattit tant qu’il pût, animé par l’énergie du désespoir, mais soudain quelqu’un le frappa à la tête, et il plongea dans les ténèbres.



valaaaa j'en suis pas tres contente, j'ai l'impression que ça fait un peut trop conventionnel, m'enfin tant pis, et pis laissez un commentaire siouplait

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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Dim 3 Avr à 1:14

Bah non je vois pas ce que tu veux dire par "conventionnel"... Confused

C'est toujours aussi bon!

Je sais pas ce qu'en pense les autres, mais je propose qu'on reprenne les vieilles habitudes :

LA SUIIIIIIIIIIITE !!! Very Happy

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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Dim 3 Avr à 14:21

Candleinthestorm a écrit:
Bah non je vois pas ce que tu veux dire par "conventionnel"... Confused
bah je voulais dire, que c'est pas exactement comme am qui explose les legendes grecques et mesopotamiennes

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Candleinthestorm

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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Dim 3 Avr à 14:30

Bah oui mais attends...

Am', c'est Dieu...

Tu te prendrais pas pour Dieu par hasard ???

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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Dim 3 Avr à 15:13

je n'oserais pas voyons


mais je suis quand même la soeur de Dieu, et ta tante par la même occasion

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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Lun 4 Avr à 22:08

Bah c'est très bien tout ça !
A part, comme Am, ce pitit truc que je trouve un peu rapide :
Citation :
Les villageois approuvèrent de nouveau puis s’éloignèrent en bavardant. L’incident était déjà oublié.
Ils se cassent comme ça sans vouloir en savoir plus. Mais bon, s'ils sont tout le temps comme ça je me tais.
Mais bon, c'est très très bien quand même ma Tiph, t'as ta review maintenant, et même que je vais demander la suite tiens. ^_^ J'aime beaucoup tes descriptions.
Et continue comme ça surtout. ^^
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Sam 9 Avr à 13:35

éclairant par vos avis éclairants (sauf candle qui n'a fait aucune critique constructive alors zero à toi ) je crois que je vais me remetre sur ce passage

mici pour les comm'

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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Lun 25 Avr à 12:04

ze suite


Ewen’il, nauséeux, se laissait ballotter par les cahots de la route inégale. Lorsqu’il s’était réveillé, on l’avait mis dans la cage, sur la charrette. Malgré un mal de tête incroyable, il avait crié, tempête, insulté, en vain : les gardes s’étaient contentés de ricaner une fois de plus. En face d’Ewen’il, adossé tout contre les barreaux était assis un homme d’une trentaine d’année. Le regard vague, il chantonnait distraitement. Il n’avait pas prêté attention une seule fois à son jeune compagnon d’infortune. Ewen’il s’éclaircit la gorge.
« Ha hem… Qui êtes-vous ? Qui sont ces gens ? Que faites-vous là ? » débita-t-il soudainement.
L’homme le regarda, d’un air étonné, changea de position en grimaçant, le regarda de nouveau, puis commença à parler avec un sourire triste.
« Ce que je fais là ? Je me suis tordu la cheville. Impossible de marcher. Et ils n’ont pas intérêts à abîmer la marchandise, crois-moi ! « Dit-il en faisant un geste vers les soldats. « Alors ils m’ont mis ici. »
Ewen’il ouvrit la bouche de stupeurs. Des marchandises ! Il était tombé aux mains de marchands d’esclaves ! Qu’il avait été bête, même de loin c’était évident, il aurait dû s’enfuir quand il était encore temps !
« Et moi je… je ne suis pas un esclave, je suis libre, habitant du royaume, on ne peut pas m’acheter et me vendre ! C’est ridicule ! Je veux rentrer chez moi ! Laissez-moi sortir ! » se mit-il soudain à hurler. Il sauta sur ses pieds et secoua avec force les barreaux, mais toujours sans aucun résultat. L’homme le regarda, encore plus tristement.
« Ils s’en fichent. Tu n’à plus qu’à oublier ta vie d’avant. Allons assieds-toi. Je m’appelle Adalbrecht »
Ewen’il marmonna rapidement son nom.
« Bien, reprit Adalbrecht. Alors, qui je suis, je viens de le dire. Je viens de derrière les Montagnes Noires, comme tous ces gens. Ces soldats sont ceux du roi actuel. Depuis quelques années l’esclavage a été de nouveau légalisé, tu ne le savais pas ? Et les rafles se multiplient. Moi je ne le savais pas non plus, personne ne le savait, jusqu’à ce que je me fasse prendre aussi et qu’on me le dise. Le roi réduit en esclavage son propre peuple… dure époque… Et nous voilà, embarqués pour je ne sais où, au sud apparemment… c’est tout ce que je sais. » conclut-il en baissant la tête.
Ewen’il était abasourdi. Son cerveau, enclenché sur le mode « en panne », refusait de fonctionner. Impossible de réfléchir à quoi que ce soit. Il voyait déjà devant lui, impuissant, s’étaler de longues journées de labeur. C’est tout ce qu’il savait des esclaves : ils n’avaient pas une vie facile. A force de rêver d’autre chose que sa vie tranquille, son ange gardien semblait l’avoir pris au mot ! Il songea avec tristesse à Ekta’ab, Tamara, Siegfried, Titus, Julius, et tous ceux qu’il ne reverrait sans doute jamais. Comment allait réagir le village face à sa disparition ? On pleurera un moment, et puis on l’oubliera, on commencera à confondre son nom avec celui des autres morts… Et lui irait crever comme un chien dans une contrée lointaine, sans aucun espoir de changement cette fois. Ewen’il baissa la tête et s’abîma dans ces sombres pensées.

