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 liberté

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Hiraeth Dùnadan
Floodeuse en série
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MessageSujet: liberté   Mer 1 Juin à 15:25

voila voila




« On note : il s’agit aussi d’une aventure mentale, où l’on s’affranchit des limites entre le monde extérieur et intérieur … »
Il fait chaud dans la classe. Les poussières volent dans les trouées de lumière vive que les rideaux tirés ne parviennent pas à filtrer. Les élèves, l’œil vitreux, n’ont même plus la force de chahuter. Après tout, faire semblant d’écouter le pro-fesseur d’un air morne est déjà bien assez fatigant. Philinte, le dos raide sur sa chaise au premier rang, est légèrement plus convaincante dans son rôle de petite élève modèle. Ses yeux ternes sont fixés sur la porte. La porte ! Une porte, toute simple, recouverte d’une peinture jaune citron criarde qui fait mal aux yeux et commençait à s’écailler, une poignée luisante de la sueur récoltée sur les différentes mains qui l’avaient pressée, un rebord noir… La porte. Pouvait-elle l’atteindre, sortir, échapper à cette mortelle torpeur et enfin être… libre ? Suffisait-il de se lever et de franchir son seuil ? Elle reporta son attention sur la feuille distribuée par le pro-fesseur et accrocha quelques mots au passage « … ces arbres barbus, ces taillis élastiques, ces fourrés secrets, ces frondaisons séculaires, les lianes, toutes ces herbes sans nom… » Comment peut-on leur donner à lire ce genre d’extrait tout en les retenant prisonniers dans cette cage étouffante ? Elle n’a que quelques pas à faire… Elle se lève soudain, et marche résolument entre les tables. Les élèves s’agitent. Le pro-fesseur s’interrompt. Philinte s’arrête devant la porte et se retourne vers les élèves. Elle leur sourit doucement. Elle a l’ai de sourire à tous, mais ce sourire est destiné à Antoine, juste au milieu de la classe, Antoine qui ne l’a jamais regardée, mais qu’elle voit tous les jours… Et elle ouvre la porte. Courant d’air. Elle sort, elle court dans le couloir oppressant. Dans la classe, le pro-fesseur est enfin parvenu à fermer sa bouche béante. Les élèves, enthousiasmé par cette animation inattendue qui les tire de leur léthargie, jacassent à qui mieux mieux. Sans doute une envie pressante, disent les uns. Elle est allée pisser oui, clament les autres. Le pro-fesseur, son livre menaçant tâché du sang de ses victimes tuées à coup de tables de conjugaison, tente de la rappeler. Elle est déjà loin. Elle dévale l’escalier-interdit-aux-élèves-non-accompanés-sous-peine-de-sanctions-sévères. Sanction. Un mot qui fait froid dans le dos. Comme le couperet de la guillotine qu’on abat. Mieux valait ne pas penser à ce que ce mot sous-entend ici… Le hall est désert. Quelques éclats de voix dans le bureau du Consternant Personnel d’Etablissement. Elle sort dans la cour grillagée, hurle :
« Libre ! Je suis libre ! Plus libre que vous tous, plus libre que vous ne le serez jamais ! »
Elle tournoie un moment sur elle-même, puis se remet en face de la grande bâtisse grise et massive, grise et massive comme les êtres qu’elle abrite. Elle crie encore :
« Et vous ne pouvez rien contre moi ! Je suis libre pour toujours et je ne reviendrai jamais ! »
Non, pas encore tout à fait. Il y avait encore les hautes grilles à franchir. Au-dessus, elle pzut voir les projecteurs qu’on allume durant les soirées d’hiver trop sombre, et qui balaient la cour et l’entrée du collège. Un parfait pénitencier, et la ville qui s’étend autour était pire que tous les océans du monde infestés par tous les requins du monde. La porte de la grille… Elle se rue dessus. Au moment où elle l’atteint enfin, des hommes en uniformes noirs l’agrippent. Ils la projettent à terre, la ruent de coups de poing et de coups de pieds, lui crachrnt des insultes. Elle suffoque, tente de se protéger la tête des brodequins cloutés. Le sang séche vite, sur le bitume brûlant.
On la traîne dans un poste. L’air est humide, chargé de sueur et de poussière. Entre les deux uniformes qui lui tordent les poignets, Philinte aperçoit un jeune homme, dans une cellule voisine. On le frappe partout, au ventre, à la tête. Il n’a plus la force de crier, il crache, vomit. . Le sang, la salive, lui coulent sur le menton et le torse. Une grande poche visqueuse lui sort de la bouche mais y reste accrochée. Un uniforme s’approche, tenant à la main un coupe-gorge affûté. Le jeune homme a compris, la sueur lui coule le long du nez, il tente de ravaler son estomac avant que… Trop tard. Un effroyable hurlement de douleur retentit dans l'indifférence générale. Lejeune homme crache des torrents de sang. Personne ne tourne la tête. Ils sont habitués. C'est la routine. Philinte baisse la tête, serre les yeux aussi fort qu'elle le peut. Des larmes amères roulent sur ses joues.

