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 Sans titre pour le moment :-)

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Lain
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MessageSujet: Sans titre pour le moment :-)   Jeu 9 Juin à 16:21

Pour que vous ne croyez pas que la SF est mon genre favori (j'adore en lire, mais c'est dur à écrire, pfiouuu !), voici le début de mon projet de roman de fantasy.

Roman, c'est un bien grand mot... J'ai tendance à écrire de façon très condensée, à mettre un maximum d'idées et d'informations dans chaque phrase, et le "délayage" (c'est pas péjoratif hein) qui donne tant de matière aux univers de fantasy, c'est pas trop mon truc...

Donc... Les chapitres sont assez denses, rapides (sauf les premiers), et je vois mal comment je pourrais faire 500 pages comme ça Laughing Peu importe, je fais à ma façon et on verra bien ce que ça donne.

Encore une précision: désolé, je n'écris pas aussi vite qu'Antigone, par manque de talent et de temps... J'ai besoin de beaucoup de temps pour écrire, pour peaufiner jusqu'à ce que je me sente satisfait d'un chapitre, et comme en ce moment j'ai beaucoup de travail, le rythme s'est ralenti; comptez entre 4 et 6 semaines entre deux chapitres...

MAIIIIS j'en ai quelques-uns d'avance que je vais vous distiller progressivement pour vous mettre dans le bain Wink En espérant de tout coeur que ça vous plaise Embarassed

Une dernière remarque (oui, je sais, encore...): tous ces textes sont sur mon blog (http://www.matthy.org/blog/), avec une mise en page un peu meilleure généralement... Lisez-les où bon vous semble, et si l'envie vous prend de poster un commentaire sur mon blog, vous aurez droit à ma reconnaissance éternelle Mr.Red

Trêve de blabla, voici le (bref) prologue de ma petite histoire: vous ne retrouverez pas le héros de ce chapitre avant quelques temps, mais ne vous en faites pas, il reviendra Wink

----------------------------------------------------------------


Loni prit le papier griffonné des mains du scribe et partit en coup de vent vers l'écurie.

Il avait déjà fait de nombreuses fois le trajet entre le Relais et Grive, mais jamais les acolytes n'avaient montré le moindre empressement à le voir délivrer sa missive: il lui était même arrivé de prendre un repas dans la petite salle commune au sous-sol avant de partir. Cette fois, le vieux Nord l'avait secoué pour le sortir du lit - sans un mot, bien sûr - et lui avait fait comprendre qu'il s'agissait d'une urgence.

Il avait déjà enfourché sa jument et se dirigeait au sud-est en prenant machinalement pour repère les six étoiles de l'Arc à sa gauche, et partit en spéculations sur le contenu du message en faisant confiance à sa monture pour garder ce cap qu'elle connaissait bien.

Loni aurait été dûment puni s'il avait osé déplier la feuille froissée devant ses maîtres; et maintenant, la nuit sans lune ne lui permettait pas de déchiffrer le moindre caractère. Pis encore, il ne savait pas lire... Nul besoin pour un jeune coursier d'étudier arts ou lettres; on attendait de lui qu'il soit serviable, docile, bon cavalier, et qu'il sache se taire: eût-il été muet que les acolytes ne l'en auraient que plus apprécié.

Etait-ce son imagination, ou le ciel était-il plus noir cette nuit, la piste plus glissante ? Le vent marin qui lui fouettait le visage avait apporté son lot d'averses, plus tôt dans la nuit, et sa jument semblait danser sur les cailloux instables. La piste menant au Relais n'était fréquentée que par lui et, quatre fois l'an, par quelque marchand qui vendait aux acolytes ses invendus de la foire saisonnale: il pourrait se passer des siècles avant que l'on ne songe à damer ce chemin.

Ou qui savait ? Peut-être le message évoquait-il une guerre à venir ? Les Brisliens avaient-ils levé une armée, là-bas, à l'ouest, pour envahir leurs vieux ennemis griviens ? Enfant, Loni n'avait guère prêté attention aux récits de ses aînés, estimant sans doute que la guerre viendrait bien assez tôt; Grive avait vécu en paix depuis près de deux générations, et il se sentit soudainement coupable en réalisant la curieuse exaltation qu'un possible conflit provoquait en lui. N'était-il donc qu'un de ces gamins irrésistiblement attirés par les épées, le sang et les larmes ?

C'était justement parce qu'il n'avait que peu d'intérêts pour ces choses qu'il s'était retrouvé dans la quiétude et la monotonie du Relais, voici bientôt deux ans. Il se dit qu'il aurait dû mettre à profit ses nombreux temps de repos pour explorer la petite bibliothèque, dans l'aile ouest de l'édifice; mais le silence y était encore plus pesant qu'ailleurs, et les regards froids et pénétrants du vieux Ensar décourageaient toute envie d'apprendre. Oh, s'il avait eu plus de courage, les acolytes ne l'auraient peut-être pas blâmé, après tout certains semblaient relativement chaleureux... Mais Loni avait toujours baissé les bras; il aurait eu besoin de quelqu'un qui le pousse vers l'avant, qui l'incite à se surpasser, et ce quelqu'un n'était pas là.

Il rumina sur ses erreurs jusqu'aux portes de la ville, où une sentinelle haussa un sourcil en le voyant arriver à sa vive allure, avant de reporter son attention à la partie de cartes qu'il tenait avec ses trois collègues. Loni voulut emprunter la ruelle des fleurs, où un de ses rares amis d'enfance avait habité, et qui offrait un chemin plus court vers le château; mais il se retrouva dans une impasse. Cette bâtisse blanche avait dû être construite depuis sa dernière course, deux mois plus tôt... Les fenêtres en étaient ouvertes et des chants accompagnés de balisette y résonnaient; sans doute une maison de riches, songea distraitement Loni.

Après quelques détours et un bref salut aux gardes du château, il sauta de sa jument et se précipita dans la chaleur du hall où, malgré l'heure plus que tardive, les bruits de pas des domestiques claquaient comme un concert d'horloges. Etonnant comme, à l'extérieur, la ville grandit et se transforme, tandis qu'ici rien ne change...

Il chassa cette bouffée de nostalgie et monta deux étages vers le bureau du Ministre qui, Loni n'en doutait pas, ne dormait pas encore. Il toqua deux fois, poussa la lourde porte et s'agenouilla aussitôt en présence de son Roi.

Le Seigneur Granz avait encore vieilli, mais ses yeux noirs gardaient l'éclat de cette jeunesse dorée qui l'avait vu repousser l'envahisseur brislien et mettre un terme à une guerre, ou plutôt une vendetta, de deux siècles. Depuis, le Sire de Grive avait perdu de son allant et de sa fougue, mais le royaume se portait bien, les récoltes étaient bonnes et, surtout, la paix était durable: Granz était unanimement adulé, et sa respectabilité s'étendait bien au-delà des frontières de son territoire.

Si l'irruption du coursier l'agaça, il n'en montra rien, et tendit une main où le message de Loni vint achever son périple. Le jeune garçon fit mine de partir, mais Granz le retint d'un geste discret mais explicite de la tête.

Loni ne vit à nouveau aucune expression sur le visage de son Roi lorsqu'il lut la missive; par contre, lorsque ce fut à son tour de la lire, le Ministre Jorem fit grise mine et se tassa imperceptiblement dans son fauteuil, avant d'adresser un regard interrogateur vers Granz.

- Tu vas rester au château cette nuit, mon garçon, car je dois réfléchir à la réponse que je t'enverrai porter, dit calmement le Sire de Grive. Tiens-toi prêt à l'aube.
- Oui, Messire.

Jorem fit sonner la clochette sur le coin de son bureau et un valet entra presque aussitôt.

- Ce garçon va dormir ici jusqu'à demain matin, indiqua Jorem. Faites-le nécessaire.

Quelques minutes plus tard, Loni s'endormit sur le matelas le plus moëlleux qu'il eût connu depuis son enfance, et rêva de chevaliers, de batailles épiques, de dragons et d'épées magiques.
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Lain
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Ven 10 Juin à 11:03

Pas de réponse... C'est normal, il n'est pas passionnant ce prologue

Je vous mets donc la suite...

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Je suis un papillon. Une chrysalide. Si je devais jamais me libérer de cette prison, ce serait pour finir clouée par le ventre pour le plaisir d'un collectionneur.

La mélancolie de l'automne gagnait Rhacca; depuis la chute des premières feuilles, dans l'éternel jardin intérieur de la résidence Melbome, son moral n'avait cessé de décliner, et elle égrénait les évidences assassines dans sa tête.

Au début, lorsque sa patience et sa joie coutumières avaient montré des signes de faiblesse, elle avait lutté - s'il subsistait encore un espoir pour elle, c'était dans sa tête qu'elle le trouverait, et s'apitoyer sur son sort ne lui apporterait rien de bon. Elle s'était donc fait violence, puisant de l'énergie dans la puissance de ce chêne séculaire qui, à force d'emplir son champ de vision, était devenu un confident silencieux. Elle admirait sa gigantesque envergure, son feuillage éclatant, et surtout son tronc si droit, si fort, qu'aucune tempête ne saurait faire plier.

Puis la chute... Décharné, privé de son tapis rougeoyant par les jardiniers trop zélés, l'ami si fort survivrait, mais tout ce que Rhacca voyait désormais, c'était sa propre faiblesse, sa dépendance, ses rêves aussi illusoires que les larmes de diamant roulant sur les feuilles caduques du chêne lorsque l'aube surprenait la rosée. Elle passerait peut-être cet hiver... Puis un autre... Mais chaque hiver serait plus rude, plus sombre, plus seul, le chêne serait toujours plus vieux, et elle toujours plus fragile.

- Mademoiselle désire-t-elle encore un peu de keel ?

Toute absorbée dans sa morosité, Rhacca n'avait pas entendu entrer sa gouvernante. Pervenche, l'appelait-on - elle avait sans doute un autre nom, mais Rhacca n'en avait jamais eu connaissance.

- Non, merci, répondit-elle à mi-voix. Puis, alors que Pervenche s'apprêtait à sortir: Je suis lasse... Je voudrais me coucher.
- Comme vous le désirez, Mademoiselle.

Rhacca devinait aisément que la vieille femme n'approuvait pas ce choix: le soir était loin d'être tombé, et elle savait très bien qu'elle ne se lèverait pas avant le lendemain. Sans parler du dîner qu'elle manquerait à nouveau - mais elle n'en était plus à un repas près. Pervenche glissa ses bras raidis par l'âge et le service sous ses épaules et ses cuisses, et déposa Rhacca sur son lit somptueux.

Cela, elle ne pourrait jamais le reprocher à sa mère: toute indésirable qu'elle fût à ses yeux, elle avait tout de même hérité du lit le plus luxueux de toute la maisonnée. Pieds sculptés dans l'ébène par un illustre artisan grivien, matelas de plumes d'autruches du Pelk, draps de soie brodée à l'effigie d'une ravissante jeune fille qu'elle aurait pu être dans une autre vie - tout était presque trop confortable. Elle n'est bonne qu'à dormir, autant qu'elle le fasse dans le confort, telle avait dû être l'explication donnée par sa mère à l'intendant pour justifier de tels frais.

Mais luxe et raffinement n'achèteraient jamais ni tendresse, ni respect, et lorsque Pervenche eut achevé de la préparer, Rhacca s'endormit la glace au coeur.

