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 Sans titre pour le moment :-)

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lyra
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Dim 2 Oct à 21:07

J'attendais que tu mettes la suite pour te poser cette question...
Mais yeux me jouent t'ils des tours lorsque je lis :" Eirko fut probablement enterré quelque part aux alentours" ?
Il n'est pas mort ! quand même ! Tu n'a pas fait ça...
A moins qu'il revienne sous une autre forme spectrale... , non je délire...
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Lain
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 3 Oct à 10:14

Gnééééhéhé Evil or Very Mad

(mais non ce n'est pas une énorme ficelle de scénario pour tenir les lecteurs en haleine et les contraindre à lire la suite, mais nooon )

Réponse dans quelques semaines, si je parviens à tenir le rythme
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lyra
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Sam 8 Oct à 17:34

Mais oui je te crois...
Bon, je n'ai plus qu'a me replonger dans les 2 derniers chapitres que ta mis en lien...
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Tickle
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Dim 9 Oct à 20:22

Ahhhh! Moi qui avait toujours rêvé de lire un roman ou le héros mourrait en plein milieu et où l'histoire se décalerait sur un autre personnage....Je dois dire que je suis assez triste qu'il disparaisse en fait, ce petit Eirko. Je m'y étais attachée aussi....

Dis, il est pas mort en vrai?
Allez, dis moi pas que c'est pas vrai!


Tickle, surprise
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Skid
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 10 Oct à 17:53

attention il y a plein de fotes ;p



A vrai dire j'aime assez lire ta nouvelle (à intervale régulière tt de même) bien qu'elle soit fantastique. Car c'est vrai qu'on y voit se développer autre chose que la simple narration de faits extraordinnaire (à ce sujet la lecture du seigneur don quichote de la manche est des plus efficiente). Et la mort du héros fait biensure son effet (il va utiliser une vie de plus?).
Pourtant je me permets de faire la seule chose qui compte, critiquer.
Il y a beaucoup de pistes:
-les chansons ou les poèmes: bonne idée. la plupart du temps ils représentent bien le sentiment que tu veux faire passer à tel moment du texte. Mais elles perdent de leur crédibilité dans un contexte ou l'on imagine une socièté primitive, ou apparentée médiéval. ce que je te reprocherais donc, c'est une façon de narrer qui est anachronique ( et pour radoter c'est ce que je reproche à tout le fantasy. l'anachronysme, non maîtrisé, non voulu. et pour cela je conseille encore une fois de lire les incroyables aventures de don quichotte)
-Les dialogues aussi sont positifs et plutôt bien écrit. On ressent qu'ils proviennent tous de la même personne dans la fusion immédiate qui s'opère entre les deux protagonistes, un peu trop artificielle... trop romantique. Et encore une fois je dis cela par rapport au contexte. Cette liberté de discours ne me semble pas être de mise à une telle époque, et cela ressemble encore trop à un compromis fait pour être plus facilement compris. Pourtant tout cela est dit dans un style trés correcte -hormis selon moi le dialogue dans la chambre qui devient presque familier...
tu me diras que c'est un choix. Sure?
- les interlude Multidimensionnelles qui ne sont évidemment pas de mon goût ;p comme tu l'as remarquée. Tu tentes de nous les cacher ces profètes, surement par honte d'utiliser un procèdé narratif aussi simple. Moi je vois ces hypothétiques omniscients soit en tenue de clown dans un asile, soit déja assassinés par des ignorants assoifé. La vérité c'est la libération de l'autre. Et qui veux que les autres soient libres... bref
je m'arrete la j'ai cours je continuerais avec la suite que j'attends que tu nous envoie, comme un GROS MANCHE..
^^
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Lain
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Mar 11 Oct à 12:19



Tickle, tout d'abord: vous l'avez rêvé, Lain l'a fait non sérieusement, hem... vous verrez bien Evil or Very Mad Réponse aux alentours du chapitre 14 ou 15 si tout se déroule comme prévu.

Skid... Merci pour les critiques, j'en ai bien besoin Smile Les compliments font tjs très plaisir mais les suggestions c'est encore mieux.

Juste une remarque sur "la mort du héros": je fais de mon mieux pour qu'il n'y ait pas de héros dans mon histoire... Des points de vue, des êtres à la croisée des chemins du Destin, mais pas de héros :p Enfin c'est un de mes objectifs.

Chansons & anachronismes: en fait, je crois que le souci vient du fait que tu imagines une société primitive, médiévale au sens courant du terme: obscurantiste, sale, immobile, etc. Il y a qq années j'ai lu pas mal d'articles sur le Moyen-Age qui m'ont remis les idées en place... Tout comme ce sont les vainqueurs d'une guerre qui écrivent l'Histoire à leur guise, je crois que les "penseurs" de la Renaissance ont voulu afficher leur mépris des siècles passés et leur opinion est restée vivace.