Une grande salle. Les portes sont fermées. Les affaires graves se traitent en huis clos. Rouge, rouge la robe du juge. Les gouttes de sang dégoulinent lentement sur le parquet ciré. Il est bien ciré le parquet. On se voit dedans, là où il n’y pas eu de sang.
« Philinte Ouxarie, vous êtes accusée d’avoir prononcé en public, et à plusieurs reprises devant témoins l’un des Mots Interdits. Par conséquent, vous êtes condamnée à la peine maximale. »

Claquement de porte.

Cliquetis de clefs.

La peine maximale. Pas la mort, ho non, la mort, ce serait trop rapide. Ca ne fait plus tellement peur la mort de nos jours. Après tout, on pense pas quand on meurt. Non la peine maximale, ce n’est pas ça.
C’est une pièce blanche et nue. Pas de fenêtre. Plus de porte. Au milieu il y a juste un siège. Et des courroies métalliques qui la maintiennent en place. Elle ne peut pas bouger le moindre muscle. Elle n’a même plus de nom. Plantée sur son poignet, il y une sangsue médicale, de celles qui n’apportent pas la mort, mais la vie. Dans le mur blanc il y a une minuscule petit trou pour laisser passer le fil de la sangsue artificielle. Rien d’autre.

Le silence.

L’immobilité.

Rien. Personne n’entre. Personne ne sort. Pas un bruit. Elle ne peut même pas ouvrir la bouche, il y a une lanière qui lui maintient le menton en place. Douze heures de jours. Douze heures de nuit. Jour. Nuit. Jour. Nuit. Nuit. Nuit. Nuit. Elle se perd dans sa mémoire. Il ne lui reste plus qu’un mot, figé dans sa tête, le seul qui tienne la route. Liberté. Il y a une petite souris aussi blanche que les murs, aussi blanche que l’était la neige, dehors, avant que les uniformes ne la fassent disparaître. Elle, elle ne se souvient plus de son nom, mais la souris, elle l’a appelée Missak. Elle a réussi à l’apprivoiser, au fil des jours, des nuits, des jours, des nuits, à force de clignements d’yeux. Missak, la petite Missak, toute blanche comme les murs, avec ses pupilles toute rouges comme le sang, a fini par comprendre. La liberté… La liberté est proche. Missak, tranquillement, posément, car elle a compris qu’elle y perdrait quand même quelque chose ou plutôt quelqu’un, grimpe sur ces jambes mortes. Et tranquillement, posément, la petite souris ronge le fil de la sangsue, la sangsue qui donne la vie en maintenant la mort. Un liquide coule sur le sol. Un mélange de toutes sortes de vitamines et nutriments. C’est la vie qui s’échappe, et elle n’est pas rouge. Elle respire. La liberté… Enfin, elle arrive.

La petite souris est redescendue sur ses genoux immobilisés. Quand elle comprend que ça y est, s’est bientôt fini, elle se roule en boule et ne bouge plus.

La petite souris s’est tranché les veines d’un coup de griffe.

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eltrol
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MessageSujet: Re: liberté   Jeu 2 Juin à 12:24

C'est très... enfin, c'est...
Indéfinissable. Par contre, je ne suis pas très attentive, certes, mais j'ai dû lire deux fois pour tout comprendre. Ca manque juste un peu de clarté. Mais c'est prenant quand on est lancé.
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Antigone
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MessageSujet: Re: liberté   Jeu 2 Juin à 22:50

En fait je crois que ce qui me plaît tellement dans tes textes c'est le mélange entre l'imagerie d'une part naïve et enfantine et d'autre part crue, sombre (je ne vais pas dire sadique mais le coeur y est), qui se reflète parfaitement dans la phrase de chute:

La petite souris s’est tranché les veines d’un coup de griffe.

Ca sonne un peu comme une comptine faite pour les enfants du village d'Halloween... Un mélange d'innocence et de perversité... Et moi ça me touche beaucoup.

Bref, j'adore!

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