Peu après, quand les garde s’étaient rendus compte qu’il était en état de marcher, on l’avait mis avec les autres, les mains attachées, le cou encordé, et il avait marché, marché, sans penser à rien, en entendant sans écouter les interminables bavardages de Adalbrecht, dont la cheville s’était rapidement remise. Adalbrecht parlait de sa terre, de sa famille, de ses filles, de ses frères, ses amis, ses habitudes, comme d’un passé révolu qu’il ne retrouverait jamais, comme d’une autre vie, un rêve éveillé. Ewen’il avait faim, il n’avait pas mangé, mais n’osait réclamer. Le ciel s’obscurcissait, la corde lui sciait les mains et le cou, la gorge le brûlait, et un trou béant gémissait dans le creux de son estomac vide. Quand la lueur des premières étoiles avait percé le voile brumeux qui s’étendait toujours sur le désert, Ewen’il avait aperçu au loin des lumières. Les foyers d’un grand village ? Un grand village au Sud ? Comme celui où était allé travailler son frère aîné ? Malgré la fatigue grandissante, Ewen’il parvint à vaguement organiser ses idées. Quand la colonne de prisonniers fut assez proche du village, c’est-à-dire à une centaine de pas, et qu’il put distinguer dans la semi-obscurité une palissade ─ une palissade ? Pour quoi faire ? ─, il s’arrêta et cria du plus fort qu’il pouvait le prénom de son frère.
─ Friedrich ! Friedrich !
Son plan n’était certes pas judicieux mais aucun autre ne lui était venu à l’esprit. Il s’en aperçut d’autant plus lorsque aucun frémissement ne se manifesta du côté du village et que les gardes fondirent sur lui comme un seul homme. Paniqués, il l’avait roué de coup jusqu’à ce qu’il se taise, jusqu’à ce qu’ils aient fait rentrer sa voix au plus profond de sa gorge. Les esclaves s’étaient éloignés du village, toujours plus au sud, et puis le village n’avait été plus qu’un point à l’horizon. Ewen’il avait continué à marcher, un hématome gonflant son œil, la corde sciant son cou et ses mains rouges. Des tâches de lumière dansaient devant ses yeux, et puis il avait trébuché sa tête avait cogné contre le sol dur, et il ne s’était pas relevé.
Lorsqu’il se réveilla, Ewen’il n’ouvrit pas les yeux tout de suite. La deuxième fois qu’il s’évanouissait en à peine une journée, ça commençait à bien faire ! De surcroît, il avait une fois de plus très mal à la tête. Il se rendit soudain compte que quelqu’un essayait de le faire boire. Ca ne semblait pas trop efficace : il était complètement trempé mais sa gorge était en feu. Il se décida à entrouvrir les paupières. Il était vraisemblablement adossé contre l’une des grandes roues de la charrette, et Adalbrecht, devant lui, tenait une outre à la main. Il esquissa un sourire.
« Hé bien, on peut dire que tu as eu de la chance ! Tu as failli y passer ! » s’exclama-t-il joyeusement.
« Quoi ? » murmura Ewen’il faiblement. De douloureux élancements lui parcouraient la tête au niveau de l’arcade sourcilière, et c’était d’ailleurs très douloureux.
« Quand tu es tombé dans les pommes, »commença Adalbrecht, savourant les mots qu’il prononçait avec délectation : il était visiblement ravi d’avoir du nouveau à raconter, « tu ne bougeais plus et tu as fait arrêter tout le convoi. Les soldats se sont énervés, ils pensaient que c’était une erreur de t’avoir pris aussi, et qu’ils feraient mieux de te laisser crever tout seul au milieu de ce désert. De toutes façons tu n’es qu’un gamin et je suppose que quand tu devras travailler tout le jour tu en seras incapable. Ils t’avaient même détaché et se préparaient à repartir quand… »
« Quand tu les as obligés à me garder ? »
« Moi ? Pourquoi j’aurais fait ça ? »demanda Adalbrecht, visiblement outré d’être interrompu en plein récit. « Ils m’auraient tué, je n’allais pas risquer ma vie pour la tienne non ? » Il semblait sincèrement étonné. « J’ai déjà eu bien du mal à me garder en vie, reprit-il, je ne vais pas en plus m’occuper de celle des autres, tu ne crois pas ? »
« D’accord, d’accord continue » dit Ewen’il. Il avait de plus en plus envie de vomir ses tripes.
« Bon donc, reprit Adalbrecht de nouveau souriant, à ce moment là le type là-bas, sur le cheval, il s’est mis à brailler que non, qu’il ne voulait pas avoir la mort d’un gamin sur la conscience ─ apparemment la réduction de milliers d’hommes e esclavage ne le gêne absolument pas ─ ou je sais pas trop quoi, que t’étais peut-être pas complètement mort, que c’était sûrement une feinte pour que tu te fasses relâcher, et tout ça… et donc finalement ils t’ont remis sur la charrette, et voilà. T’es un petit malin pas vrai ? T’as pas réussi à t’enfuir mais au moins t’as pas marché du tout pendant deux jours… »

Et ils avaient continué à marcher, sous le même ciel gris, sur la même terre brune qui ne semblait jamais devoir s’arrêter, sans rencontrer personne, en s’arrêtant juste le soir pour manger la ration de nourriture distribuée par les soldats et s’endormir, exténué. Au matin il fallait se réveiller, les jambes toujours de plomb, les membres lourds, l'esprit embrouillé. Le paysage, autour d’eux, s’était peu à peu modifié : des collines verdoyantes apparaissaient, des champs, des vergers. Ewen’il n’avait jamais vu toutes ces couleurs, toutes ces nuances de vert, mais il n’arrivait plus à s’étonner de rien. Et puis il n’y avait toujours personne. Ce pays était-il désert ou bien prenait-on simplement soin d’éviter les habitations ?
Un matin, alors que les prisonniers tentent douloureusement de se remettre debout, un murmure avait parcouru leur colonne. L’un deux avaient entendus deux gardes se parler : il semblerait qu’ils arriveraient dans trois jours. Trois jours ? Et depuis combien d’années, de siècles, étaient-ils partis ? La seule chose certaine était qu’après quelques temps de voyage leur chemin avait soudain prit la destination de l’est. Trois jours et Ewen’il serait fixé sur sa future condition. Trois jours…


soyez aps trop méchant
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eltrol
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Lun 25 Avr à 14:24

Il n'y a rien à faire, j'adore l'ambiance!!
C'est marrant d'imaginer le pourquoi du comment! pas la suite évidemment..j'ai limite envie de laisser tomber mon bouquin passionnant pour n'attendre que la suite de ce que tu écris!
Bon, je ne suis pas rassasiée......
ENNNCCCORRRE!!!!!!!!
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Antigone
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Lun 25 Avr à 19:21

C'est génial j'adore! Absolument rien à redire, les mots sont parfaitement choisis, l'ambiance est là, et le style aussi...