Bref, je n'imagine pas du tout ce monde imaginaire comme "primitif"... La science ne semble pas avoir "décollé", mais peut-être y a-t-il des raisons pour cela ? En tout cas la politique ou les moeurs ne sont pas franchement médiévales, mis à part dans le continent sud (Grive/Brisle) où la rigueur du climat et la forte présence cléricale font bien penser à un XIV/XVè siècle en France.
Mais plus près de l'Equateur, dans les Cités Libres ou ailleurs (vous n'avez pas tout vu ), le mode de vie est très différent... Vous verrez bien Smile

Je n'aurais pas fait discuter Loni comme Rhacca et Eirko... Même celui-ci, élevé dans l'oppression, n'est pas particulièrement "coincé" comme on le serait dans le sud. Bon, c'est ma façon de voir les choses, mais je n'ai peut-être pas réussi à suffisamment montrer l'écart culturel entre les localités... J'y prêterai plus attention ;-) Le hic bien sûr c'est que je ne dois pas me contenter d'un petit couplet d'historico-sociologie sinon je vais retomber dans les travers descriptifs de la fantasy

Dialogues: ok, ça devient un peu familier entre Rhacca et Eirko, c'est plus ou moins voulu (pas à outrance quand même), pour faire passer l'alchimie entre deux âmes solitaires et surtout faire ressentir violemment la cassure qui s'ensuit... Si je passais mes journées à écrire, j'aurais pris bien davantage de temps pour les faire s'attacher l'un à l'autre, j'aurais insisté sur leur réticence à se faire confiance, etc... Mais là c'est clairement le manque de temps (et l'envie d'avancer dans l'histoire pour ne pas lasser les rares lecteurs) qui m'a poussé à "abréger".

Interlude multidimensionnel: euh, tu parles de Lyswin et Leshrac ? Ha mince, j'ai mal dû goupiller un truc, parce que c'est pas du tout ce que tu crois Smile Enfin, j'ai juste voulu que ce soit mystérieux, un petit flash sur des personnages qui interviennent peu après dans l'histoire... C'est d'ailleurs un procédé que j'aimerais répéter: faire entrevoir l'avenir de façon ponctuelle, faire intervenir des personnages juste avant leur irruption dans le scénario...
Bref, j'ai dû être trop emphatique sur la description, car ce ne sont pas du tout des demi-dieux clown ou ce genre de choses. Tu vas t'en rendre compte très bientôt: le prochain chapitre est sur Eirko, et le suivant sur eux.

Enfin voilà quoi, y'a qq trucs que je n'ai pas réussi à faire passer, mais on peut partiellement attribuer cet échec à mon désir de faire planer le mystère et à ne pas tout expliquer et pré-mâcher. Je vais quand même réfléchir à une façon de faire ressortir ces fameuses disparités culturelles pour bien s'affranchir du médiéval "typique" dans les régions concernées.

Merci
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Lain
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Mar 1 Nov à 19:05

Allez, histoire d'égayer un peu cette Toussaint, je vous mets la suite (ch 9)...
Où l'on retrouve avec un plaisir non feint Loni, dans les sombres et glaciales contrées du Sud Very Happy

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Il semblait à Loni qu'il avait passé la dernière lunaison à cheval, ne mettant pied à terre que pour changer de monture. Il connaissait désormais le sentier entre Grive et le Relais mieux que le couloir entre sa petite chambre et le réfectoire silencieux; et même s'il avait su manier les chiffres comme certains acolytes érudits, il aurait fini par abandonner tout décompte de ses allées et venues.

Bien sûr, il s'arrêtait parfois pour dormir, s'effondrant sur le premier lit venu tandis que le message qu'il venait de porter était analysé par son destinataire; mais la réponse venait toujours trop vite, et Loni était arraché à son sommeil et remis en selle, inlassablement.

Cette fois encore, les gardes le laissèrent franchir la porte ouest de la ville sans le ralentir; il se rua dans le château, et bénit l'Aïeule Avisée en trouvant le Ministre Jorem dans le grand hall: il n'aurait pas à gravir d'escaliers, cette fois. Jorem lut attentivement la missive; Loni s'apprêtait à se rendre aux cuisines pour y grapiller quelques fruits en patientant la réponse du Seigneur Granz, mais le Ministre le prit de court.

- Tu peux aller te reposer un peu, mon garçon - tu as mauvaise mine.
- Ce n'est rien, votre Honneur, bafouilla Loni en se demandant quelle attitude adopter. Ma fatigue a bien peu de valeur, comparée à l'urgence des messages du Seigneur Granz... Je suis à sa disposition.