--------------------------------------------

Aussi vite que ses jambes pussent le porter, Eirko Sikos dévala les ruelles escarpées du coeur - trompeusement silencieux - de Bar, glissa sur un toit d'ardoises, dégringola le long d'une gouttière branlante et reprit sa course vers la périphérie. Ses tempes pulsaient trop fort pour qu'il entende à quelle distance se trouvaient ses poursuivants, mais il ne doutait pas de pouvoir les semer grâce à sa connaissance parfaite de la ville.

Il n'y avait personne dans les artères principales, tous les volets étaient clos; pourtant, Eirko aurait parié que la moitié des Barris scrutaient l'extérieur au travers du judas de leur porte ou d'une lucarne entrebâillée. Ils étaient au courant de la descente de cette nuit, n'avaient pas prévenu leurs voisins, leurs frères - et maintenant, ils observaient la scène avec une fascination soumise.

Personne ne sortirait de sa maison pour le ralentir, ni n'avertirait les Donates du chemin qu'il avait emprunté: la plus totale inaction était leur morale, et le vendre aurait été, pour eux, le véritable acte de trahison. En quelque sorte, malheur à celui qui serait capturé, longue vie aux autres.

Eirko connaissait bien cette attitude: il avait grandi entouré par ces pleutres. Mais lui ne serait jamais un lâche... Il simulait assez bien sa soumission pour survivre, et guettait l'instant de sa vengeance.

Viens, viens, mon roitelet,
Accueille mon sourire, regarde moi rire,
Aie foi en moi, cours dans mes bras,
L'heure viendra où je me vengerai
De toi


La chansonnette avait été écrite par une femme bafouée, mais le jeune garçon y avait tout de suite vu un autre sens. Comme bien des refrains entonnés au Skitch, la taverne ouvrière que tenait sa tante.

La méfiance d'Eirko pour l'occupant lui avait été transmise par son père, et elle s'était muée en haine féroce, brûlant son âme de gamin de quinze ans, lorsque Mione lui avait été enlevée. Les autres exactions, seules, auraient engendré rancoeur et colère, mais ce crime contre sa soeur avait fait de lui une âme vengeresse, définitivement incapable de pardon ou de pitié.

Tout avait été très vite. Son père avait participé à une expédition "commando" avec cinq autres ouvriers, expédition dont l'unique objectif était de sortir du territoire contrôlé par les Donates pour aller chercher de l'aide dans les provinces environnantes. Ce qu'il se passait à Bar - et dans les autres villes tombées sous le joug cruel de ces monstres aux cheveux courts et au regard de glace - révolterait les souverains de Tysan, d'Ienon ou même de Safran. Encore eut-il fallu qu'ils en aient connaissance.

Hélas, l'escouade était tombée dans un traquenard, trahie par le père de l'un de ses membres - déshonneur ultime - et les six "rebelles" avaient été exécutés en public, à la mode donate, à savoir par écartèlement. Mais les bouchers ne s'étaient pas arrêtés là...

Le traité d'allégeance de Bar, joyau d'hypocrisie s'il en était, stipulait que six jeunes filles seraient chaque année choisies et emmenées par les généraux aux yeux bleus, qui les utiliseraient à leur guise puis, lorsqu'elles ne seraient plus que des loques à l'âme morte, les offriraient comme distraction à leurs soldats. Chaque équinoxe de printemps voyait des fleurs arrachées à leur destin, et leurs pétales flétris et sanglants étaient généralement retrouvés sans vie quelques mois plus tard, en pleine rue.

Ce n'était que la plus abominable des expressions du diktat censé assurer la protection de la ville - en réalité, les Donates se plaisaient à leur rappeler que c'était un moindre mal: ils auraient pu exiger que toutes les filles leurs soient "livrées", expliquaient-ils avec un sourire carnassier.

Lorsqu'ils avaient arrêté les six rebelles, ils ne s'étaient évidemment pas contentés de les démembrer à grands renforts de coups de fouet et de mutilations subsidiaires: ils avaient pris soin de briser aussi leur âme. Ainsi, parmi d'autres, Mione avait été traînée jusque dans une pièce où son père allait assister pendant des heures à sa mise à mort. Eirko n'avait jamais su ce qu'il s'était exactement passé dans cette pièce, mais il ne l'imaginait que trop bien. Son père en était sorti inconscient, mais sans la moindre trace de coup. Lors de sa mise à mort, pas un cri n'était sorti de sa bouche, pas une larme n'avait coulé sur ses joues ravinées: si son sang coulait à flot de ses jambes et bras arrachés, c'était ce qu'il s'était produit dans cette pièce qui l'avait tué.

La cruauté des Donates n'était pas un fait nouveau pour Eirko. Mais la perte et, surtout, les sévices que sa soeur avait subis, elle, l'être qu'il idolâtrait le plus au monde, cet astre qui illuminait sa vie de sa présence, alliage de tendresse et d'énergie pure - telle la pointe de la Flèche qui, jaillissant inlassablement des cinq étoiles de l'Arc en direction du sud, guidait marins et voyageurs, elle était le repère immuable de la vie d'Eirko; l'espoir avait été balayé, le chaos avait anéanti la lumière.

Depuis ce jour, Eirko avait multiplié les actes de vandalisme; chaque possession donate brûlée était un pas de plus dans sa vendetta, et il avait pris de plus en plus de risques, jusqu'au meurtre d'un officier, hier. L'assassinat ne devait pas encore faire partie de ses plans, mais il avait été surpris en plein sabotage d'une échelle, et il n'avait eu d'autre choix que de se battre. La chance lui avait souri: son adversaire puait la débauche et le lard, et maniait sa lame avec autant d'adresse qu'un poussah jouant des claquettes. Eirko s'était même payé le luxe d'éviter tout tache de sang sur son gilet...

Hélas, les Donates l'avaient vite suspecté du crime. Lorsqu'il avait vu leur détachement - 12 hommes ! Rien que pour moi ! Ces chiens commencent donc à me prendre au sérieux - manoeuvrer autour de la taverne, Eirko avait emprunté la sortie de derrière et filé ventre à terre, sans avoir le temps de dire adieu à sa tante, et avait laissé derrière lui les ruines de son passé.

Il fut presque surpris de l'aisance avec laquelle il franchit l'enceinte de la cité. Le désert est un obstacle bien plus dangereux et dissuasif que ces remparts, comprit-il; il n'avait sur lui qu'une gourde à moitié vide, et son instinct de survie ne lui suffirait certainement pas dans cet environnement hostile.

Mais il était trop tard pour faire marche arrière: sa tante était sans doute torturée, à présent, peut-être même déjà morte, et les décombres du Skitch véhiculeraient longtemps les dernières notes qu'elle y avait entonnées.

Se tournant vers les dunes, Eirko enfouit en lui les élancements de son coeur, affermit sa résolution et partit vers l'est, laissant la ville martyre derrière lui.
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Tickle
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Ven 10 Juin à 22:11

Alors alors...ce début de roman...
Eh bien, ca a l'air très riche au niveau de l'univers que tu crées mais on n'en sait pas encore assez pour juger correctement...En tout cas, ca donne envie d'en savoir plus.
Beaucoup de mystères planent encore et l'on a envie de comprendre le pourquoi du comment.

Question style, c'est bien écrit mais ca reste classique. En même temps je concois que ca ne doit pas être facile de créer un style vraiment différent quand on écrit de la fantasy... je ne sais pas, j'en lis pas assez


Après, sur le fond, j'accroche mais pas encore assez pour te supplier de nous livrer la suite.
Encore quelques passages et il se pourrait bien que je sois accro!

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Lain
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Sam 11 Juin à 15:00

Ok, voici la suite...

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Lève donc un peu le nez, périlleuse est ta route,
Prends bien soin de ta gourde, n'en perds pas une goutte,
Si tu tombes sur la dune comme on chute lors d'une joute
Le vent de ton futur sent le pâté... en croûte !


Plus ridicule, tu meurs. Mais les ritournelles saisies çà et là au fil de son enfance dans une cité cernée par les sables refaisaient surface à mesure qu'il s'enfonçait dans le désert. Celle-ci devait dater de son entraînement "militaire", si l'on peut appeler ainsi une course autour des murs de la ville lorsqu'il avait huit ans, course dont les retardataires n'étaient pas secourus - ils n'étaient pas assez résistants pour servir convenablement les Donates - et dont le gagnant avait mystérieusement disparu. Eirko avait cru à un hasard jusqu'à ce qu'il découvre qu'il en était ainsi chaque année: l'occupant s'assurait d'autres jours paisibles en décapitant la jeunesse barri.

Les trois premiers jours de fuite l'avaient rassuré: il tiendrait le choc. Certes, la chaleur lui faisait tourner la tête; bien sûr, malgré le mouchoir sur sa bouche et la parcimonie avec laquelle il vidait sa gourde, celle-ci était déjà presque vide.

Mais il était encore en vie, en pleine forme compte tenu des efforts fournis, et surtout, il était seul. Se retournant parfois au sommet d'une dune, Eirko n'avait pas vu le moindre signe de poursuite: les Donates comptaient sur le désert pour l'achever; ils le sous-estimaient, lui, leur plus farouche ennemi à n'en pas douter; cette outrecuidance les perdrait. Eirko puisait dans cet orgueil une énergie sans limites et avalait les kilomètres sans états d'âme.

Du moins jusqu'alors. La nuit avait, comme toujours, recouvert le désert en quelques minutes, ne laissant qu'une myriade d'étoiles pour marquer la frontière ondulant entre ciel et terre. Eirko avait tout juste eu le temps de se blottir sous le creux d'une dune pour échapper au vent glacial, mais cela ne l'empêchait pas de frissonner.

A bien y réfléchir, le froid saisissant de l'air nocturne lui était plus pénible que l'étouffante moiteur de la journée: il était accoutumé à celle-ci depuis toujours, alors que feu de cheminée et couvertures rendaient la nuit douillette dans sa petite chambre à l'étage du Skitch.

Cette nuit-là, toutefois, ce n'était pas le froid qui paralysait Eirko. Ses oreilles bourdonnaient, et les claquements sourds de tambours de guerre résonnaient entre elles. Les symptômes d'une insolation, et pourtant...

Fuis, voyageur imprudent,
L'onde de sable rugit dans ton dos,
De l'intrus le désert veut la peau,
Fuis, car les dunes ont des dents


Ignorant le vacarme dans sa tête et les protestations tourbillonnantes de son oreille interne, Eirko bondit jusqu'à la crête et découvrit, effaré, un arc scintillant recouvrant l'horizon nord.

Le Lumion. La sempiternelle malédiction que les parents invoquaient pour pimenter les cauchemars des mômes: ne traîne pas en route, le Lumion adore les petits enfants ! Eirko n'y avait jamais cru, mais qu'importe: ce qu'il voyait là était dangereux, et fonçait droit sur lui.

Il rassembla ses souvenirs. Il en avait tant entendu sur le Lumion... Tantôt ogre gigantesque enfoui sous le sable, tantôt spectre phosphorescent, tantôt serpent vif comme l'éclair; il vous tuait d'un coup de dents, d'une décharge de foudre, d'un baiser mortel. Les victimes n'étaient en tout cas pas dévorées: si le sable ne les avait pas encore engloutis, on retrouvait leurs corps à demi carbonisés, le visage figé sur un masque d'épouvante.

L'horizon luminescent était parsemé d'arcs électriques minuscules - avec la perspective, de véritables éclairs grignotant la silice. Eirko connaissait bien les jeux de lumière que soleil et nuages d'été faisaient naître: ombre et lumière semblaient se poursuivre sur le sol, séparées par un trait imaginaire qui voyageait à une vitesse vertigineuse. Comme tous les gamins de la cité, il avait tenté de poursuivre une ombre de nuage en courant à toute vitesse...