Vivement la suite!

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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Mar 26 Avr à 11:20

Génial!!! Super!!! Encore!!!!!

Moi je l'aime bien Ewen'il, bon c'est pas un athlète mais il est sympa hein...

Et les autres ils font quoi hein pendant ce temps là et ils vont où eux??? JE veux la suiuiiiiiiiiiiiiiiiiiiteeeeeeeeeeeeeeeeeeeeee!!!!!

vala...

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Je suis pas un grand écrivain mais j'écris quand même... Et je vous lis toujours pour mon plus grand plaisir!!

Et heu aussi Antigone, Hiraeth et Torny, c'est quand la suite??? Wink
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Hiraeth Dùnadan
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Mar 26 Avr à 11:22

mici mici à tous vos comm'

comme je suis en vac la suite risque d'être un peu plus rapide (en plus Eltrol le bouquin passionnant que moi je lisais je viens de le finir c'est pas lui qui va me retenir )
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Hiraeth Dùnadan
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Mer 27 Avr à 15:55

bon les vacances ça me réussit apparement voila encore une suite

« Erik »
L’homme avait une voix grave et profonde, le genre de voix qui vous apaise aussitôt que vous l’écoutez. Il était grand, vêtu d’une longue tunique d’un gris étincelant sous la lumière blafarde que dispensaient les vitraux encrassés. Une barbe et des cheveux blancs, coupés courts, auréolaient son visage, excessivement maigre, presque maladif. Il s’appuyait d’une main contre la colonne la plus proche de l’entrée. Il y en avait sept en tout, disposées le long des murs de la salle circulaire. Le sol était pavé de dalles usées et noircies par le temps, de la même teinte que les murs qui dissimulaient des ombres effrayantes dans leurs encoignures. Les colonnes étaient reliées par des grilles noires, dont il était impossible de savoir s’il s’agissait de leur couleur d’origine ou si elles étaient entièrement recouvertes de crasse. Au milieu de la salle, là où tombait du toit percé à son faîte une tâche de lumière dorée, qui semblait incongrue en pareil endroit, était assis un autre homme, de dos.
« Erik » répéta le vieil homme, qu’on appelait Xéros.
Erik se retourna lentement en sortant du rond de lumière. Dans la pénombre il était impossible de distinguer ses traits, on pouvait juste voir qu’il souriait. Un sourire étrange.
« Je ne m’appelle plus comme ça depuis longtemps. »
« C’est vrai, Erik » répondit pensivement Xéros en s’avançant à l’intérieur, comme s’il n’accordait que peu d’attention à l’autre homme. « C’est vrai. »
Le sourire d’Erik s’était transformé en rictus, mais il répondit calmement.
« Je voulais te parler justement dit-il. Pourquoi donc t’obstines-tu à vouloir me faire épouser cette fille ? Les armées sont prêtes, je n’ai qu’un seul mot à dire et nous marcherons sur le Mordrinac. »
« Je ne vois pas l’intérêt de régner sur des cadavres. » Lâcha juste Xéros. « Elle mourra pour sauver les autres. Un martyr. Nous lui ferons un beau monument : « A celle qui est morte dans l’incompréhension la plus totale pour sauver son royaume d’un carnage et permettre aux enfants de son pays de continuer à vivre ». Ca rendra bien. » Ajouta-t-il sarcastiquement.
« Et depuis combien de temps te soucies-tu d’épargner les enfants ? D’éviter des bains de sang ? Ou alors, tu te ramollis ? Tu vieillis ? »
Le rictus d’Erik s’était élargi tandis qu’il crachait ces mots. Xéros se rapprocha de lui, toujours plus calme, toujours plus menaçant.
« J’aurais dû te soumettre à un entraînement plus dur. Je te rappelle que pour le moment et jusqu’à nouvel ordre, c’est moi qui décide ici. »
Erik, frémissant de toute la colère qu’il s’efforçait de contenir, se força à respirer profondément d’entre ses dents serrées et à décrisper ses poings.
« Ce n’est plus toi qui décides ce qui est bon ou pas pour moi. Je ne suis plus un enfant. Pourquoi attaquer le Mordinac ? »
« Penmarc’h garde Morvitéaus. Un symbole »
Erik comprit et se décrispa tout à fait.
« Ha…la ruine de Morvitéaus entraînera celle du Pacte des Trois… Juste le Mordinac à traverser, puis une ville à détruire… Et quand je détruirai Morvitéaus, l’Inales entier s’effondrera, et ils me céderont tous ! Et je serai le seul maître de l’Inales entier ! »
Il avait crié ces mots, le poing soudain dressé devant lui, mais presque aussitôt, une effroyable douleur explosa dans ses tempes. Il n’avait pas entendu Xéros murmurer. Erik, terrassé, s’efforça de lutter contre cette explosion qui lui grignotait le cerveau mais tomba à genoux, le front ruisselant de sueur froide. Il lui semblait que chaque parcelle de son crâne se désagrégeait dans une obscurité toujours plus profonde, qui lui tournait autour, cherchant à l’étouffer.
« Quand NOUS détruirons Morvitéaus, l’Inales entier s’effondrera et ils NOUS céderont tous. Et NOUS serons LES seuls maîtres de l’Inales entier. » Xéros assena ces paroles en se rapprochant d’Erik recroquevillé sur le sol et en réveillant une douleur toujours plus violente à chaque mot qu’il martelait. Enfin il s’arrêta et tendit une main vers Erik.