Jorem sembla amusé, peut-être attendri par cet humble dévouement.

- Je ne doute pas de ta loyauté, mon jeune ami... Mais notre Sire ne répondra sans doute pas à ce courrier avant ce soir; tu as donc quelques heures devant toi.
- Est-il... souffrant ?, s'enquit Loni en se maudissant aussitôt pour cette indiscrétion coupable.
- Ho ! Non, non, pour un homme de son âge, le Seigneur Granz se porte admirablement bien, n'aie crainte. N'as-tu pas entendu les annonces faites en ville ? Il prononcera un discours au peuple une heure avant le coucher du soleil... Notre Seigneur est un orateur hors pair, et nul doute qu'il saura une nouvelle fois transcender les foules.
- Un... Un discours ? Mais pourquoi ?
- Eh bien, je crois que le plus simple serait que tu y assistes ! Va donc te restaurer, et rejoins-nous dans la cour publique du château. Et prends donc un bain, mon garçon - on croirait que tu t'es battu avec un ours.

--------------------------------------------


Incapable de se résoudre à s'allonger après s'être lavé, Loni se mêla à la foule attroupée dans la deuxième enceinte du château de Grive. Celle-ci était de construction récente: à l'origine, le château se résumait au donjon et aux tours de l'enceinte intérieure, mais après la fin de la guerre avec Brisle, les nombreux paysans venus se réfugier ici n'étaient pas repartis, et l'agglomération de taudis s'était muée en ville. Pour que le château soit en mesure d'abriter toute la population en cas de nouveau conflit, le Seigneur Granz avait donc décidé d'ériger une seconde muraille, bien au-delà de la première.

Cette extension au château initial était vite devenue un lieu de vie pour les citadins des alentours, accueillant fêtes, cérémonies et foires de négoce; de nombreuses bâtisses étaient encore en chantier, et les pavés taillés de la grande cour publique n'étaient pas encore émoussés par des décennies d'usure.

La bannière du sire de Grive, arbre et bouclier blancs sur fond bleu cristal, flottait de chaque côté du balcon de ses appartements; chacun dans l'assistance y jetait de brefs regards pour s'assurer d'être parmi les premiers à voir apparaître le Seigneur Granz.

Loni laissait son regard courir parmi la foule dans l'espoir d'y retrouver des visages connus lorsque les murmures prirent de l'ampleur; le temps qu'il se retourne et lève les yeux vers le balcon, une clameur respectueuse accueillait le nouveau venu.

Granz accueillit patiemment les vivats puis leva les bras pour demander le silence; sa voix retentit dans toute la cour, forte et déterminée.

- Peuple de Grive ! Ensemble, nous avons fait renaître ce pays de ses cendres; ensemble, nous avons fait de cette région un lieu prospère et accueillant; ensemble, nous avons restauré la paix.

Loni se demanda distraitement s'ils avaient tous été conviés là pour célébrer les victoires passées; le changement subtil dans le ton du Seigneur Granz lui fit comprendre qu'il ne s'agissait que d'une manoeuvre rhétorique.

- Mais les Porteurs de Lumière n'ont pas fait jour sur cette terre pour en faire un paradis; nous sommes constamment mis à l'épreuve, et à la paix survient toujours la guerre.

L'inquiétude gagnait la foule comme une vague lente et puissante; Loni, qui n'avait jamais connu la guerre, avait plutôt des fourmis au bout des doigts. Granz leva de nouveau les bras pour demander le silence.

- J'ai récemment eu vent de faits étranges... Les oligarques au pouvoir à Brisle se sont entourés de sorciers, et certaines rumeurs leur donnent la responsabilité de l'agressivité croissante des baleines au large de Crombier; il semblerait aussi que les brigands, qui avaient presque disparu de nos routes, soient de retour, et que leur réapparition coïncide avec des rentrées d'argent exceptionnelles dans les coffres du gouvernement brislien...

Il en fallait visiblement bien peu pour réveiller les vieilles rancoeurs: insultes et quolibets fusaient déjà de toutes parts. Peu au fait des affaires politiques, Loni s'interrogea sur les motivations du Seigneur Granz: était-il réellement honnête et sincère ? Ou enrageait-il sciemment son peuple pour lui faire accepter docilement un conflit après tant d'années de paix ?

- A tout cela s'ajoutent d'autres informations que je dois à regret garder secrètes. J'ai tenté de contacter les oligarques de Brisle, et n'ai reçu aucune réponse. Il semble évident que ces provocations cachent quelque secrète motivation.

Il marqua une pause, le temps de laisser la foule huer et maudire l'ancien ennemi brislien, avant de reprendre; Loni était plus que jamais conscient de l'adresse rhétorique de Granz.