Et cet immense serpent électrique dévalait les pentes bien plus vite encore qu'un rai de soleil. Eirko ne tenta même pas de se retourner: il n'aurait pas fait vingt mètres que la vague dorée le grillerait comme un papillon contre une lanterne. Il regarda fixement cet être surnaturel. Etait-ce une illusion ? Il ne semblait pas se diriger vers lui précisément; il suivait simplement sa route, zébrant l'immensité désertique selon un trajet que seuls les Dieux auraient pu connaître. Et Eirko se trouvait simplement sur ce chemin, brindille insignifiante s'apprêtant à être écrasée sous le pas d'un héliphant.

Plus que quelques centaines de mètres; deux secondes, peut-être trois. Eirko y voyait comme en plein jour, ébloui par les crépitements lumineux. Le sol tremblait, la dune semblait prête à fondre comme un château de sable s'écoule au travers d'un tamis; les étoiles avaient disparu, totalement occultées par les zébrures blanches qui persistaient sur sa rétine.

Il plia les genoux, fixant l'orage rectiligne malgré la douleur au fond de ses yeux. Lorsque la déferlante atteignit la dune sur laquelle il se tenait, il se propulsa en avant avec toute l'énergie du désespoir.

Ses paumes brûlées hurlèrent lorsqu'il atterrit sur du sable fondu. Il tourna la tête; l'être de foudre poursuivait son chemin, deux dunes plus loin. Eirko se remit précipitamment debout, dansant d'un pied sur l'autre pour rendre supportable le contact de cette matière bouillante, visqueuse et presque brillante qu'était devenu le sable.

L'obscurité l'enveloppait de nouveau, plus intense que jamais tandis que des réminiscences d'éclairs valsaient à l'arrière de ses paupières. Lors de son vol expérimental, sa gourde avait offert au désert les quelques gouttes qu'il lui restait. Il reprit donc sa route vers l'est, porté par une chaleur sèche et irréelle.

Il se promit à nouveau de survivre coûte que coûte: Eirko Sikos terrassant le Lumion, voilà qui ferait l'objet d'une bien belle épopée...
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Lain
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Sam 11 Juin à 15:09

Oh, allez, je suis de bonne humeur, double ration ajdh
Voici donc le 3è chapitre de cette histoire, qui en compte 7 pour le moment... Le 8è est en préparation dans ma tête mais je n'aurai probablement pas le temps de l'écrire avant juillet, donc ne dévorez pas trop vite

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Il avait plu toute la nuit, aussi bien dehors que dans les songes de Rhacca. Elle s'était vue debout, comme souvent, plantée comme un arbre sur la chaussée d'une route rectiligne qui s'abîmait dans l'horizon de chaque côté d'elle. Elle goûtait l'eau qui la trempait avec l'ardeur d'une fleur assoiffée, et écartait les bras pour mieux sentir le vent.

La route avait disparu; Rhacca était tombée, se trouvait à genoux au milieu de l'obscurité. Ses forces imaginaires l'avaient fuie; seuls ses vêtements trempés attestaient de la scène précédente. Elle s'était alors réveillée en sueur, et les bourrasques incessantes martelant les volets l'avaient empêché de refermer l'oeil.

Après ses ablutions matinales, Rhacca, assise dans son fauteuil aux larges accoudoirs, laissait déjà dériver son regard vers le chêne lorsque Pervenche lui dit d'un ton qui lui parut moins sec qu'à l'habitude:

- Votre présence au déjeuner comblerait votre mère, Mademoiselle.

Rhacca tenta de dissimuler sa stupéfaction.

- Vous devez vous tromper, Pervenche, rétorqua-t-elle. Vous confondez avec quelqu'un d'autre.
- Assurément pas, Mademoiselle, insista la vieille gouvernante. Madame Melbome a été on ne peut plus claire.
- Un des guignols qui lui courent après lui a sans doute posé un lapin, et elle va passer son humeur sur -..
- Vous ne devriez pas parler ainsi, Mademoiselle Rhacca.

Qu'y avait-il dans ce regard ? Fermeté, loyauté, assurément, mais aussi... Compassion ? Son esprit devait lui jouer des tours: Rhacca ne se souvenait pas d'avoir reçu la moindre marque de tendresse de Pervenche, ni de personne à vrai dire.

- Soit... Avez-vous une idée de... l'objet de cette entrevue ? Ma mère ne m'a pas adressé la parole depuis une éternité.
- Je ne peux vous répondre, Mademoiselle; j'en suis comme vous réduite à faire des suppositions, et il serait préférable que vous en jugiez par vous-même.

En a-t-elle assez de m'entretenir dans l'oisiveté ? Notre fortune s'est-elle réduite au point de ne plus lui permettre de maintenir en vie sa fille unique ?
Ou est-ce plus grave encore ?


Rhacca n'accordait plus de réelle valeur à son existence; elle se contentait d'observer avec cynisme et détachement les ravages du temps sur le monde qui l'entourait. La perspective d'une confrontation avec cette étrangère qu'était sa mère l'inquiétait, l'intriguait, la fascinait, mais toute l'angoisse du monde serait infiniment plus douce que l'ennui.

Elle vida d'un trait son bol de keel et rassembla ses idées.

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- Reveux-tu de la viande ? Tu as maigri, tu sais.
- Non, merci, Mère.

Rhacca s'attendait à une allusion à sa faiblesse suite à ce refus, mais non, toujours rien. Depuis son arrivée, la conversation avait été parfaitement neutre - sa mère se comportant comme si elles s'étaient vues la veille, et Rhacca retenant ses remarques acerbes. Elle s'était préparée à une avalanche de reproches, à une joute verbale violente et cruelle; elle avait même imaginé que sa mère l'ait invitée à un déjeuner public où elle aurait tout loisir de l'humilier et d'afficher son dégoût aux yeux de sa petite sphère d'amis mesquins, nobliaux vaniteux ou bellâtres jouant les amoureux pour mieux approcher sa fortune.

Mais rien de tout cela n'était au menu. Rien que des banalités: la juteuse saveur des melons et la cuisson de la volaille; les haies du jardin qu'il faudrait tailler; la pluie qui semblait s'être installée pour tout l'hiver; la fille aînée de Mme Deleon qui s'était enfin mariée.

Cela ressemblait à une trêve, et elle sentait le soulagement la gagner lorsque, dès le dessert achevé, sa mère reprit, la voix imperceptiblement plus basse:

- Tu vas devoir choisir, Rhacca.

Celle-ci se figea, reconnaissant le danger dans l'intonation de sa mère.

- J'ai été très patiente, tu sais. Mais cela ne peut plus durer.

Elle leva vers elle des yeux qui la pétrifièrent, mais elle y lut aussi, pour la première fois, que sa mère tentait de lui parler comme à une femme adulte.

- C'est simple. Soit tu endosses ton rôle d'héritière, soit tu quittes cette maison.

Aucun mot ne devait être ajouté; Rhacca comprenait parfaitement les implications de ces deux alternatives.

Ienon était une cité dirigée par les femmes. Les hommes n'y étaient pas inférieurs, ils remplissaient sensiblement les mêmes tâches que partout ailleurs - mais chaque maison, chaque boutique et chaque famille était placée sous une autorité féminine. Le système avait ses avantages, et comptait bien sûr de nombreux détracteurs - y compris des femmes. Mais cette tradition était immuable, et la famille Melbome n'y échapperait pas.

Héritière. Femme de pouvoir, femme mondaine; au four, au moulin et à la baguette. Sa mère réalisait-elle combien l'inertie de son corps frêle lui barrait cette voie ? Ou croyait-elle encore à des caprices de petite fille paresseuse ?

Héritière; femme riche. De fait, femme courtisée. Si sa mère avait déjà toutes les peines du monde à trouver un compagnon dont l'intérêt et l'amour ne soient pas feints, qu'en serait-il d'elle ? Elles avaient déjà discuté de ce point, quelques mois plus tôt; Rhacca avait déployé tout son arsenal verbal pour que passe l'idée folle de sa mère de la marier à tel ou tel étalon de service.

Elle ne serait jamais à la tête d'une maisonnée telle que celle-ci; elle ne serait jamais une épouse convenable, même pour un de ces pervers qui empestaient le grand hall lors des réceptions de la "famille" Melbome. Elle ne pouvait pas être héritière, et sa mère le savait parfaitement. Cette petite phrase équivalait donc à un solide coup de pied aux fesses: ma fille, dégage, tu n'es plus ma fille.

Devait-elle résister ? Montrer sa bonne volonté, tenter d'être une héritière à la mesure de ses moyens, se soumettre aux desiderata de sa mère ? Elle brûlerait sans doute ses dernières forces dans la bataille; l'hiver ne serait pas son seul bourreau cette fois.

Ou... Partir ? Mais où ? Qui pourrait bien vouloir d'elle ?... L'hospitalité ne s'appliquait pas à une infirme inutile, incapable de la moindre tâche; elle n'était bonne qu'à se laisser mourir.

Qu'avait-elle pu espérer d'autre ? Tel dénouement était prévisible; elle n'avait pas nié l'évidence, juste retardé l'échance. Son fatalisme ne la sauverait plus. Finirait-elle dans un égoût, dans un bordel, dans l'estomac d'une colonie de rats ?

Sa mère dut la voir esquisser un sourire, se méprit sans doute sur son sens, et se leva sans un mot. Quelques instants plus tard, Pervenche vint la chercher, cachée derrière le masque impénétrable qu'elle lui connaissait bien. Tandis qu'elle gravissait l'escalier dans les bras de sa gouvernante, Rhacca se demanda si, un jour, sa mère l'avait seulement aimée.
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Mer 22 Juin à 16:33

Bon... Je mets un chapitre supplémentaire pour que mon histoire ne tombe pas dans l'oubli

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Tel un mirage improbable, les murs de nacre d'une cité se dressaient à la frontière du désert.

Six jours passés dans cette chaleur insoutenable avaient vu la lucidité d'Eirko fondre comme ses paumes sur le sable vitrifié par le passage du Lumion; il avançait lentement, sans plus se préoccuper de la direction des étoiles: il se contentait d'aller vers le soleil levant...

Sa détermination n'avait pas faibli, mais ce qui le maintenait en vie avait tout de la rage du condamné, décidé à contrarier les plans de la Mort. Avait-il vraiment cru que fuir les Donates en plongeant dans le désert serait autre chose qu'un baroud d'honneur ?

Il mit une main en visière, peu convaincu de la réalité de sa vision. Une ville blanche... Moins grande que Bar, mais dégageant une impression de... sérénité ? Et derrière elle, étaient-ce des palmiers ? Se pouvait-il qu'il soit arrivé au bout de son périple ?

Groggy, il se traîna jusqu'aux portes de la cité. Etait-ce du respect qu'il lisait dans les yeux des vigiles ? Non... De la crainte, sans doute: ils devaient le croire fou, ou malade. Il fallait assurément être l'un ou l'autre pour venir du désert... Et si jeune !

Il comprit plus qu'il n'entendit leur refus de le laisser entrer; sa conscience s'éveilla toutefois lorsque l'un deux lui apporta une gamelle d'eau qu'il posa par terre à quelques pas de lui. Il se traîna jusque-là, puis s'évanouit après quelques lampées, avec la certitude de se réveiller dans l'au-delà.

--------------------------------------------

Il ouvrit les yeux face à une cloison en bois. Son esprit était plus clair, son corps ne tremblait plus - l'air était de nouveau respirable, comme chez lui... Mais il n'avait pas rêvé; cet endroit n'était pas Bar. Des odeurs inconnues l'assaillaient, qu'il se dit appartenir à la végétation qu'il avait cru apercevoir.