« Allez relève-toi. Nous avons un simulacre de mariage à préparer, Erik ».
Erik releva la tête lentement, encore tout tremblant de fièvre. La douleur avait réveillé une toute petite flamme au fond de ses yeux, qui dormait depuis des années et ne demandait qu’à grandir de nouveau.
« Ne-m’a-ppelle-pas-E-rik ! » hurla-t-il. Et la main droite de Xéros roula sur le sol, tranchée, mais Erik ne l’avait pas effleurée. Xéros recula, frappé de stupeur, sentant à peine la douleur, le sang se mettant à couler à grands flots furieux de son moignon.
Erik sauta sur ses pieds. Il était grand, plus grand que Xéros, ses yeux illuminaient son visage terrible, encadré de cheveux noirs, noirs comme toutes les nuits sans lune qu’il avait passées à scruter le ciel ténébreux. Des mots doux, doux comme peuvent seuls l’être les mots, comme le murmure des vagues sur le sable un soir d’automne s’échappaient de ses lèvres entr’ouvertes, mais ils étaient des mots de mort, de ceux qui tuent. Les mots s’écoulaient, Erik s’avançait, Xéros reculait et des centaines de minuscules entailles, qui ne cessaient de s’agrandir, s’ouvraient sur le front de celui-ci, ses épaules, ses jambes, ses pieds, et ses lèvres demeuraient vissées l’une à l’autre.
« Tu n’aurais pas dû m’apprendre ça, n’est-ce pas ? » lança Erik.
Mais ce moment d’inattention lui coûta cher : ne maintenant plus de pression sur Xéros, celui-ci put lâcher quelques syllabes ondoyantes. La tête d’Erik fut rejetée en arrière, comme sous l’effet d’un monstrueux coup de poing, et son nez se mit à saigner. Incapable d’émettre un son, il recevait des coups de toute part, dans le ventre, les côtes, et encore la tête. Erik comprit que Xéros ne voulait pas le tuer, ni trop l’amocher, juste lui faire sentir sa puissance et le soumettre une fois de plus. Mais c’était sa plus grande faiblesse. Il suffisait d’attendre que l’orage se calme. Erik ferma les yeux se recroquevilla sur lui-même, sentant chaque parcelle de son corps hurler sous ces coups de feu et de glace. Des siècles passèrent, la douleur était maintenue à la limite du supportable : Erik ne lui servirait plus à rien s’il devenait complètement fou. Enfin, le murmure de Xéros mourut sur ses lèvres.
« Allez, debout maintenant. »
Cette fois il ne prit pas le risque de tendre sa main gauche. Chaque centimètre carré du corps d’Erik palpitait encore, il était recouvert de sueur et le sang marbrait son visage, mais il se releva sans aide. Aveuglé par sa propre puissance qui occultait tout, Xéros ne remarqua pas qu’Erik ne semblait toujours pas disposé à obéir sagement sans poser de questions. Quand il fut projeté contre le mur, puis contre un vitrail qui vola en éclats sous son poids, Xéros ne comprit pas. Les morceaux de verre lui labourèrent les chairs du dos, le sang se mit à couler, chaud et poisseux et à se répandre sur les pierres usées. Erik s’était relevé, il souriait, non plus du sourire d’un carnassier, mais du sourire d’un enfant sage et innocent devant un jouet particulièrement splendide. Un triangle de verre coloré vola et se plaça dans sa main couverte de sang. Xéros ne comprit toujours pas. Erik n’avait pas murmuré le moindre mot, comme avait-il fait ça ? Il sentit simplement qu’il allait mourir. Il n’avait plus rien à perdre, il ne pouvait plus bouger, il se sentait vidé de tout ce qui avait fait sa puissance.
« Je t’ai laissé la vie sauve, il y a des années. » tenta le vieil homme.
« Tu as fait ce que tu voulais. Maintenant c’est à moi de faire ce que je veux. »
« Je t’ai pris sous ma protection. Tu es ce que j’ai fait de toi ! »
« Tu t’es servi de moi. Tu as fabriqué ta propre destruction ! »
« Je t’ai tout appris ! Tout ce que je savais ! »
La panique se lisait dans ses yeux. Il haletait, non, il ne voulait vraiment pas mourir.
« Ce n’est pas toi qui m’as appris ça »
Les éclats de verre se soulevèrent du sol, restèrent suspendus en l’air un moment, puis, sans qu’Erik eût fait le moindre geste, ils plongèrent d’un coup sur Xéros, vieillard terrorisé, ses vêtements gris clair couverts de poussière et de sang.
« NONNNNNNNNN ! »
Il sentit les milliers de minuscules poignards se planter dans son corps, et creuser, creuser profondément à la recherche de sa vie, et juste avant que la mort le prenne, il fut empli un immense sentiment de gâchis – c’était si dommage de partir avant la fin, sans savoir la suite ! Il était certain que l’Inalès courait à sa perte, mais comme il aurait aimé le constater ! Devant lui se tenait toujours Erik, pâle et tremblant comme un enfant, comme le fils qu’il n’avait jamais eu mais qu’il avait recueilli des années plus tôt, et maintenant Erik souriait de voir la vie se retirer de lui, et il l’entendit crier d’une voix étrange, assourdie, ou alors il était déjà presque mort :
« Va voir chez tes ancêtres s’ils veulent encore de toi ! »
Puis ce fut tout.
Plus rien.
Rien.