- Mes amis... Vous connaissez mon goût de la paix, de la justice et de la prospérité; vous savez combien je prise la quiétude des travaux des champs, le bruissement pétillant d'une cité dynamique, le calme rugissant de la haute mer... J'abhorre la guerre pour ce qu'elle nous éloigne des plaisirs simples et nous plonge dans le chaos et la bestialité; j'aimerais ne jamais plus voir mon peuple saigner et souffrir en combattant d'autres hommes.
Mais l'heure est grave, peuple de Grive ! Les brisliens tissent une toile mortelle autour de nous, autour de vous, et fomentent notre perte; nous devons contrecarrer leurs sombres desseins, nous devons faire valoir notre dignité et l'honneur de Grive, nous devons avancer tête haute et affronter notre destin, nous devons prendre les armes et défendre notre terre et notre histoire !

Surchauffée, manipulée, la foule semblait prête à se munir de piques et de fourches sans attendre; une vieille xénophobie latente se conjuguait à un patriotisme tout fraîchement ravivé pour faire pulser leurs veines et transformer leurs sourires affables en rictus sanguinaires.

Non, non, je ne veux pas voir ça, je ne suis pas comme eux, ils sont fous, ils ne comprennent pas, ils ne sont que de vulgaires cartes dans un jeu de lims, ils vont mourir pour rien, je ne veux pas mourir pour rien, pensait confusément Loni en se frayant péniblement un chemin hors du troupeau humain; son coeur cognait fort contre sa poitrine, et la nausée l'envahissait à mesure que des visions terrifiantes défilaient dans sa tête: des armées hurlantes et dépenaillées se ruant l'une contre l'autre dans un silence absolu, une plaine immense jonchée de corps et de métal rouge, deux délégations de nobles richement vêtus signant au bas d'un parchemin avec un air dédaigneux pour les uns et fanfaron pour les autres, et enfin des hommes et femmes aux membres décharnés et au visage creusé par la douleur tentant de reconstruire une cabane au milieu des ruines...

Je ne participerai pas à tout cela - je n'y participerai plus, se corrigea-t-il avec remords. Mieux encore: je ne laisserai pas de telles choses se produire.

Après quelques instants de réflexion, Loni prit sa décision: il ne fuierait pas, et continuerait de porter des messages... L'occasion était trop belle d'apporter sa touche à la mascarade qui s'annonçait.
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Tickle
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Mer 2 Nov à 21:20

Ah ah! Ca va saigner!

Je suis bien contente d'avoir enfin la suite....est-ce que cette guerre sera l'occasion de réunir tous les personnages? Que va finalement faire Loni? ahhhh, que de suspens c'est intenable!!


Sinon, d'un point de vue du style...eh bien, on sent que ça se forge, que tu t'appropries le style particulier de l'histoire et ça commence à se démarquer d'un style un peu "classique". Donc bien!

Par contre, je me trompe peut-être mais je trouve que le discours de Granz est trop coupé par des commentaires narratifs.
Cinématographiquement, je traduirais ces coupures par des passages de la caméra sur la foule mais ici, ça coupe trop. Justement, toute la subtilité serait de faire comprendre ce que peuvent ressentir les villageois et Loni rien que par le discours... En fait, pour être précise, j'aurais supprimé les trois premières coupures...pour ne garder que la dernière
Citation :
Il marqua une pause, le temps de laisser la foule huer et maudire l'ancien ennemi brislien, avant de reprendre; Loni était plus que jamais conscient de l'adresse rhétorique de Granz

Et encore...
Ca reste de toutes façons un avis personnel!

Bonne continuation et merci pour cette belle histoire

Tickle
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Lain
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Jeu 3 Nov à 17:20

Ouhlàlà si le suspense est intenable alors qu'on n'en en qu'au tout début de l'histoire (j'espère ), ça va faire mal Twisted Evil Twisted Evil Twisted Evil

Le style évolue, oui c'est sûr, j'essaie de bien séparer chaque point de vue et d'écrire vraiment différemment... ce n'est pas facile, mais avec le temps ça viendra, je pense.

Les coupures narratives dans le discours, c'est vrai que c'est lourd... En fait je voulais donner l'impression que Loni écoute d'une oreille en réfléchissant à ce qu'il entend mais aussi en observant autour de lui. Ce n'est pas vraiment un auditeur attentif, au début, mais il réalise petit à petit ce qui se passe.
Je n'ai pas trouvé de moyen plus "propre" de traduire ce que tu prends à juste titre pour des plans sur la foule avec la voix de Granz derrière... Si je ne dis rien, je trouve qu'on ne peut pas sentir la différence entre les griviens subjugués et Loni soupçonneux. Donc, ça fait lourd, pas très subtil, tout à fait d'accord... Confused

Un immense merci pour ton commentaire Mr.Red J'espère que la suite te plaira au moins autant Wink
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Lain
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Mar 13 Déc à 18:42

Houlà, six semaines déjà ? Vite vite la suite... Et pour ceux qui suivent sur mon blog, svp donnez votre avis sur les nouveaux points de vue, c'est important ! Merci !