Il y avait une rue tout près; il entendait des voix, le grincement des roues d'une carriole. Comment diable était-il entré dans la cité ? Les vigiles ne lui faisaient pas confiance, et c'était bien compréhensible... Qui donc l'avait transporté jusqu-ici, l'avait soigné (il remarqua ses mains bandées), abreuvé ?

Eirko avait grandi en serviteur des Donates, en Barri soumis; il comprit aussitôt. Esclave... J'ai été capturé, sauvé, et maintenant je vais payer cette dette pour le restant de mes jours.

Pourquoi pas, après tout ? Il serait nourri, logé, peut-être même trouverait-il dans une routine servile un sens à son existence. Il oublierait Bar, il oublierait les Donates, il oublierait... Mione ?

Il se leva d'un bond, malgré le vertige qui le saisit, et se dirigea furtivement vers la sortie, sans être aperçu des deux hommes en toge qui discutaient tout près. Jamais plus il ne serait au service de quelqu'un; jamais il n'oublierait ce passé qui lui lacérait le coeur. Il tromperait le destin, quoi qu'il lui en coûte.

--------------------------------------------

Au début, partagée entre l'insouciance et le maigre enthousiasme né de toutes ces nouveautés, Rhacca avait supporté la fatigue; elle avait choisi de contrarier les plans de sa mère du mieux possible (du moins l'espérait-elle), et avait accepté de supporter les charges qui lui incombaient.

La plus aisée d'entre elles était d'assister au Conseil. Lacca Melbome y siégeait, parmi d'autres matrones distinguées, et ce rôle lui tenait à coeur; il convenait donc à sa fille de se préparer à prendre la relève.

Rhacca avait donc été présentée en bonne et due forme, et l'indifférence générale avait tenu lieu de bienvenue. Elle était cependant parvenue à se distinguer en participant (discrètement, pour ne pas froisser sa chère mère) au débat concernant les taxes sur les produits importés, de Tysan essentiellement. Une de ses rares occupations, ces dernières années, avait été la lecture exhaustive de la bibliothèque familiale, et elle possédait plus de notions de politique et d'économie que la plupart de ces femmes; un point pour elle.

Ces séances présentaient donc un certain intérêt à ses yeux, et, hormis la difficulté de son transport, elle n'aurait pas vu d'inconvénient à ce qu'elles soient plus fréquentes. Car ses autres corvées étaient loin d'être aussi simples...

Co-diriger les domestiques de la résidence Melbome n'aurait dû nécessiter qu'un peu d'autorité et de sens pratique. Mais la plupart d'entre eux n'avaient toujours vu en elle qu'une enfant gâtée rongée par la paresse, un parasite indigne de la lignée Melbome; et tous ses efforts de bonne volonté n'y changeaient rien. Elle imaginait combien de calomnies sa mère avait pu débiter à son encontre, pour amener ces serviteurs dévoués à la mépriser à ce point...

Les réceptions mondaines, enfin, incarnaient précisément tout ce que Rhacca détestait: le brouhaha prétendument enjoué lui martelait les tempes; le regard immonde, dégoulinant de pensées obtues, des courtisans se relevant d'une courbette lui donnait la nausée; les danses de groupes exploraient les territoires infinis du ridicule - une chance qu'elle ne pût s'y joindre -, et les haussements de sourcils à son égard, lorsque les couples se formaient, lui donnaient envie de hurler.

Faute d'autres expériences, elle en supposait donc qu'elle exécrait la vie en société dans son ensemble, cet enchevêtrement de politesse guindée et de mesquinerie, de compassion feinte et de coups bas, de promesses en l'air et d'hypocrisie. Comment pourrait-elle survivre parmi ces charognards ?

Si elle ne pouvait lutter contre cette mascarade et ses participants, elle devait concentrer son énergie sur la responsable de tout cela. Elle exultait lorsqu'elle lisait de l'étonnement dans son regard; elle était même allée jusqu'à simuler une discussion amicale avec une des pires mégères que connaisse sa mère. Celle-ci avait écarquillé les yeux en entendant sa fille tenir ces propos si mesquins dont raffolaient les courtisans - sa stupeur avait été une récompense sans prix pour Rhacca, et elle avait mis encore plus de coeur à l'ouvrage les jours suivants.

Mais cette énergie était celle de l'esprit, et son corps encaissait de plus en plus difficilement tous ces efforts; épuisée, elle avait dû se résoudre à déclarer forfait pour la réception de ce soir. Rhacca sentait qu'elle brûlait là ses dernières forces; elle imaginait avec un plaisir cynique le jour où Pervenche ne parviendrait pas à la réveiller. Elle espérait que quelqu'un réaliserait alors ce que l'on avait exigé d'elle...

Peut-être demain. Patience... Pervenche avait mal tiré les rideaux, et l'ombre d'une branche du chêne séculaire se découpait sur la grisaille laiteuse du mur en face d'elle. Rhacca s'endormit et rêva qu'elle volait, jusqu'à la lune.

--------------------------------------------

Furtif, Eirko se glissa dans les demeures de cette ville riche et si tranquille; il trouva à manger et à boire, mais avant tout des vêtements locaux pour passer inaperçu. Les habitants de cette cité semblaient si sûrs d'eux, si insouciants... Jamais une Barri n'orait osé parader ainsi en pleine rue, vêtue d'habits si somptueux: elle n'aurait pas fait trois pas sans être agressée par des Donates ou dépouillée par un vagabond.

Autre fait étrange, les portes des maisons n'étaient pas fermées à clé, et personne n'en montait la garde, hormis devant les plus riches d'entre elles... Avec son expérience de "résistant", il n'eut donc aucun mal à trouver tout ce dont il avait besoin. Il s'équipa même d'une dague rangée dans le tiroir entrouvert d'un bureau en ébène sur lequel étaient éparpillées quelques feuilles griffonnées de ce qu'Eirko prit pour des chiffres.

Opulence, sérénité, que cachait donc cette cité ? La réponse l'attendait certainement dans ces immenses demeures - ou petits châteaux - aux grilles imposantes et aux gardes à la cotte de mailles luisante. Le bon sens le poussait à continuer vers l'est - peut-être tout était-il encore plus beau, là-bas ? -, mais Eirko était rongé par la curiosité.

L'occasion se présenta un soir; il dégustait silencieusement une pleine miche de pain frais, abrité par une rangée de tonneaux, lorsqu'il remarqua, à l'entrée d'une de ces résidences, un défilé de personnes toutes plus fastueusement vêtues les unes que les autres. Sans doute se réunissaient-ils pour un bal, ou un mariage...

Sans hésiter, il fureta dans les parages, profita d'un bref laps de temps entre deux rondes de gardes pour escalader la grille et se retrouva dans la cour sans la moindre égratignure. Un jeu d'enfants, pour qui avait longtemps arpenté les toits vermoulus de Bar...

Tout le monde était déjà à l'intérieur; un bref coup d'oeil par une fenêtre, et il estima à une centaine le nombre de convives. Que de verre !, songea-t-il face aux vitres polies, aux chopes et coupes ciselées, au lustre gigantesque...

Il se glissa à l'intérieur, évitant de peu un vieil homme au veston strict qui courait presque vers la cuisine. Eirko préféra ne pas investiguer au rez-de-chaussée: il pouvait être aperçu à tout moment, et même avec ses vêtements neufs, sa tignasse crasseuse et mal coiffée suffirait seule à le démasquer.

Il gravit donc les escaliers - dont il se dit avec un soupir qu'ils étaient assez larges pour dix hommes mis côte à côte -, et se retrouva dans un couloir sombre; l'agitation d'en bas ne lui parvenait plus que faiblement. Toutes les portes de ce corridor étaient fermées, mais de la lumière passait sous leur chambranle - sauf une.

Les pièces éclairées sont des chambres, attendant leur hôte à la lueur de quelques bougies; personne ne dort à cette heure, la dernière pièce est sans doute vide. Il effleura malgré tout le manche de sa dague, cachée dans sa ceinture, ouvrit la porte, la franchit et la referma derrière lui sans un bruit.
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Antigone
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Jeu 23 Juin à 12:33

C'est vrai que ton univers a l'air complexe et ton intrigue bien ficelée. C'est agréable à lire, bien écrit et euh en fait je sais pas trop quoi dire.

Je suis curieuse de savoir quels sont les liens entre Eirko et Rhacca, et ce qu'est devenu le petit coursier du début... Alors j'attends la suite!

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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Jeu 30 Juin à 12:48

Merci Antigone... Bon, c'est dommage, j'aurais bien aimé que mon histoire vous inspire, mais bon...

Euh... A votre avis, je mets le chapitre suivant, ou j'attends pour ne pas effrayer les retardataires ? Embarassed
(Pour info j'ai écrit le 8è chapitre le week-end dernier... Assez court, j'avoue, mais bon j'essaie d'avancer régulièrement...)
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 18 Juil à 15:09

pour le moment je n'en ai lu que 3. (et c'est déja bien na)
alors déja j'aime bien tes petites chansons, elles sont bien écrites je trouve et elles résument pas mal de chose.

pour le récit en lui même je vais pouvoir développer sur l'avis que je me fais de la fantasy. Et justement je trouve que tu fais preuve d'une originalité appréciable vis a vis de ce style. Selon moi il est difficile de vouloir définir complètement un monde, et, l'imposer au lecteur, revient à l'empêcher de se l'imaginer, ou d'y voir plusieures choses. Or qu'est ce que la fantasy si ce n'est l'étalage d'un monde (plus ou moins bien ficelé selon l'expérience des auteurs) le tout mené par un scénario en général trés peu profond, presque schématique. Et c'est là que tu te détaches assez de la chose en nous laissant dans l'expectative, avec 3 personnages liés entre eux, et différenciés, tous vivant dans un monde que nous ne connaissons pas mais dont tu essayes assez subtilement de nous tracer les contours (même si quelques phrases sont encore trop didactiques). Les moments de subjectivité sont delectables, encore une fois parce qu'ils contrastent avec les conventions habituelles du style, pour lesquelles l'information doit être donnée au lecteur de manière simple et claire.
Cependant malgré une fluidité du style (peut être quelque répétitions à revoir, certaines phrases un peu lourdes) le genre fantasy n'est pas complètement renié (vous aurez compris qu'il m'ennerve ce genre ;p) et l'on a trop l'impression d'avoir affaire à un de ces romans sans noms, moisissant sur les étagères des bibliothèques. Rien de péjoratif dans ma dernière phrase, car avant de charger ses ecrits de sens, encore faut il bien savoir écrire, pourtant je me demande s'il sera un jour possible que la fantasy ne me réinterresse (j'étais fan étant enfant) tout simplement parce qu'il n'est pas assez fait allusion au lecteur lui même, que pour des soucis de crédibilité on met au second plan ce qui compte le plus c'est à dire l'intérieur, au profit des apparences du monde décrit (situation politique, us et coutumes, vie chronologique des protagonistes). Mais encore une fois, j'aime la façon dont tu conjugue la rigueur du style que tu choisis à tes reflexions personnelles. travaille dans cette voie et peut-être me réconcilieras tu avec elle ^^.

Skid qui a fait un effort, pour ce gros feignant qu'il est.
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 18 Juil à 16:32

Wouuuhouu, un commentaire !!

Alors, en vrac... Les chansons, certaines sont nunuches, mais dans un des chapitres qu'il vous reste à lire (j'attends de vous laisser un peu le temps de digérer tout ça, déjà), j'ai fait mieux (enfin j'ai essayé): 4 strophes, oui oui, comme un poème... Je voulais absolument lier Eirko à la musique sous toutes ses formes, et j'essaie de faire des choses de plus en plus élaborées (faut dire que j'ai commencé piam-piam ).