vala

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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Mer 27 Avr à 21:15

Ca y est j'ai enfin compris, j'ai eu du mal à faire les connections et à savoir qui était qui mais maintenant c'est bon... Je peux réclamer la suite!

LA SUIIIIIIIIIIIIIIIIIIITE!

Le seul truc qui me choque c'est que Xeros a l'air de s'en foutre pas mal d'avoir perdu une main, pourtant c'est rare une main, on n'en a que deux... Il aurait pu essayer de la recoller ou au moins stopper l'hémorragie, je sais pas, il avait l'air balèse quand même...

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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Dim 28 Aoû à 19:13

hum pour le coup de l'hémorragie j'essaierai d'arranger ça effectivement

je profite de mon p'tit topic pour dire aux gens qui vont lire ça que je suis désolée de n'avoir quasiment rien commenté depuis mon retour (et même avant je commentais pas des masses ) et que je vais essayer de m'y remettre cette semaine, promis juré craché


bon et je mets la suite pendant que j'y suis, Penmarc'h est devenu entre temps Penbroc'h, c'est simplement un peu moins poétique

bref je me tais et voilà :


Pendant les trois derniers jours de voyage, pluie et soleil avaient alterné à une vitesse folle. Ewen’il n’avait jamais vu ça. Là-bas dans son village, tout était sec pendant de longs mois, et d’un coup des torrents d’eau s’abattaient sans discontinuer. Ici, la pluie, presque aussi finie que du brouillard, ne durait jamais plus de quelques heures, et elle avait un étrange goût salé. Et puis, un matin, une odeur incroyable l’avait pris à la gorge, le faisant presque suffoquer. Une odeur lourde, chargée aussi de sel… et d’autres choses, mais il n’arrivait pas à définir quoi. Ensuite, il s’était retrouvé face à un immense désert mouvant, d’une couleur indéfinissable, quelque chose entre le gris, l’argent, le vert et le bleu. Cette incroyable étendue d’eau s’avançait chaque jour, et chaque jour reculait, laissant découverts de grosses pierres noires et des plages de sable grisâtre. On lui avait dit que c’était la Mer. La Mer ! Il avait écouté les récits des colporteurs qui passaient régulièrement dans son village, quand la vie était encore parfaitement normale, mais jamais il ne l’aurait imaginée comme ça. Ils avaient longé la côte, traînant derrière des navires dont les voiles étincelaient au soleil. Mais aucun d’eux ne semblait aller là-bas, tout au bout, là où la Mer et le ciel se rejoignaient. Au matin du quatrième jour – ils avaient pris un peu de retard -, alors qu’Ewen’il était occupé à pester contre tous les cailloux du monde, un garde avait crié à pleins poumons :
« Peeeeeeeenbroc’h ! »
Ewen’il avait levé la tête, et il était resté stupéfait.

La mer n’était plus visible qu’à droite mais aussi en face : la côte formait un coude. A leurs pieds, la terre se divisait en deux. A gauche, elle s’élevait pour rejoindre un promontoire rocheux qui s’élançait vers le sud. A droite, elle s’abaissait pour aller se nicher sous la falaise, où s’étendait une ville gigantesque, autour d’un lac. Un ruisseau s’en échappait et rejoignait la mer en serpentant entre les maisons. Du nord coulait une petite rivière, qui se jetait avec fracas dans le lac de l’encaissement. Un arc-en-ciel y étirait paresseusement ses couleurs. Perpendiculaire au promontoire, qui se trouvait à une vingtaine de mètres au-dessus des maisons s’élançait une étroite corniche zigzagante. Elle rejoignait un petit îlot, sur lequel se dressait un imposant château et ses multiples tours.
Le frottement de la corde rêche sur son cou rougi ramena Ewen’il à la réalité immédiate. La colonne de prisonniers se remettait en marche. Il dépassèrent un port avec quelques bateaux amarrés, ainsi que de grands rectangles de pierre grise, à moitié immergés. Plus ils approchaient de la ville plus Ewen’il en discernait de détails. Quasiment en ruines, une muraille percée de quelques portes l’entourait, mais des dizaines et des dizaines de bâtiments avaient été construits à l’extérieur, si bien que le mur délabré se confondait maintenant avec le reste des bâtisses. Sur la partie de la falaise à gauche de la cascade était sculpté une immense tête de cheval. Sur la partie à droite, de petites marches se détachaient du rocher. Si on les gravissait, on atteignait la route conduisant au château. De la ville montait une clameur étouffée, mélange d’aboiements de chiens, de rires d’enfants, et tout un bruissement de vie indescriptible.
On fit bifurquer Ewen’il et ses compagnons vers la mer, au sud. Hébétés par la fatigue – on les avait fait marcher davantage qu’à l’accoutumée – ils se laissèrent conduire dans de larges baraquements. Ils s’écroulèrent sans un mot, heureux d’avoir enfin un toit au-dessus de leur tête.

« Gundel, fils d’Andréis, forgeron
─ Zanner, fils de Goltfuz, mineur
─ Seyfried, fils de Borschön, marchand. »
Les esclaves, vêtus de tuniques et de braies à peu près propres se tenaient sagement alignés. Trois hommes passaient parmi eux : l’un les observait attentivement, le second notait rapidement le nom et l’application de chacun sur une tablette de cire, tandis que le dernier se contentait de tenir un bâton épais et d’arborer un air menaçant. Parfois le premier disait quelque chose au second, mais il utilisait alors la langue du Mordrinac et aucun parmi Ewen’il et ses compagnons n’était en mesure de comprendre clairement. Les trois hommes se rapprochaient peu à peu d’Ewen’il et celui-ci paniquait.
« Ton nom ? »
Ewen’il avala lentement sa salive.
« Ewen’il »
Quelques grognements. Il n’y avait jamais vraiment fait attention, mais effectivement son nom ne ressemblait pas beaucoup à ceux des autres, qui venaient pourtant du même pays.
« Ton père ? »
La réponse ne venant pas assez vite au goût du garde, Ewen’il reçut un coup de bâton sur le dos.
« Je… Je n’ai pas de père.. Mettez fils d’Inge… » bafouilla très vite Ewen’il.
« Pas de père ? » répéta l’autre, le visage fermé, se tournant vers les autres esclaves comme pour les prendre à témoin. Ewen’il acquiesça de la tête. Du plus loin que remontait sa mémoire, il n’avait jamais eu de père. Pourtant, il était convaincu que Tamara, Friedrich, Siegfried et lui avaient les mêmes parents. Dans ce cas, Friedrich et Tamara, plus âgés, auraient pu plus facilement se le rappeler… Ewen’il avait interrogé sa mère et sa sœur, un soir qu’ils étaient seuls tous les trois… Leur visage s’était fermé et elle n’avait pas desserré les dents. Il n’avait pas insisté, et maintenant il était trop tard, il allait passer sa vie loin des siens, à trimer toute la journée, et il ne les reverrait jamais plus… Il se mordit la lèvre pour s’empêcher de pleurnicher lamentablement et tenta de reprendre une contenance.
« Qu’est-ce que tu sais faire ? »
Et un nouveau coup, des fois qu’il oublierait de répondre.
« Euh… »
Quand il était plus jeune, Ewen’il, comme Siegfried sans doute au moment même, passait ses journées à fouler de l’argile, ou à verser de l’eau dessus, pour éviter qu’elle ne sèche avant d’avoir été modelée par les potiers. Plus âgé, il s’était occupé des chèvres. Il avait été question de le placer en apprentissage chez un forgeron, comme son frère aîné, mais ça ne s’était jamais concrétisé, et il était resté à regarder paître ses animaux en pensant à autre chose. Résultat, il ne savait strictement rien faire.
« Euh… » répéta-t-il.
L’autre hocha la tête d’un air éloquent.
« Mais j’apprends vite, hein ! »
Un autre coup de bâton, quelques mots lancés à l’homme à la tablette, et Ewen’il se retrouva là.