-----------------------------------------------------------------


Dans son rêve, le ciel était rouge et la terre couverte de cendres. Des êtres à la peau de nacre émergeaient du sol, les yeux vides et les mains tendues vers le ciel, tandis que des nuées plus sombres que la nuit se mouvaient indistinctement au-dessus d'eux. Un son grave, à la limite de l'audible, faisait vibrer l'air tel un cor surpuissant; là où aurait dû apparaître le soleil, un immense ange gris pleurait, les ailes clouées sur l'enveloppe céleste, psalmodiant dans une langue antique le retour annoncé du Roi des rois.

Les ténèbres sanglantes finirent par s'estomper. Une voûte de roche grisâtre sembla un horizon plus tangible lorsque Rhacca ouvrit les yeux; quelques instants plus tard, la mémoire lui revint. La glace au coeur, elle s'efforça de pleurer en silence et d'occuper son esprit à l'identification de ses ravisseurs: ils en voulaient probablement à ses bons au porteur; comment se sortir de ce guêpier ? Plus personne ne viendrait la sauver, cette fois...

Lorsqu'un mince visage féminin à la pâleur cadavérique se pencha sur elle, Rhacca songea d'abord qu'elle n'était finalement pas sortie de son rêve.

- Vous êtes réveillée... Bien. Pouvez-vous manger ?

L'esprit encore tourmenté, la jeune fille mit un temps à comprendre la question, puis hocha positivement la tête. Elle n'ouvrit la bouche qu'après s'être rassasiée de pain aux noix et d'eau claire.

- Qui êtes-vous, et pourquoi m'avez-vous enlevée ?
- Lyswin; pour le reste, ce n'est pas à moi de vous répondre, répondit l'étrange femme aux joues creuses et aux mains osseuses. Notre Voyant vous parlera dès que vous serez en mesure de quitter votre chambre.
- Je... J'aurai besoin d'aide pour me... déplacer. Je suis malade.

Lyswin fit une moue dédaigneuse que Rhacca prit d'abord comme un reproche personnel.

- Oui, évidemment... Vous avez passé bien trop de temps parmi eux.

L'étrange femme se retint d'en dire plus, mais Rhacca eut l'impression que son mépris ne lui était pas adressé; elle reprochait visiblement à quelqu'un d'autre son état physique. Elle cligna des yeux, en espérant dissiper le brouillard de son esprit tout comme le mystère planant sur cette discussion.

- Tianu va s'occuper de votre rétablissement; je reviendrai plus tard. Dormez, maintenant.

Rétablissement ? Ce fantôme si distant et pourtant si familier semblait considérer sa faiblesse comme un mal passager. Etait-elle folle, ou connaissait-elle un remède à l'incurable ?... La fatigue et l'abattement l'écrasèrent soudain, comme si les derniers mots de Lyswin avaient été porteurs d'un enchantement; Rhacca s'abandonna de nouveau à un sommeil troublé.

--------------------------------------


La dénommée Tianu était encore moins loquace que sa collègue, et après que Rhacca eut posé quelques questions demeurées sans réponse, l'entrevue se déroula en silence. A peine moins austère que Lyswin, Tianu semblait toutefois plus jeune, et son ventre arrondi laissait présager d'un heureux événement.

Elle fit absorber à Rhacca une sorte de tisane excessivement amère que Rhacca s'étonna de supporter, et disposa des encensoirs à chaque coin de la chambre; la fumée qui en sortait était toutefois inodore. Fataliste, Rhacca se dit que si ses ravisseurs - hôtes ? - avaient voulu l'empoisonner, ils n'auraient pas attendu si longtemps. Elle ne savait pas combien de temps elle était restée endormie, mais quelque chose lui faisait penser que plusieurs jours s'étaient écoulés depuis le... la... Il va bien falloir que j'admette la vérité, tôt ou tard... Depuis que le seul ami que j'aie jamais eu s'est fait trucider sous mes yeux. Voilà.

Ami... Il était étrange de considérer comme ami quelqu'un qu'elle n'avait côtoyé qu'une journée; plus étrange encore de songer qu'elle l'avait perdu avant de l'avoir vraiment connu. Au début, elle s'était simplement accrochée à lui comme à l'unique lueur d'espoir entrevue depuis des années; mais il avait été honnête, direct, et elle avait fini par lui faire confiance: il ne l'aurait pas trahie. Il lui était impossible d'expliquer cette impression, mais elle était persuadée que leur amitié aurait pu, aurait dû survivre et les emmener tous deux loin de leur passé douloureux.