Pour le reste, je crois que tu te fais de la fantasy la même idée que ma mère. Pour toi, la fantasy, c'est Harry Potter (désolé Tetishery et les autres fans): un conte féérique, simplet et moralisateur. Là je ne peux qu'être d'accord avec toi: c'est pas franchement intéressant.
Moi, la fantasy que j'aime, elle est complexe, riche, dense, sombre voire torturée, où la politique et les intrigues prennent le pas sur les épées, et où le surnaturel n'est que secondaire face à la folie et à la démesure des hommes.
Dans ce sens, je te conseille très vivement de lire "le Trône de Fer" (9 tomes en poche fr pour le moment), je parie ma plus belle chemise qu'il te réconciliera avec le genre !

Pour en revenir à mes essais, en fait, mon objectif, c'est d'éviter toutes formes de clichés: j'ai lu bcp de romans de fantasy et si les styles des meilleurs auteurs sont inégalables, on retrouve qd même certains "fils directeurs": les bâtards, les loups, les dragons, etc. J'ai donc décidé de me passer de tout ça (au risque de ne pas plaire aux puristes "réducteurs" du genre), et d'écrire chaque ligne avec la volonté de ne jamais plagier (LA grande tentation quand on est fan).

Exemple: tout ceci se déroule dans l'hémisphère sud. Les glaciers sont au sud, les déserts arides des tropiques au nord. Ca paraît tout bête mais en raisonnant ainsi pour chaque détail de l'univers, j'espère me démarquer des "classiques"... C'est moins instinctif pour le lecteur, mais au moins, c'est du vrai dépaysement. Enfin j'essaie.

Pour finir, si ce que tu reproches à la fantasy c'est le manque de "plongée" dans les sentiments des héros, lis "l'Assassin Royal", chef d'oeuvre et modèle du genre: l'histoire est très classique, mais le style est parfait (créditons l'exxxxxcellence de la traduction, c'est rare) et le lecteur est totalement immergé dans le personnage. Très sincèrement, lis le TdF et l'AR, et je crois que tu verras réellement la fantasy sous un nouveau jour...

Merci pour les commentaires en tout cas, ça me donne bien envie de continuer si j'arrive à susciter une petite étincelle d'intérêt chez les allergiques du genre Laughing
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 18 Juil à 17:06

En même temps c'est vrai qu'on m'a rarement conseillé de lire de la fantasy et je chercherais tes bouquins vu ce que tu m'en dis.
Mais comment t'expliquer mon point de vue... hum
Déja un constat, tout ce qui ne colle pas à la réalité (hormis le fantastique à dose milimètrée) est un peu en marge des références littéraires. Alors beinsure on ne fonde pas son jugement sur les tendances des autres, mais tout de meme cela soulève déja des questions pour un esprit qui s'abreuve des connaissances et du réseau qui les unit. Ce style est, le plus souvent limité à une couche d'irreductibles fans de mythologie dont la culture littéraire reste à l'arrière plan, derrière un attachement presque symptomatiques au dépaysement. Dans ses plus pales copies il intéresse surtout les enfants dont la perception se fixe plus sur l'étrangeté du monde que sur la multitude des rapports humains, étant dans la période de formation de leur être sensible.
et c'est là qu'est la différence. On repproche à la littérature "traditionnelle" (s'il en est), dans notre monde bercé par la technologies et les intrigues politico-policières, de rester dans des cadres trop peu palpitants. C'est pourtant le terreau idéale au développement des problèmes les plus intimes de l'homme. Lorsqu'il est confronté à un dragon notre sujet humain se préoccupe peu de son manque de bonheur, et pourtant une mouche qui vole dans une pièce close peut paraître bien plus effrayante que toutes les chimères, à quiconque est dans la morosité la plus totale. Je crois qu'à notre vie se collent les symboles profond de la mythologie, ceux qui nous marquent, mais ils ne sont que symboles et leur articulation dans nôtre tête n'est pas aussi méthodique que celle d'un scénar de science fiction (elle est bien moins perceptible, même si elle ne s'annonce pas comme telle)(en ce sens j'admire les surréalistes qui conjuguent la science fiction au temps de la psychanalyse et de la réflexion).
je prendrais pour référence un film que j'ai étudié "ghost in the shell" (dont je parle souvent) pour montrer que malgré l'engouement que provoque chez moi l'habileté d'un scénario fouillé, teinté de questionnement philosophiques (finalement assez basique), et empreint de poésie, jamais cette apparente finesse ne pourra égaler la profondeur tortueuses de discussions futiles lorsqu'elle sont menées par des gènies tels beckett, ou dans un style diamètralement opposé, Socrate.
Pourquoi? voila ce qui nous vient à l'esprit, et ma perception me pousse à croire que c'est quelque part cette complexité initialement charmante, qui rend presque impossible l'approfondissement psychologique et devient finalement une barrière à l'exposition de sentiments 100 fois plus vaporeux, mais d'autant plus intimes.
Et comme d'habitude je déraille complètement pour envoyer la locomotive sous les océans, mais n'éllude pas mes propos je les crois sincères, et dénués d'aggressivité. Car je sais qu'a chaque fois qu'on écrit, on ne pense pas écrire le meilleure, si ce n'est dans un élan de prétention persque puéril.
A voire
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 18 Juil à 17:39

Je comprends bien ce que tu veux dire (applaudissements s'il vous plaît ! Laughing Laughing Laughing), et c'est précisément pour cela que je te conseille le Trône de Fer...

Tout de même; selon toi, étudier, disons, toutes les facettes d'une trahison ou d'un amour passionnel est plus intéressant dans un contexte que nous connaissons directement (même temps et même espace que celui où nous vivons) que dans un monde imaginaire créé pour cela. Pour moi, c'est pareil.

Ecrire une histoire de dragons et de princesses pour 1) dépayser et 2) illustrer, à la manière d'une fable, certaines valeurs que l'on souhaite transmettre, n'a guère d'intérêt à mes yeux. Enfin, si, ça en a, mais ça a été déjà fait tant de fois (en particulier au cinéma, l'art le plus vulgaire de nos jours) que je ne m'y intéresse plus.

Par contre, écrire une histoire dans un monde à la fois proche et éloigné du nôtre, où les dragons et les princesses ont leur place tout comme les sentiments "classiques", mais où l'objectif principal est de faire rêver, là j'adhère. Attention, "rêver", c'est bien plus que de susciter des "ah si seulement j'avais un dragon sur mon balcon" ou des "c'est une garce cette princesse, j'espère qu'elle va se faire trucider"... C'est tout simplement exciter l'imaginaire du lecteur.

Comme tu l'as très bien dit, un des dangers de la fantasy est de trop détailler l'univers. Quand je lis un roman de fantasy, j'écris une histoire, mon histoire, dans ma tête, au gré de mes nuits et de mes rêvasseries diurnes; ce qu'écrit l'auteur est un prétexte, un ferment sur lequel je m'appuie pour m'évader. Pour inventer une suite, oui, mais aussi pour dénouer les fils des énigmes ou même enrichir le passé de cet univers... Bref, je participe.

Alors oui, ce processus est présent dans tous les livres, mais la fantasy est le terrain le plus propice au déferlement d'imagination chez tout type de public... En se plaçant dans un monde différent du nôtre (même très légèrement ! les meilleurs univers de fantasy ne sont pas ceux où la magie et le surnaturel pullulent, au contraire), nous nous affranchissons totalement des limites que notre histoire nous a fixée: nous faisons ce que nous voulons. C'est peut-être moins exigeant pour l'auteur (encore que), mais le lecteur est totalement libre de se balader là où il le souhaite. Et moi, quand j'écris, je ne le fais pas que pour travailler mon style, au contraire: je veux que mes quelques lecteurs soient intéressés, que mes histoires les enchantent et, si possible, leur donnent matière à rêver.

Après quelques chapitres de mon "roman", quelqu'un m'a dit "tiens, j'ai rêvé à Rhacca et Eirko cette nuit"... Tu peux pas imaginer comme ça m'a fait plaisir. Embarassed
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 18 Juil à 23:24

Tiens, on a le même but dans l'écriture, Lain. Faire rêver...

Mais euh c'est très bien Harry Potter! D'ailleurs je viens de finir le tome 6 et... Non vraiment pas? Mais alleeeeeez faites un effort quoi... Elle est gentille Jo Rowling...

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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Mar 19 Juil à 1:26

je pense pas qu'écrire serve à faire s'évader en tout cas. Rêver... beaucoup de chose font rêver, la musique dans un état de transe peut donner l'impression de faire un expérience onyrique presque palpable, les drogues aident pas mal à cela, autant qu'un sommeil tourmenté. Ecrire c'est être un pionnier des représentations. donc il est sure que leur donner l'allure de rêve, l'odeur du rêve, est trés intéressant. Mais il n'y a pas besoin de s'évader pour rêver, disons que pour continuer le débat, les cassettes vidéos d'arthure passioneront la ménagère de plus de 50 ans qui viendra de s'acheter un lot bradé au monoprix du quartier, elles la transporteront dans un univers tellement éloigné de son quotidien grisonnant comme les films des années 20. Mais celui qui aura fait le tour du monde se sentira berné par ces clins d'oeil touristiques. Alors admettons que les mers de l'écriture ont été parcourrues par beaucoup avant nous, qui voulons nous faire rêver avec nos reportages? et cette question ne contient pas d'arrogance, au contraire je me la pose sans cesse pour recentrer mon écriture, mais je crois que c'est avant tout moi que je veux faire rêver. Enfin soit, lorsque je rêve ce n'est pas de dragon, et un battement de sourcil peut m'électrocuter dans mes cauchemards orageux. Et je pense que c'est pareil pour tout le monde, où tellement différent que ça ne peut être résumé à cela. il est l'heure de dormir quand on a un rhum en été (comment ca s'écrit? rume, roiemdujcbekdolked?)
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Mar 19 Juil à 2:07

En fait le rêve est intimement lié à la création pour moi... Rêver, c'est imaginer un monde à soi, quelque chose de personnel et unique. Et c'est une valeur qui se perd tellement, faire l'effort de rêver, autrement que par les rêves pré-formatés par les majors qu'on nous fourni à foison... Eh! Attendez! Je commence à parler comme Skid!

*file en cure de désintox*

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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Mar 19 Juil à 11:49

ça va tous vous arriver Evil or Very Mad mouhahahahah
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Mar 19 Juil à 12:19

Skid: le problème, c'est que pour beaucoup, le quotidien est devenu une routine sombre et monotone sans guère de place pour le rêve. Et plutôt que de rêver à qqch qui serait proche d'eux (bien que différent), ils préfèrent laisser gambader leur imagination dans qqch d'irréel et non lié à leur propre histoire pour s'affranchir un peu du monde réel.

Tu peux dire que c'est puéril, irresponsable, etc; peu importe. Enormément de gens sont comme ça, et eux aussi ont le droit de rêver Wink

Petite remarque, au fait: "rêver", ce n'est pas forcément "rêvasser", "imaginer"... C'est surtout, pour moi, avoir envie de créer. Créer une histoire en l'imaginant, oui, mais aussi d'autres formes de création... Et puis faire réfléchir, permettre au lecteur de prendre du recul, tout ça. Bref, lui faire du bien.
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Jeu 28 Juil à 13:57

Je pense que vous avez eu le temps de lire les précédents chapitres, alors voici la suite !