Là, c’était sur les grands rectangles gris qu’il avait remarqués en arrivant à Penbroc’h. L’eau s’évaporait petit à petit de ces grandes piscines, laissant sur place du sel, que des ouvriers plus grands et plus forts rassemblaient en tas à l’aide de grands râteaux. Le rôle d’Ewen’il se résumait à déplacer les tas, à grand renfort de pelle et de brouette. Ses paumes crevassées le faisaient souffrir, le soleil tapait dur sur sa nuque; le sel lui brûlait les yeux, laissant des traînées blanches sur ses sourcils et le long de ses joues. Bref, tout allait pour le mieux. Cela faisait maintenant deux semaines qu’il était arrivé à Penmarc’h. Ses compagnons de voyage s’étaient dispersés selon le travail qui leur avait été attribué, et il n’en avait revu aucun. Aucun de ceux qui travaillaient avec Ewen’il n’étaient esclaves, et ils étaient originaires du Mordrinac. Il dormait, mangeait avec eux, était vêtu de la même manière, la seule différence étant qu’ils étaient payés de temps en temps. A leur contact, Ewen’il commençait à assimiler leur langue, qui ressemblait beaucoup à la sienne. Il parvenait à se faire comprendre en utilisant ses mains, et faisait régulièrement répéter ses interlocuteurs.
Il s’arrêta un instant pour essuyer d’un revers de main la sueur qui lui coulait le long du nez. Son voisin lui donna un coup de coude et lui désigna la côte, à quelques dizaines de mètres de là. Celui qui vérifiait d’ordinaire leur travaille, un gros homme sans cesse luisant de sueur, gesticulait dans tous les sens, tentant visiblement de leur faire comprendre qu’il leur fallait venir. Une fois les ouvriers rassemblés, il les renvoya à nouveau, ignorant leurs grognements mécontents, excepté Ewen’il.
« Tu es du Narvunzak, n’est-ce pas ? » lui demanda-t-il, haletant à la manière d’un chien qui a trop couru.
Ewen’il, nerveux, acquiesça de la tête.
« Alors ? » s’impatienta l’autre.
« Oui, oui je viens de là…
─ Bien, suis-moi. »
Il le conduisit auprès des baraquements où il avait dormi à son arrivée. Devant ceux-ci, comme au premier jour, étaient alignés une bonne centaine d’hommes et de femmes. Parmi eux, Ewen’il reconnut quelques-uns de ses compagnons de voyage. Ils étaient tous plus grands et plus forts que lui, et quand on lui ordonna de se ranger à leur côté, il se sentit affreusement déplacé. Personne ne bougeait, personne ne parlait, et l’appréhension d’Ewen’il grandissait.

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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Lun 29 Aoû à 18:40

Pas mal du tout!!
Par contre, pardonne-moi d'avoir zappé la description..elle sera relue une prochaine fois. Il y a un peu trop de choses décrites en un paragraphe.
J'accroche toujours à l'ambiance
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Lun 29 Aoû à 20:58

Je t'avais déjà donné mon avis en direct live...

Je trouve moi aussi tes descriptions trop longues et trop précises. Tu as une idée tellement exacte de ton univers que tu restreint la part d'imagination du lecteur. C'est un point de vue... mais personnellement je n'ai jamais aimé ça plus que ça (j'ai toujours sauté les descriptions, même quand je lisais "le club des baby-sitters"... Je n'aime pas qu'on m'impose une réalité). D'un autre côté cela montre bien le soin que tu apportes à l'élaboration de ton monde...

Bref tout ça n'est qu'une question de point de vue!

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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Mer 31 Aoû à 20:59

bah vi et encore, vous avez la version 5 de la description, les autres étaient pires

les descriptions c'est pas trop mon truc... c'est précis, mais c'est ce que j'ai dans la tête, et que j'essaie de faire passer au lecteur...

m'enfin bon.


Antigone, tu m'as pas dit si pour le probleme des langues ça te plaisait mieux...

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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Ven 2 Sep à 4:32

j'adore Smile

on est emmené à fond dans ton texte, tout se lit facilement et sans heurt... génial.

sinon, pour le reste, tu sais déjà tout
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eltrol
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Ven 2 Sep à 19:24

Vas-y nargue tout le monde...SALETE va !!
Ce n'était ni le lieu ni le moment ...
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Hiraeth Dùnadan
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Lun 13 Fév à 23:28

donc ben bon voilà quoi ....



« Et nous arrivons à un total de 15 520 sacs de céréales par an, dont le tiers est importé du Centre, pour nourrir toute la population de Penbroc’h. Le nombre de poissons pêchés par les navires indépendants s’élève à ce jour à 50 paniers quotidiens, en tout. Bien que pour cause de mauvais temps, les marins ne puissent pas sortir en moyenne un jour sur cinq, nous parvenons à exporter vers le Centre et l’étranger un quart de la production. D’autre part… »
Azalaïs étouffa un bâillement et tenta de se redresser sur son siège. Depuis qu’elle avait déclaré qu’elle voulait s’occuper de tout, elle n’échappait plus à rien. Tout cela était très intéressant, certes, mais un peu barbant à la longue… Et son attention ne devait jamais fléchir : sa plus grande crainte était que ses conseillers lui déclarent que si cela l’ennuyait, elle avait l’autorisation de s’occuper autrement.
Une demi pénombre régnait dans la salle du conseil. La poussière voletait mollement dans les traits de lumière que laissaient filtrer les meurtrières. Il faisait bon, le beau temps semblait s’installer durablement. On entendait le cri des mouettes.
« Donc, considérant tout cela, Penbroc’h et ses environs, ainsi que sans doute le reste du pays, sont convenablement approvisionnés au niveau des denrées alimentaires. »
Silence. Azalaïs prit soudain conscience de la douzaine de paires d’yeux qui s’étaient fixées sur elle. Elle s’éclaircit bruyamment la gorge.
« Hum… Je suppose que tout cela est très bien… Et qu’en est-il de la défense du pays ? »
A l’autre bout de la table, un homme se leva tranquillement. Guezengar était grand, décharné, les joues creuses. Ses yeux bleus délavés, tels que la couleur semblait s’en échappait lentement, s’enfonçaient profondément dans leurs orbites. De longues mèches blanches encadraient son visage creusé par les années. Mais quand il parla, ce fut d’une voix claire et posée de jeune homme.
« Princesse, vous n’ignorez pas que mes soldats et moi-même sommes prêts à mourir pour vous et pour le Mordrinac. »
Azalaïs hocha la tête.
« Mais pour le moment l’occasion ne nous semble pas être donnée. Il n’y a quasiment plus aucun problème du côté des frontières. Les intentions de nos voisins semblent – pour une fois – tout à fait pacifiques. Rien à signaler. Je ne vous cache pas pourtant que je suis totalement opposé au projet d’alliance entre notre pays et le Narvunzak. »
Et, sans un mot de plus, Guezengar se rassit.
« Le projet d’alliance ? » demanda sombrement Azalaïs à la table silencieuse.
« Quel projet d’alliance ? »
Le conseiller à la droite d’Azalaïs jeta un regard assassin à Guezengar qui lui retourna un sourire radieux. Azalaïs respira profondément, se forçant au calme.
« Je vous ai déjà dit, et je vous le répète, je n’épouserai pas cet homme » s’écria-t-elle, tremblante. « C’est clair, définitif, et je ne veux plus jamais – jamais ! – en entendre parler ! C’est bien compris ?
─ Dans ce cas, l’interrompit derrière elle une voix glaciale, vous voudrez bien nous rendre nos esclaves, je suppose ? »
Azalaïs se retourna lentement. Les trois ambassadeurs du Narvunzak, livides, se tenaient dans l’encadrement de la porte.