Elle survivra, quoi qu'il arrive. Rhacca refusait de replonger dans la solitude; elle ferait vivre Eirko, pour que son existence et sa mémoire ne s'évaporent pas - et tant pis si elle ignorait presque tout de lui. Il lui avait offert quelques heures de liberté et d'espérance; elle célèbrerait son souvenir pour lui garantir l'éternité.

Rhacca rêvait d'une silhouette immaculée, debout sur la rive d'un fleuve sans reflets, lorsque les pas de Lyswin qui venait d'entrer dans la chambre la réveillèrent. Un homme sans âge la suivait respectueusement.

- Bonjour... Notre Voyant souhaite s'entretenir avec vous. Acceptez-vous que nous vous conduisions à lui ?

Tant de politesse et de formalisme déconcertèrent Rhacca; elle se laissa soulever par l'homme anonyme qui, malgré sa petite taille, ne manquait visiblement pas de force physique. Elle comprit qu'ils étaient sous terre en constatant que les couloirs tortueux étaient en fait des galeries creusées à même la roche; le sol était rarement plat, et certaines pièces qu'elle entrevoyait dans la pénombre faisaient davantage penser à de petites cavernes qu'à des chambres.

Malgré cela, Rhacca réalisa que de nombreuses personnes vivaient ainsi, au coeur d'un réseau de galeries et de cavités dont elle n'avait probablement qu'une vague idée de la grandeur. Elle n'avait jamais eu connaissance d'une telle cité souterraine; les banquets mondains d'Ienon colportaient mille et un secrets, mais rien de tel n'était parvenu à ses oreilles...

La lumière ambiente faiblit encore à mesure qu'ils descendaient; Lyswin les précéda à l'entrée d'une pièce vaguement circulaire au centre de laquelle un vieillard en robe beige se tenait debout, appuyé sur un lourd bâton dont Rhacca comprit après un instant d'étonnement qu'il devait s'agir d'un os d'un animal colossal. L'homme lui-même était impressionnant, non par son apparence - il n'était pas plus grand que Lyswin, et ses épaules voûtées trahissaient son âge - mais par sa prestance, son regard acéré et la sérénité de son visage ridé.

- Vous voici donc... Je vous attendais. Posez-la donc sur ce banc, Prisno, ajouta-t-il à l'attention de son porteur.

Lyswin s'assura que Rhacca fut confortablement assise avant de prendre place non loin d'elle, les jambes en tailleur, à même le sol. Après avoir patiemment étudié la scène du regard, le Voyant reprit le cours de la discussion.

- Bien. Comme Lyswin vous l'a sans doute indiqué, je suis le Voyant de cette communauté, et mon nom est Leshrac. Quant à vous, Rhacca, vous ne me semblez pas en aussi mauvaise forme qu'on le dit... Les fameuses concoctions de Tianu y sont sans doute pour quelque chose, hmm ?

L'esprit de Rhacca était assailli d'un millier de questions, et elle ne put s'empêcher d'interrompre le vieil homme.

- Où suis-je ? Que savez-vous de moi ? Comment connaissez-vous mon nom ? *Avez-vous vu Eirko...?*
- Ho ! Je vais m'asseoir, si vous le permettez, car cette tempête de questions aura vite raison de mon équilibre. Voilà... C'est mieux. Votre nom est brodé à l'intérieur d'une de vos manches, m'a-t-on dit. Pour le reste...
- Pourquoi m'avez-vous enlevée ?
- Enlevée, dites-vous ? Je dois vous corriger: nous vous avons soustrait à une mort probable. Ce forcené aux cheveux d'or a tué une personne et en a blessé deux autres, et même s'il ne vous avait pas touchée, vous auriez fini par avoir des ennuis, compte-tenu de votre santé.

Un mort, deux blessés. Cynique, Rhacca regrettait presque que le Donate n'ait pas fait plus de victimes... pour expier son premier crime, et rendre réellement tragique la mort d'Eirko. Tandis que dans ces circonstances, elle serait la seule à pleurer ce drame...

- Vous êtes à Ombale, cité des Songeurs. Et vous êtes ici chez vous, à l'évidence.

Il remarqua l'expression d'incompréhension sur le visage de Rhacca.

- Vous ne savez rien de tout cela, hmmm ? Une petite leçon d'histoire s'imposerait, mais je n'en ai guère le temps, car nos cousins de Simur arrivent ce soir et tout doit être prêt pour fêter cette rencontre. Lyswin vous expliquera tout cela plus tard... Qui sont vos parents, jeune fille ?