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Des voix entamaient déjà l'ascension du grand escalier, et Eirko ne réalisa son erreur que trop tard, lorsque toute retraite lui fut coupée.

A mesure que les voix s'approchaient, ses yeux s'accoutumèrent à la pénombre. L'éclat de la lune presque pleine transperçait le feuillage d'un arbre imposant - ce côté du bâtiment était invisible de l'extérieur, il devait donc s'agir d'une cour privée. Enjamber la fenêtre pour sauter d'un étage lui offrirait un répit, mais comment sortirait-il de cette demeure si les gardes, mis au courant de la présence d'un intrus, resserraient l'étau autour de lui ?

Son regard quitta la fenêtre et parcourut la chambre. Spacieuse, dotée d'un mobilier imposant, elle avait dû servir récemment, à en croire le linge consciencieusement plié et empilé sur une commode. L'immense lit ne pouvait qu'appartenir à un couple; l'impressionnante épaisseur de couvertures était probablement là pour la décoration: impossible de ne pas mourir étouffé ou déshydraté après une nuit là-dessous.

- ... n'ira pas bien loin, Madame, je vous l'assure !
- Je sais bien qu'il ne ressortira pas, mais faites aussi en sorte qu'il ne casse rien, je ne...

Eirko avança précipitamment vers la fenêtre et vit qu'au moins trois gardes examinaient déjà la cour à la recherche de l'intrus. Il ne serait pas de taille à affronter tous ces adversaires...

Un bref scintillement sur sa gauche lui fit tourner la tête, et, à la faveur d'une brise légère, un rai de clair de lune le mit face à face avec des yeux qu'il crut d'abord félins.

- Sous le lit, lui ordonna une voix qui elle était bien humaine.

Paralysé par la surprise, il se figea, puis s'approcha de son interlocutrice en serrant fermement sa dague entre ses phalanges, blanches de crispation.

- Sortez cette dague de son fourreau et je hurle; si vous voulez vivre, passez sous le lit et accrochez-vous au cadre !

Et comme il semblait de nouveau frappé de stupeur, la voix ajouta:

- Maintenant !

Elle n'avait fait que chuchoter, mais son autorité tranchante eut raison de l'immobilisme d'Eirko. Avait-il réussi à rentrer ses pieds à temps lorsque la porte s'était ouverte ? La chambre fut soudain parfaitement éclairée, et l'agitation du couloir lui parvint plus nettement. Il remettait sa vie entre les mains de cette voix.

--------------------------------------------


Rhacca fronça les yeux en marmonnant, feignant le réveil soudain, même si elle doutait de pouvoir abuser quiconque connaissait la légèreté de son sommeil: le vacarme des gardes et domestiques aurait sorti un ours d'hibernation. Mais elle devait au moins jouer le jeu...

Manque de chance: ce n'était pas un garde qui venait d'entrer, mais bien sa mère. Sa voix que l'inquiétude rendait aigüe ne manqua pas de lui martyriser les tympans.

- Rhacca ! As-tu vu quelqu'un passer ici ? Tenter d'ouvrir la porte ? Ou même courir dans le couloir ?

Es-tu encore en vie, ma fille ? Vas-tu bien ? Dommage, encore une belle occasion de se racheter que Lacca Melbome manquait. Evidemment, sa collection d'aquarelles était d'une valeur inestimable, et...

- Rhacca ! Réponds-moi !

L'intéressée répondit par un grognement qu'elle jugea satisfaisant, se frotta les yeux avec un talent certain puis répondit, la voix parfaitement enrouée:

- De quoi parlez-vous, Mère ? Je n'ai rien remarqué, je dormais...

Lacca hésita un instant, puis fit le tour de la chambre, visiblement peu convaincue de la comédie jouée par sa fille. Au temps pour mes talents de saltimbanque, songea celle-ci en regardant sa mère jeter un regard prédateur par la fenêtre, vérifier l'intérieur de la garde-robe, ouvrir un à un les tiroirs de la commode - comme s'il pouvait se cacher là-dedans, ha ! - avant de les refermer avec un agacement certain - elle s'en veut d'avoir été si stupide devant moi à l'instant -; chaque placard eut droit à son inspection méticuleuse. Puis ce fut au tour du lit; non, l'intrus n'était pas dissimulé sous les couvertures, et si cette idée l'avait un tant soit peu inquiétée pour sa fille, elle n'en montra rien.

Elle acheva son parcours par deux coups de pied distraits sous le lit, fort peu grâcieux pour une dame, mais personne (d'important) ne l'avait vue, alors... Elle ne remarqua pas l'angoisse fugace dans le regard de sa fille à cet instant, et s'en fut en fermant brusquement la porte, sans un mot. Adieu, vieille peau.

Pas un son ne vint troubler le silence qui s'ensuivit; le vent même s'était tu. Pas un bruit, hormis les pas nerveux qui se firent de plus en plus rares. Les gardes finiraient bien par admettre d'avoir émis une fausse alerte, et encaisseraient stoïquement le sermon de la maîtresse de maison.

Lorsque tout danger lui sembla écarté, Rhacca reprit son chuchotement, comme si tout cela n'avait été qu'un bref interlude à sa discussion avec l'inconnu.

- Vous pouvez sortir.

Aucune réaction ne fit suite. Le gamin qu'elle avait entraperçu était-il de nouveau terrifié ? La chausse pointue de sa mère l'avait-elle blessé ? Avait-elle tout simplement rêvé tout ce qui venait de se produire ?

Fort heureusement, jugea-t-elle, l'inconnu finit par émerger de sous le lit et se tint, hésitant, face à elle. Sa main droite était de nouveau posée sur sa chère petite dague, et Rhacca supposait qu'elle n'avait pas dû s'en éloigner de beaucoup pendant tout ce temps.

Une idée lui vint.

- Savez-vous ce que vous me devez ? s'entendit-elle prononcer avant même d'avoir réfléchi aux conséquences du plan qui se dessinait dans son esprit.

--------------------------------------------


En d'autres circonstances, Eirko aurait dégainé sa dague et aurait tranché la gorge de l'étrangère en un éclair; elle menaçait de crier s'il faisait mine de lui faire du mal, mais c'était sans compter sur sa vivacité acquise à la dure lors de sa... précédente vie.

Il pouvait la tuer, donc, et tenter de s'enfuir; c'était risqué, compte-tenu de la vigilance nouvelle des gardes, mais il avait forcément une chance: s'il parvenait à ne jamais en affronter plus d'un à la fois, le destin lui sourierait peut-être.

Mais Eirko n'avait jusqu'ici lu, dans les yeux de ses semblables, que détresse, haine, indifférence, amour, joie, colère... Et ce qu'il avait aperçu dans le regard de cette femme l'avait dérouté plus qu'il n'aurait pu l'imaginer: tous ces sentiments y résidaient, entremêlés et pourtant distincts. Cette sensation étrange s'était accrue à l'écoute de la confrontation avec la mère de l'étrangère: Eirko n'imaginait pas que telle haine soit possible entre une mère et sa fille. Même sa fureur vengeresse envers les Donates lui semblait raisonnable et mesurée, comparée à ce jeu de massacre que devaient se livrer quotidiennement les deux femmes...

Il aurait tout le temps de la tuer plus tard: il devait d'abord résoudre l'énigme de cette jeune femme.

- La vie, je suppose.
- Exact, répondit-elle avec un sourire mi-malicieux mi-carnassier. Je vous propose un marché, mystérieux inconnu: je vous aide à sortir d'ici, et vous m'emmenez avec vous.
- Je peux m'enfuir seul, vous...
- Détrompez-vous, l'interrompit-elle comme l'on corrige un enfant. La paresse des gardes vous a permis de vous introduire ici, mais ils ne feront pas deux fois la même erreur.

Elle fit une pause, manifestement pour ajouter du poids à ses paroles, puis reprit en rivant son regard au sien.

- Il existe un moyen de s'échapper de cette demeure, et je ne vous le révèlerai que si je vous accompagne.
- Vous semblez mourir d'envie de partir d'ici; pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt ?

C'est seulement en formulant cette question qu'il prit conscience de ce qu'il n'avait pas su voir plus tôt: la femme autoritaire et décidée était en réalité une frêle jeune fille, sans doute plus jeune que lui, dont le corps excessivement maigre semblait plus fragile qu'une feuille de riz. Etait-elle malade, mourante peut-être ? A Bar, seuls les plus forts survivaient, et Eirko se demanda quelle société avait bien pu maintenir en vie un être que la mort appelait visiblement depuis longtemps.

- Par paresse, sans doute. N'est-ce pas ce que vous pensez ?
- Pas vraiment... Dans votre état je ne pense pas qu'il soit très raisonnable de sortir de votre lit.
- Tiens donc ! Peu importe si je crève en route; je veux juste voir le soleil se lever loin d'ici.

Ailleurs, loin de chez toi, tout au bout du chemin,
Le pain est toujours chaud, les épées dorment sans bruit,
Le printemps ne meurt pas et l'or pleut chaque nuit;
Ne quitteras-tu donc point ta maison, tes amis,
Tes illusions fanées pour cet eden sans fin ?


Eirko aurait voulu lui expliquer que le monde n'était pas meilleur ailleurs, comme on le lui avait appris à Bar: la misère et l'injustice sont universelles, va-t-en et tu te brûleras les ailes. Et pourtant, lui-même avait emprunté un chemin inconnu, et, si cette ville n'était pas un paradis, la vie y semblait bien plus douce qu'à Bar.

Mais surtout, il voyait bien qu'essayer de la raisonner serait aussi difficile que de dompter une bête enragée: en cela, ils étaient semblables, unis par une volonté farouche de vivre un jour de plus malgré l'adversité.

Il prit donc un air résigné, se préparant mentalement à l'abandonner à la première occasion venue: un poids mort ne ferait que ralentir sa route. Mais où irait-il, ensuite ? Il lui fallait quitter cette ville, sous peine d'être surpris au cours d'un prochain larcin - il n'aurait pas toujours cette chance qui venait de le sauver.

- Où comptez-vous aller, au juste ? demanda-t-il innocemment.
- Eh bien, si vous parvenez à m'amener jusqu'à Tysan, je vous en serai très reconnaissante, répondit-elle avec un sourire. Je devrais pouvoir utiliser les relations de ma mère pour vous récompenser dignement... Si l'or vous intéresse, bien sûr.
- Est-ce loin d'ici ?
- A pied, oui, mais si vous êtes parvenu à entrer dans cette demeure, vous ne devriez pas à avoir de mal à voler un cheval, hmm ?
- Vous savez monter ?... Moi pas.

Elle le dévisagea avec amusement, comme s'il venait de dire une énormité. Evidemment, elle ne pouvait pas se douter qu'à Bar, seuls les Donates étaient autorisés à posséder un cheval - privilège insignifiant puisque la topographie de la ville et du désert environnant rendait ces bêtes inutiles.

Rhacca - le nom employé par sa mère lui revint - prit finalement les choses en main et lui dicta les quelques affaires à emporter: une carte de la région, deux vêtements chauds, des bons au porteur (il dissimula une grimace en se disant qu'il n'aurait aucune chance de se faire passer pour "Mademoiselle Rhacca Melbome" s'il voulait les encaisser seul), et son foulard favori, soi-disant pour protéger son visage de la poussière.

Eirko l'aida ensuite à enfiler une fourrure par-dessus sa chemise de nuit - on dirait un ourson, emmitoufflée comme ça - et la prit sur son dos; ils sortirent discrètement et suivirent le chemin indiqué par Rhacca, faisant un crochet par les cuisines désertes pour rafler quelques lanières de viande séchée et du pain noir.