« Alors ça ! Non mais vous vous rendez compte ? Depuis des mois le Mordrinac reçoit des esclaves et personne, une fois de plus, n’a jugé utile de m’en informer ! Des gens privés de leur liberté, enchaînés à longueur de journée, obligés de travailler sans cesse, c’est absolument révoltant ! C’est tout simplement horrible ! »
Dans la calèche bringuebalante qui les menait vers la mer, Azalaïs n’en finissait plus de s’épancher. Irisumka releva un coin du rideau qui les dissimulait aux regards.
« Regardez, dit-elle doucement. Que voyez-vous ? Ce sont des gens obligés de travailler tout le jour. Ils sont libres, et encore, mais ils n’ont pas l’assurance d’un repas par jour ni d’un toit pour dormir. Un esclave est précieux. Personne ne se soucie d’un homme libre. Il vaut parfois mieux être enchaîné, logé et nourri, que libre et mourir de faim.
─ Je… balbutia, Azalaïs, confuse. Même… Sur le principe… Ce n’est pas… »
Elle se tut.

Des hommes et des femmes alignés devant des baraquements. Pas trop maigres, quasiment pas de cernes, le dos droit, des vêtements pas trop déchirés. Bref ces esclaves-là étaient plutôt en bon état. Chacun était appelé par son nom et rejoignait le groupe de ceux qui retourneraient en Narvunzak, surveillés par les trois ambassadeurs. Ce jour-là, leur mauvaise humeur habituelle semblait être arrivée à son paroxysme. Azalaïs assistait à l’appel, impuissante, ne sachant pas vraiment que penser.
Soudain, le chef des ambassadeurs cria quelque chose et repoussa durement l’un des esclaves qui se présentaient devant lui. Presque deux têtes de moins que les autres, il semblait bien plus jeune.
« Celui-là, gardez-le, on n’en veut pas. Vu ce qu’il a dans les bras il ne nous servira à rien, gardez-le ! » cracha l’ambassadeur.
Le garçon, la bouche ouverte, sembla encore plus désemparé. Les bras ballants, immobile, il ne savait visiblement que faire. Il tenta vainement de réintégrer le groupe d’esclaves, mais fut à nouveau repoussé.
« Irisumka… Qu’est-ce qu’il va faire, ici, tout seul, s’il ne repart pas ?
─ Bonne question, répondit Irisumka en hochant la tête, l’air de penser tout à fait à autre chose.
─ Irisumka… tenta une nouvelle fois Azalaïs, on pourrait peut-être l’engager au château, non ? »
Irisumka se tourna vers la jeune fille, les sourcils haussés.
« S’il vous plaît… Il me fait pitié, là, tout seul…supplia Azalaïs »
Irisumka soupira comme devant le caprice d’une enfant.
« Bon, nous verrons, nous verrons, » répondit-elle finalement après un silence.