Rhacca ne put masquer son étonnement devant ce soudain virage dans la conversation, et mit quelques instants à répondre.

- Ma mère est Lacca Melbome.
- Et vous ne connaissez pas l'identité de votre père, hmmm ?

Il échangea un regard entendu avec Lyswin.

- C'était très probablement un Songeur.
- Pourquoi ? Je ne vois pas le rapport...
- Soit sa mère ne savait pas, dit-il en se tournant vers Lyswin, soit... Il revint vers Rhacca et s'expliqua. Nous sommes un peuple très proche des humains peuplant la surface - les Puissants, comme nous les appelons avec humour -, mais nos capacités psychiques vont de pair avec une faiblesse physique naturelle. Avec les siècles, nous avons appris à l'atténuer à l'aide de simples et d'exercices mentaux, mais vous n'avez bénéficié d'aucune de ces techniques... C'est même un miracle que vous soyez encore en vie.

Les perspectives étaient trop belles, les sirènes trop attirantes, mais Rhacca n'en avait cure: son instinct de survie avait pris les commandes. La fleur fanée ferait tout pour goûter une dernière fois à la brûlure du soleil.

- Que dois-je faire pour... bénéficier de tout cela ?
- Hmmm ! Rien de particulier. Nous ne monnayons pas ainsi notre savoir. Restez parmi nous, et nous vous remettrons sur pied.
- Tu devrais tout de même lui parler de ton projet, Leshrac, l'interrompit Lyswin.
- Ho ! Oui, bien sûr, bien sûr... J'y venais. Je ne vais pas vous inquiéter avec de sombres pensées et d'inquiétants présages, jeune Rhacca, mais... L'avenir est trouble. Et parmi les actions que nous, Songeurs, entreprenons pour nous préparer au pire, j'ai décidé de rechercher et de rassembler tous les demi-sang, ceux qui comme vous sont des traits d'union entre le sous-sol et la surface de la terre. C'est d'ailleurs précisément la raison de votre présence ici.
- Vous voulez dire que vous m'avez... emmenée parce que vous aviez vu que j'étais... demi-sang ? Ce n'était pas à cause du meutre de...?
- Il était prévu de vous expliquer tout cela sur place; cet incident a simplement précipité les choses. Victoria Andil est une amie, et elle nous a prévenus de votre présence dès votre arrivée... Nous avons déjà retrouvé plusieurs demi-sang, mais souvent bien plus jeunes que vous, car la plupart ne survivent pas à leurs maux s'ils ne sont pas soignés et éduqués par des Songeurs.

Rhacca secoua faiblement la tête; le destin semblait prendre un malin plaisir à faire et défaire les noeuds de son existence.

- Je ferai ce que vous voulez... Je n'ai plus rien d'autre à faire, de toute façon.
- Allons, allons... Vous verrez, la fête de ce soir vous redonnera le sourire. Vous êtes chez vous, maintenant, ne l'oubliez pas.

Il se leva; Prisno apparut derrière elle comme par enchantement et la souleva. Tandis qu'ils regagnaient sa chambre, Rhacca se dit qu'après avoir vécu, même si peu de temps, une vie de bohème, elle aurait bien du mal à se sentir chez elle quelque part.
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Dim 5 Fév à 15:54

Houlà je réalise avec effroi que j'ai oublié de vous abreuver de mes âneries depuis près de deux mois. Horreur, malheur...
Retrouvons donc Loni pour ce chapitre 11. Comme pour tous les chapitres du "Sud", c'est de la fantasy "classique", je m'en excuse déjà auprès de Skid... Very Happy

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Les guerres se gagnent avant même d'avoir débuté, et l'image qu'en renvoient les ballades épiques est pour le moins incomplète. Aux premières loges des préparatifs, Loni tentait de comprendre et d'assimiler toutes les subtilités de la logistique d'une telle opération: Granz ne laissait visiblement rien au hasard, et accordait autant d'attention à l'attribution des armes qu'au stockage et à l'acheminement des vivres. Brisle était tout de même à quatre-vingts jours de marche de Grive, et nul ne savait combien de temps durerait le conflit.

De la mansarde de sa chambre au Relais, Loni ne voyait que quelques fumées indistinctes à l'est, mais leur étendue témoignait de la vaste superficie occupée par les campements. Des milliers de fermiers et de villageois de toute la région avaient répondu à l'appel du Seigneur Granz; les hommes valides s'étaient vu assigner un équipement militaire sommaire, les autres étant soit enrôlés dans l'intendance, soit renvoyés chez eux pour veiller sur leur famille. Les anecdotes ne manquaient pas sur ces vieillards marchant avec peine qui s'étaient empressés d'offrir leurs services de "vétérans"; Loni imaginait les trésors de diplomatie nécessaires pour leur faire comprendre que cette nouvelle guerre ne serait pas la leur.