Les sous-sols de la demeure étaient plongés dans une obscurité quasi-totale, pas assez toutefois pour empêcher Rhacca de le guider, et Eirko se rappela d'avoir cru voir les yeux d'un félin lors de son premier regard. Tant bien que mal, ils aboutirent aux conduites d'eaux usées de la ville (selon Rhacca, bien sûr - Eirko n'avait jamais vu d'égoûts), et au bout d'une échelle, à l'air libre.

Si la jeune fille ne semblait peser qu'une plume, c'était une plume glissante, et la maintenir sur son dos pendant tout le trajet avait été plus laborieux qu'Eirko ne l'avait supposé. Il la déposa à terre, dans un coin d'ombre, et partit en quête d'une monture assez robuste pour eux deux; il ne lui vint pas à l'idée de ne pas revenir la chercher: elle connaissait la région mieux que lui, ne mangeait presque pas... Et une fois à cheval, elle n'entraverait plus ses mouvements.

Pourtant, lorsqu'il revint à elle avec une jument de race, elle parut étonnée de le revoir, et murmura un remerciement. Cette cité avait beau étaler son luxe et offrir un confort sans égal, il fallait croire que ses habitants étaient aussi lâches, cruels et corrompus que ceux de Bar...

Lorsqu'ils s'éloignèrent d'Ienon, Rhacca prit les rênes des mains d'Eirko, ferma les yeux et huma l'air frais de l'aube qui approchait.
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Dim 28 Aoû à 16:36

Pour vous faire patienter jusqu'à la rentrée (et pour m'excuser encore de ne pas bcp vous commenter en ce moment), un bref interlude avant le prochain chapitre... Très court, sera creusé plus tard, mais je le mets là pour vous ouvrir des portes imaginaires

PS: Skid va trouver que c'est trop "fantasy" à son goût je parie... Les prochains chapitres seront plus réalistes, t'inquiète !

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- Tu es un fou, Leshrac, d'ignorer ainsi les présages.

La pâle phosphorescence des vers luisants enchassés dans la lanterne grisâtre suffisait tout juste à projeter des ombres d'une noirceur absolue dans le caveau obscur. Celle du vieux et puissant Voyant écrasait toute la pièce et aurait pu faire passer l'ascétique silhouette de Lyswin pour celle d'un enfant, bien que la puissance de sa voix résonnât longuement sur la roche.

- Tu es un fou, te dis-je ! Les Puissants s'agitent fébrilement, s'apprêtent à s'entretuer de nouveau dans les contrées du Sud, les Centaures descendent des hauts plateaux où la chaleur est devenue insupportable même pour eux... La terre se réveille et soupire tout autour de nous ! Tu ne peux pas nier l'évidence !
- L'angoisse te ronge, Lyswin, et te fait proférer des paroles insensées, répondit calmement le vieillard. Je sais tout cela, depuis bien plus longtemps que toi.
- Mais alors pourquoi ne fais-tu rien ? Pourquoi notre peuple reste-t-il confiné dans les ténèbres ? Nous sommes peu nombreux, mais nous devons agir ! As-tu oublié les serments qui nous lient depuis les âges antiques ?

Leshrac ne répondit pas; le regard sévère que renvoyaient ses immenses pupilles noires parlait pour lui.

- Non, bien sûr, notre Voyant ne saurait oublier cela. Mais que fais-tu alors ? Crois-tu réellement que rassembler quelques demi-sang pourra changer quelque chose aux événements à venir ?
- Je le crois en effet; nous devons réunir nos forces, car comme tu l'as fait remarquer, nous sommes bien peu pour lutter contre le destin. Mais n'aie crainte, Lyswin: je sens comme toi l'odeur du danger, et nous serons prêts à nous battre si les dieux le veulent.

Implicitement congédiée, Lyswin quitta silencieusement la demeure du Voyant. Ses propos auraient dû la rassurer, mais ses talents prédicatoires ne lui offraient plus que de rares visions d'un avenir sombre et livré au chaos. Le coeur serré, elle maudit ses ancêtres: les enfants de Shelay'na retrouveraient-ils un jour leur glorieuse puissance ?
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Dim 11 Sep à 19:20

Bon, allez, j'ai fini un nouveau chapitre ajdh, alors pour que vous ne preniez pas trop de retard, je vous mets la suite... écrite le 3 avril tout de même.
J'attends vos commentaires

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Digne héritier des Titans qui, selon les légendes, avaient un jour peuplé la terre, Gregor Andil était aussi colossal que sa femme était fluette. Sa barbe touffue rendait son visage inexpressif, mais son énorme voix et ses yeux rieurs rassuraient les clients de passage: cet homme savait profiter de la vie, et ils ne manqueraient jamais de bière ou de râgout aux oignons à l'Elan Joyeux.

Tenancier de l'établissement depuis bientôt trente ans, Gregor ne dérogerait pas au principe qui avait fait son succès: les faiseurs d'embrouille n'étaient pas les bienvenus à l'Elan Joyeux. Cela incluait les bagarreurs (sa corpulence avait souvent servi d'argument dissuasif), les filles de joie (et, de fait, leurs clients), les ivrognes (dont sa chère femme repérait toujours l'odeur) et les mauvais payeurs. Ce n'était pas par droiture morale que Gregor avait érigé ces règles: sa fille unique avait grandi à l'étage, couru dans les cuisines et bavardé avec tous les clients réguliers; il exigeait donc que son terrain de jeu ne soit pas miné. Qu'elle fût partie épouser un ébéniste quatre ans plus tôt n'avait pas rendu Gregor Andil moins vigilant pour autant.

Il était cependant occupé à pendre une marmite plus lourde que lui à la crémaillère, dos tourné à la porte d'entrée, lorsque deux nouveaux clients firent leur apparition; ce fut donc Victoria qui les accueillit.

Si diamétralement opposée à son mari que fût son apparence, Victoria Andil-Barenton partageait son inflexibilité, sa cordialité et sa capacité à juger l'honnêteté d'un client en un coup d'oeil; elle ne put qu'être alertée par l'étrangeté des nouveaux arrivants.

Elle remarqua d'abord leur accoutrement invraisemblable: la femme portait une fourrure somptueuse sur une chemise de nuit sans âge; l'homme, un veston brodé trop grand pour lui, soulignant la dureté de son visage et l'extrême saleté de ses cheveux. Bandits au sortir d'une rapine fructueuse, songea-t-elle aussitôt.

Puis elle réalisa que la femme était d'une maigreur effroyable; ses immenses yeux verts semblaient perdus dans une forêt d'os. Elle bougeait avec une lenteur qui aurait pu passer pour de la grâce; mais non, sa blancheur, l'infinie lassitude courbant ses épaules... Elle était souffrante. Jeune fille prise en otage ?

Mais il l'avait portée jusqu'à une banquette, n'est-ce pas ? Victoria se tança de ne pas avoir prêté attention à ce détail: l'homme (fort jeune, lui aussi) prenait soin d'elle, l'aidant à ôter sa fourrure et à s'accouder à la table. Etaient-ils amants ? C'eût été un couple des plus étranges... Le garçon semblait taillé dans la pierre, avec un regard de tueur; difficile d'imaginer qu'il éprouvât un sentiment pour elle. Il a tout l'air d'un bandit, et elle d'une riche demoiselle rongée par un mal étrange; leur association semblait sortir des frontières du naturel.

Victoria ne pouvait pas se douter de la finesse de son intuition; elle jugea préférable de feindre l'indifférence et de les tenir discrètement à l'oeil. Elle s'avança vers la table où ils avaient pris place avec un sourire avenant.

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La tenancière leur souhaita aimablement la bienvenue, mais Eirko se doutait qu'elle ne faisait que masquer ses soupçons. Qu'importe, nous serons de bons clients bien sages, tu nous auras vite oubliés. Il commanda une part du ragoût dont le fumet embaumait la salle commune; si la marmite que venait de hisser le tenancier était pleine, il y avait là de quoi nourrir un régiment. Rhacca porta son choix sur des fruits de saison.

- Il fait sacrément chaud ici, ça va nous faire du bien... murmura-t-il lorsque l'aubergiste se fut éloignée.
- Je doute que cela suffise à décongeler mes orteils, mais oui, répondit Rhacca avec un sourire fataliste.
- Elle se doute sans doute de quelque chose, avec nos vêtements, tout ça... Je ne pense pas qu'elle prendra le risque de nous questionner, mais il faut être prudents.
- Hmm-hmm, répondit-elle simplement, comme s'il venait d'énoncer là une évidence: c'était le cas, après tout. Eirko avait toujours l'impression d'avoir une caravane de retard sur elle, ce qui aurait dû l'agacer au plus haut point... Mais jusqu'ici, il avait accueilli ce fait avec fatalisme: lui aussi devait lui sembler insupportable, avec ses manières de rustre et son absence de politesse.

Ils mangèrent en silence; tous deux étaient épuisés. Eirko se demandait pourquoi Rhacca ne lui avait posé aucune question sur son passé; lui faisait-il peur ? Il en doutait. Il supposa qu'elle se montrerait plus loquace après une bonne nuit de sommeil: après tout, si elle avait vécu cloîtrée dans la chambre où il l'avait rencontrée, les douze heures à cheval avaient dû être un vrai calvaire pour elle.

Une fois réchauffés et rassasiés, ils ne s'attardèrent pas dans la salle commune; les jambes d'Eirko les portèrent tous deux jusqu'à une petite chambre à l'étage, sous l'oeil inquisiteur de l'imposant maître de maison à qui son épouse avait certainement transmis ses craintes. Eirko fut soulagé lorsqu'en croisant celle-ci, Rhacca lui demanda de l'aide pour préparer un bain; il n'avait pas pensé à cet aspect du problème... Il déposa Rhacca sur le bord du lit, ne lui prêtant plus guère d'attention, et plongea sur le matelas sans enlever ses vêtements imprégnés de poussière et de sueur; il s'endormit aussitôt.

-----------------------------------------------------


Le soleil était déjà haut dans le ciel, la journée s'annonçant plus douce que la précédente, lorsque Rhacca ouvrit les yeux. Elle remarqua avec une grimace qu'Eirko n'était plus à ses côtés, mais elle fut rassurée de voir son veston posé sur le dos d'une chaise: le vent était frais, il n'aurait pas repris la route sans un vêtement chaud. Ce raisonnement sensé n'était pas compatible avec un coup de tête comme Rhacca se doutait qu'il en avait, mais... Allons, inutile de s'inquiéter.

Elle fut définitivement rassurée lorsque la porte s'ouvrit et qu'il apparut vêtu d'une chemise blanche qu'elle ne lui connaissait pas.

- Ah, tu es réveillée..., commença-t-il en grimaçant comme à chaque fois qu'il disait une banalité. Bonjour. Je ne sais pas ce que tu as fait à la femme de l'aubergiste, mais elle ne me regarde plus de travers... Je dirais même qu'elle nous a à la bonne !

Il ajusta le col de sa nouvelle chemise pour donner corps à ses propos.

- Oh, tu sais, ce n'est pas bien difficile pour moi d'attendrir les gens... Même toi je t'ai eu !, plaisanta-t-elle en bâillant, avant d'ajouter: tu as l'air en forme.
- Ouais. Euh... Désolé pour hier soir, je t'ai un peu laissée en rade, je me suis endormi avant de réaliser...
- Mais non ! C'était parfait, tu ne pouvais pas mieux faire. Victoria n'a pas eu d'autre choix que de m'aider, par respect du client, sinon par solidarité féminine. Et j'ai profité de ton petit numéro d'amant irresponsable pour me faire une nouvelle amie. Non, vraiment, tu as été superbe !