Le lendemain du jour où l’on avait rapatrié les esclaves originaires du Narvunzak, Le contremaître fit appeler Ewen’il.
« Ton affectation est déplacée, lui annonça-t-il brusquement. Tu dois aller travailler au château. Ramasse tes affaires et file. »
Ewen’il ouvrit la bouche de saisissement mais se reprit rapidement.
« Tout seul ? »
L’autre lui adressa un rictus carnassier.
« Ne t’y trompe pas. Ne crois pas que personne n’y ait pensé avant toit. Ici, on ne plaisante pas avec les esclaves en fuite. La première fois, tu es marqué au visage, et alors tu n’as plus aucune valeur. La seconde, tu es pendu. »
Ewen’il déglutit péniblement. Hum. Il n’allait peut-être pas tenter de s’échapper finalement. Ne possédant en tout et pour tout que la tunique et les braies raidis par le sel qu’il portait, il n’eut même pas besoin de repasser au baraquement, et, contournant Penbroac’h, il se dirigea vers la route qui gravissait la pente vers le château. Sans se retourne vers les autres qui s’agitaient encore, les pieds dans l’eau. Ils ne savaient sans doute déjà plus son nom. Et pour cause : ils ne l’avaient jamais su.
Tout en marchant, il réfléchissait. Qui s’était soudain souvenu de son existence et avait décidé de le faire travailler ailleurs ? Probablement le contremaître. Il avait dû finir par remarquer que, avec ou sans Ewen’il, la production de sel ne changeait pas. Mieux valait donc faire sans lui.
Une petite brise soufflait de la mer, les nuages filaient au-dessus de sa tête sans s’arrêter. La route grimpait dur, et il voyait les maisons rétrécir au bas de la falaise au fur et à mesure de son ascension. L’étroite corniche en zigzag menant au château plongeait à pic dans les vagues, et Ewen’il, tout en prenant garde à ses pieds, se demanda vaguement comment on pouvait y accéder autrement qu’en piéton. Déjà qu’il fallait se concentrer pour éviter un faux pas…
Arrivé à la herse, Ewen’il se rendit amèrement compte qu’il aurait aussi bien pu disparaître discrètement plus tôt. Personne n’était là pour vérifier qu’il était bien arrive, ou au contraire qu’il s’était échappé. Deux gardes leurs casques à leurs pieds, leurs hallebardes contre le mur, jouaient aux dés sur un tonneau renversé. Un homme, une hachette à la main, courait après un poulet qui caquetait furieusement. On entendait quelques chevaux hennir et quelques chiens aboyer. Le temps que les yeux d’Ewen’il se posent à nouveau sur lui, l’homme à la hachette avait triomphé du pauvre poulet. Au même moment, le ventre d’Ewen’il gargouilla bruyamment. Instinctivement, sans même réfléchir, il emboîta le pas de l’autre, son poulet vaincu et décapité à la main, à l’intérieur d’une grande bâtisse carrée surmontée de trois tours, qui occupait la plus grande partie de la cour. L’autre ne le remarqua même pas, et, après quelques portes et un escalier, ils débouchèrent dans une large pièce enfumée autant qu’encombrée, où l’on s’affairait entre tables et chaudrons. Il y avait bien une dizaine de personne dans la salle, courant, coupant, pesant, émiettant, surveillant des feux, des marmites qui bouillaient. Des centaines de parfums se croisaient, se mélangeaient, la vapeur obscurcissait les formes, et tout cela donnait l’impression d’une agitation fantomatique indescriptible. Ewen’il, immobile, les yeux écarquillés, reçut soudain une taloche sur la nuque. Il se retourna aussitôt ; une femme imposante, derrière lui, lui lança d’un air furieux quelque chose qu’il ne comprit pas, mais qui devait sans doute pouvoir se traduire par « non mais qu’est-ce que tu fiches à rien faire planté ici au milieu du chemin, mets-toi au travail et en vitesse ! ». Un gamin à l’œil rigolard, accroché aux jupes de la femme, lui adressa un sourire moqueur. Abasourdi, et sans cesser de frotter sa nuque douloureuse, Ewen’il se détourna. Qu’était-il censé faire ? Il attrapa une carotte posée devant lui. Un coup d’œil à gauche. La femme avait le dos tourné, et personne ne lui prêtait attention. Il reporta son attention sur la carotte et la fixa d’un œil mauvais. Bon, il n’était pas plus avancé comme ça. Un coup d’œil à droite. Près de la porte, le gamin s’agitait dans tous les sens, tenant visiblement de capter son attention. Intrigué, Ewen’il lâcha sans regret sa carotte et sortit à la suite de l’enfant.
Il le rejoignit au pied d’un escalier en colimaçon. Sur la troisième marche était posé un plateau avec une assiette couverte et un pichet d’eau claire. Le petit se démenait tant qu’il pouvait, désignant successivement le plateau, Ewen’il et l’escalier.
Ewen’il se gratta la tête et prit l’attitude de quelqu’un qui réfléchit intensément. Ou au moins, de quelqu’un qui fait sembler.
« Heu… tu veux que je monte ça là-haut c’est ça ? »
L’enfant ne fit pas mine de comprendre. Ce qui était un peu prévisible, vu qu’ils n’étaient pas censés parler la même langue. Si du moins l’enfant pouvait parler. Ewen’il s’apprêtait à rebrousser chemin lorsque le petit se jeta à ses pieds, le tirant par la tunique, le visage suppliant t exprimant la plus grande frayeur.
Ne réussissant pas à se dépêtrer, et ne suivant aucune logique, Ewen’il saisit le plateau à deux mains. Le petit le lâcha aussitôt et se précipita derrière lui pour lui barrer le couloir de ses bras écartés. Avec un soupir, Ewen’il se tourna vers l’escalier. Bon maintenant qu’il était là, autant finir le travail jusqu’au bout. L’enfant se rapprocha, et, toujours sans un mot, lui expliqua avec force gestes où il était censé aller – tout en haut de la tour la plus élevée – puis disparut avec un sourire.
Fataliste, Ewen’il commença lentement son ascension. Ce n’était pas particulièrement facile d’avancer à un rythme correct sans tout renverser, mais toujours moins fatigant que s’échiner sous un soleil brûlant
C’est qu’il était haut, cet escalier, comme si ça ne suffisait pas ! Enfin, Ewen’il arriva devant une large porte de chêne, et se demanda, une fois de plus, ce qu’il était censé faire. Que la vie était donc compliquée, sans jamais personne pour vous expliquer clairement ce qu’on attendait de vous ! En haut d’une tour, on mettait qui, généralement ? Les prisonniers ? Non il y aurait eu des gardes. Les invités de marque ? Dans ce cas, sale et dépenaillé comme il l’était, il valait sûrement mieux éviter d’être vu. Ewen’il inspira un grand coup et entrouvrit la porte sans un bruit. Sur le seuil, il jeta un regard circulaire. Une grande chambre qui épousait la forme de la tour, richement meublée. Des tentures rouges et bleues, barrées de noir, couvraient les murs. Un lit, des coffres, des tapis, quatre fenêtres. Dans l’encadrement de l’une d’elles, une forme bleue recroquevillée, ourlée de rouge, avec de longs cheveux blonds ondulés.
Après avoir posé son plateau sur une table basse dans le plus grand silence, Ewen’il s’apprêtait à faire demi-tour. Il risqua un coup d’œil derrière lui… et à grand fracas, il se retrouva soudain par terre, les genoux meurtris. Constatant qu’il avait buté sur un des tapis, il lâcha un juron peu élégant.
« Gwido ? »
La forme bleue était en fait une jeune fille d’une quinzaine d’années qui le regardait fixement.



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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   Mar 14 Fév à 14:49

Pourquoi de la violence??
Il y a quelqu'un d'agressif ici?? Mais non, tout n'est que gentillesse, douceur et amour ici!!
C'est pas mal, le seul truc, c'est quand on ne se souvient pas de l'histoire.. Je vais survoler les précédents épisodes pour me remettre tout ça en tête!
Sinon, bravo!!
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MessageSujet: Re: Entre les Montagnes Noires [titre provisoire]   

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