Les années d'entraînement face à sa mère avaient rendu son numéro de "cynique insouciante" proche de la perfection, et Eirko tirait une mine affreuse; sa mâchoire menaçait de rejoindre le bouton non fermé en bas de sa chemise.

- Tu... Numéro de quoi ??
- Réfléchis deux secondes. Personne ne croirait jamais que nous sommes frères et soeurs, ou alors avec pères et mères différents, si tu vois ce que je veux dire. Tu ressembles à un truand, et moi à une fille à papa loin de chez elle: la meilleure explication, c'est encore l'escapade romantique. Si tu trouves un meilleur alibi d'ici la prochaine auberge, je te laisse volontiers te débrouiller.

Après un temps de réflexion juste assez long à son goût, Eirko baissa les épaules, dépité.

- Je suppose que cela signifie que, pour avoir l'air crédible, je dois t'amener ton déjeuner sans plus attendre ?

Elle le gratifia d'un sourire éclatant et un peu moqueur; il soupira, fit demi-tour, et Rhacca l'entendit descendre le petit escalier menant aux cuisines. Il en revint avec une énorme miche de pain, un pot de confiture de prunes à peine entamé et une épaisse tranche de jambon fumé.

- Hmmm tu crois que je vais manger tout ça ? Ou c'était juste histoire de dépenser nos dernières pièces ?

Il lui tendit un morceau de jambon et savoura le sien avant de répondre laconiquement:

- J'ai faim.
- Il y a du monde, en bas ?... Victoria t'a parlé ? Tu lui as dit qu'on partait quand ?
- Tu peux pas attendre que j'aie avalé, non ? Bon. Moins qu'hier, juste un bonjour, et je n'ai rien dit à ce sujet.
- Mes bons au porteur ne seront utiles qu'une fois arrivés à Tysan... Où va-t-on trouver de l'argent ? Il nous reste encore au moins 3 jours de trajet...

Il lui offrit une nouvelle tartine qu'elle prit le temps de picorer tandis qu'il engloutissait le restant du petit déjeuner.

- Tu t'empiffres toujours comme ça ? Mais comment tu fais ?
- Non, répondit-il avec nostalgie. C'est la deuxième fois de ma vie que je mange vraiment à ma faim... La première, c'était hier soir, et j'étais sur les rotules, je n'en ai pas vraiment profité. Alors voilà. Pour répondre à ta question, je suppose qu'il va falloir travailler... Ici, peut-être pas, ça ne collerait pas avec l'histoire que tu as racontée à la... à Victoria. Ils auront peut-être besoin d'un laquais bas de gamme à la prochaine auberge...
- Tu plaisantes ? Ecoute, je ne sais pas ce que tu fabriquais avant de débarquer chez moi en pleine nuit, mais si on s'est associés, c'est pour échapper tous les deux à notre destin: toi, la servitude, le banditisme ou je ne sais quoi, et moi l'enfermement et la déchéance ! Donc pas question d'être à la botte de qui que ce soit ! Compris ?

Ce n'était pas dans ses habitudes de hausser le ton, Eirko l'avait bien senti; il fit signe qu'il avait compris. Rhacca espérait que ce n'était pas qu'un acte diplomatique, et que ses mots avaient porté.

- On n'est pas allés jusqu'au bout de la salle, hier, mais ils ont un piano près du jardin intérieur, non ?, se souvint-elle soudain.
- J'ai entendu des clients en parler tout à l'heure, ils disaient qu'il n'était pas accordé... Enfin, ce n'est pas un piano, mais une, euh... harpe à six cordes ?

Rhacca ne surjoua pas son air ébahi puis se plia littéralement de rire; lorsqu'elle eut retrouvé son souffle, elle glissa:

- Une harpe à six cordes ? Une harpsichorde, pauvre idiot ! Un clavecin, quoi !

Eirko n'avait jamais vu de clavecin de sa vie (ni de harpe, d'ailleurs), mais il se joignit au fou rire communicatif de Rhacca.

- Eh bien, il y a peut-être quelque chose à faire avec ça, reprit-elle lorsqu'elle se fut calmée. J'ai étudié le piano, il y a quelques années... Avant que ma chère mère ne juge cela parfaitement inutile pour une mauviette comme moi. Bref... Le clavecin, ce n'est pas très différent, non ? Tu sais chanter ?

Le regard d'Eirko s'éclaira d'une lueur inédite; elle crut sentir ses souvenirs d'enfance défiler devant ses yeux.

- Ca se pourrait..., répondit-il en souriant.
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 12 Sep à 2:07

Salut, salut

j'ai lu ta fic d'une traite et ça change vraiment.
Pour une fois qu'un roman de fantasy ne se base sur le décor comme la rappellé Skid, mais sur les personnages, qui deviennent de plus en plus attachant, en passant
Et puis contrairement aux habituels romans de fantasy ou le héro est un personage hors du commun (tel qu'Eragon) ici ils sont, comment dire, "insignifiant" par rapport à leur entourage et à l'histoire de leur monde, enfin pour le moment...

Je ne sais pas si vous ma suivez là

Bon, tout ça pour dire que j'ai hâte de lire la suite
Vala, vala...
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 12 Sep à 11:46

Ouah merci Je pense poster la suite d'ici 2 semaines pour que tout le monde (enfin, ceux que ça intéresse) puisse aller à son rythme, mais si tu es pressée, tu peux prendre de l'avance: http://www.matthy.org/blog/

Merci encore, ça fait très plaisir
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Dim 18 Sep à 4:19

Sympa merci

Mais [je vais paraitre un peu nouille, baah, puisque je le suis vraiment c'est pas grave... bon passont] je disais donc
Ah oui !! Tu l'a mise sous quel titre, parce que je vois toutes celles que t'a posté sur la NGA et pis d'autre mais je n'ai pas trouver celle-ci, ma petite sans "Sans-titre", bon faut dire je n'ai vraiment cherché
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 19 Sep à 14:52

Je vais t'aider... La liste des chapitres du "roman sans titre":
01 - http://matthy.dyndns.org/blog/index.php?/archives/7-Plume-vole.html#extended (intro sur Loni)
02 - http://matthy.dyndns.org/blog/index.php?/archives/11-Le-samedi-au-plume-art....html#extended (intro sur Rhacca et Eirko)
03 - http://matthy.dyndns.org/blog/index.php?/archives/12-Le-desert-est-servi-!.html#extended (le lien déconne, copie/colle le dans ta barre d'adresse) (Eirko dans le désert)
04 - http://matthy.dyndns.org/blog/index.php?/archives/13-Coeur-pluvieux.html#extended (Rhacca et ses petites misères domestiques)
05 - http://matthy.dyndns.org/blog/index.php?/archives/17-Pique-a-sot.html#extended (Rhacca chez elle, Eirko à Ienon)
06 - http://matthy.dyndns.org/blog/index.php?/archives/18-Shikata-ga-nai.html#extended (rencontre nocturne)
07 - http://matthy.dyndns.org/blog/index.php?/archives/27-Rhaccaille.html#extended (arrivée à l'auberge)
08 - http://matthy.dyndns.org/blog/index.php?/archives/29-Muse,-le-retour.html#extended (première partie à caler entre le 6 et le 7; suite de l'auberge)
09 - http://matthy.dyndns.org/blog/index.php?/archives/31-Harangue-fumee.html#extended (Loni et les joies de la politique)
10 - http://matthy.dyndns.org/blog/index.php?/archives/34-Songe-dune-nuit-dete.html#extended (mélodie en sous-sol pour Rhacca)

Et le 11, centré sur Loni, est en préparation... Bonne lecture
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Dim 2 Oct à 16:52

La suiiiiite... clown (assez brève vu que vous avez déjà eu le bout sur Lyswin et Leshrac)
Si les grands pros de la poésie qui pullulent par ici ont envie de disséquer et de malmener mes qq vers, ce sera bien volontiers, je compte m'attaquer à un autre essai versifié dans les jours (heures ?) à venir... Petite précision qd même: c pensé comme une chanson, donc je me suis permis de considérer quelques "e" comme silencieux ou qq liaisons comme éludées... Ben voui chuis pas un pro moi hein :p

----------------------------------------------------------------


Murmurant dans l'ambiance feutrée de la salle commune en cette fin de matinée, les deux jeunes fuyards s'installèrent au fond de la pièce; le clavecin sommeillait à quelques mètres de la véranda ensoleillée. Quelques minutes plus tard, les premières notes d'une vieille ballade Tysannaise s'écoulèrent lentement.

J'ai frappé à la porte de la mer
J'ai marché sur un rail de lumière
Si mes pieds n'ont pas quitté la terre
Mon coeur s'est coloré de bleu-vert

J'ai glissé sur l'écume déferlante
Ouvert mes ailes à la brise hurlante
Tandis que les sirènes indolentes
M'accompagnaient au fond, fées galantes

J'ai connu cet univers intime
L'énergie foisonnante des coraux
La quiétude fourmillante des abîmes
Et les myriades charriées par les flots

Les opales de ce monde lumineux
Emportèrent regrets et vagues-à-l'âme
Apaisant mes souvenirs anxieux
Au goût du sel, au fracas des lames

J'ai frappé à la porte de la mer
J'ai marché sur un rail de lumière
Si mon corps me retient à la terre
Mon coeur est aussi léger que l'air


Eirko n'avait jamais vu la mer, mais la mélodie lancinante autrefois interprétée par sa tante l'avait fasciné, et il s'efforçait aujourd'hui de transmettre cette émotion au travers de sa propre voix; les notes cristallines et fragiles jouées par Rhacca vibraient elles aussi de mélancolie.

La ballade s'acheva avec quelques brefs applaudissements peu enthousiastes, mais ils avaient réussi à attirer l'attention, et lorsque le vieux clavecin retentit des premiers accords de la Geste de Mondego, Eirko devina que cette fois, il ne serait pas le seul à chanter.

Composée en des temps immémoriaux, cette épopée musicale (qui, lorsqu'elle était jouée dans son intégralité, durait près d'une heure) relatait les aventures de Mondego, né domestique et devenu Roi de toutes les contrées connues après avoir vaincu quantité de dragons et de sorciers de légende. Polie et vernie par les âges, l'histoire était devenue tradition, et qu'elle eût été ou non fondée sur un semblant de vérité n'avait plus la moindre importance: Mondego était un idéal, un héros porteur d'espoir, et son évocation ne manquait jamais de réchauffer les coeurs.

Les clients de l'auberge s'étaient donc attroupés auprès des musiciens, et jouissaient de cet instant de détente avant de déjeuner et de reprendre la route; le son métallique du clavecin ajoutait une touche solennelle à la Geste, et Eirko se concentrait de toutes ses forces pour se souvenir des paroles et des intonations nécessaires.

Il ne vit donc pas émerger du public un homme sans âge, vêtu d'une longue bure de cuir, dont seul un rictus canin et d'épais cheveux blonds ornaient le visage; de sa poche sortit une longue dague effilée. Rhacca hurla, et Eirko leva les yeux juste à temps pour reconnaître l'un des Donates qui avaient torturé son père. Il tenta de se protéger avec ses bras, mais le Donate fut plus rapide, et la dague s'enfonça dans son ventre jusqu'à la garde.

L'homme fut certainement maîtrisé par les clients de l'Elan Joyeux; Victoria et Gregor se lamentèrent sans doute longtemps sur cette bien triste journée; Eirko fut probablement enterré quelque part aux alentours. Un chiffon humide recouvrit la bouche de Rhacca, et elle ne cessa de hurler que pour sombrer dans les ténèbres.
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