La vie quotidienne du Relais avait, elle aussi, beaucoup changé ces derniers jours. Les contacts avec l'ouest avaient été rompus, et plus aucun message n'avait été reçu ou transmis par le Relais en lui-même. Toutefois, celui-ci était devenu le port d'attache des chevaux coursiers qui amenaient au Seigneur Granz les rapports d'observation réguliers des éclaireurs; habitués au silence, les acolytes montraient clairement leur désapprobation face au chahut des hommes et des bêtes, mais Loni ouvrait grand ses oreilles.

Le peu d'informations qui étaient parvenues jusqu'à lui le confortaient dans son idée: Brisle ne s'apprêtait pas à faire la guerre. Les éclaireurs s'étaient approchés à quatorze lieues de Brisle et n'avaient croisé en route que des fermiers et des chasseurs; pas le moindre signe de préparatifs militaires. Nul doute que désormais alertés, les brisliens allaient s'efforcer de rattraper leur retard et préparer une défense; Granz fournirait celle-ci comme preuve que Brisve envisageait une guerre depuis longtemps, et personne ne viendrait le contredire.

Loni profitait par ailleurs de ses périodes de repos pour fureter dans la bibliothèque; coup de pouce du destin, Ensar avait contracté une pneumonie, et la petite salle tout en longueur était constamment déserte. Il passa de longues nuits à tenter de déchiffrer des manuscrits poussiéreux, jusqu'à ce qu'il découvre quelques feuillets explicitement dédiés aux enfants pour leur apprendre la lecture. Ils dataient d'une autre époque - le Relais n'avait pas accueilli d'apprenti depuis l'arrivée de Loni, et le plus jeune des acolytes avait plus de trente ans -, mais ils lui furent d'une aide précieuse, et il fut bientôt capable de reconnaître quelques mots.

Afin de ne pas retarder la livraison des message et éveiller des soupçons, il s'habitua à mémoriser fidèlement leur contenu, puis à le reproduire le soir venu en traçant les lettres sur une table poussiéreuse, afin d'avoir tout le temps de les déchiffrer. Son premier succès ne fut guère instructif: un chiffre zéro barré, suivi d'une signature: "Gorwyn". La plupart des messages des éclaireurs ressemblaient à celui-ci, mais Loni ne désespérait pas de dénicher une information cruciale.

Restait à savoir ce qu'il en ferait. Détruire le message était risqué; le falsifier l'était encore davantage, tant qu'il ne saurait pas écrire décemment. Il n'osait parler de ses projets à personne, et n'imaginait pas enrayer à lui seul la machine de guerre du Seigneur Granz... Mais il refusait de baisser les bras: il devait réunir des informations et des idées dans l'attente du jour où le vent lui serait favorable.

Loni ne put assister à la seconde allocution publique du sire de Grive: tous les chevaux du Relais avaient été mobilisés ce jour-là. Mais à l'expression étrange qui flottait sur les visages des cavaliers revenant du château, il devina que Granz avait décidé d'ouvrir pour de bon les hostilités. Le lendemain matin, la plaine se soulevait, le cuir crissait et le bruit des bottes et des sabots faisait écho aux gigantesques tambours montés sur les flancs des mules géantes de Ronkarr.

L'esprit aussi gris que le ciel, Loni maudissait son impuissance lorsqu'il vit de sa chambre une jument blanche entrer dans la cour du Relais. Le cavalier qui en descendit lui était familier: le Ministre Jorem avait l'air pressé et soucieux, mais il n'avait rien perdu de son assurance. Loni descendit au rez-de-chaussée à vive allure, et se mêla à l'attroupement qui s'était formé. Jorem discutait avec les éclaireurs; il leur expliquait qu'ils seraient désormais basés sur l'aile gauche de l'armée, non loin de sa propre tente, et qu'ils devraient lui effectuer leurs rapports en personne.

Lorsqu'il eut fini, les éclaireurs prirent congé et les yeux de Jorem se posèrent sur Loni.

- Tiens donc ! Notre jeune messager. Tu pars avec les éclaireurs ?
- Heu... Je ne sais pas.
- C'est sans doute là que tu seras le plus utile. Va, c'est décidé, je vais régler ça. Prépare tes affaires et adresse toi à Arlo pour les détails.

Il se retourna d'un pas vif et regagna sa monture, laissant Loni désemparé au milieu de la cour. Devait-il se réjouir de rester au coeur de l'action et de garder une chance de modifier le cours des événements ? Sans doute. Mais cela signifiait aussi abandonner les études à la bibliothèque, le calme apaisant du Relais... la tranquillité d'une vie sédentaire. Il ne s'imaginait pas en éclaireur vagabond, silhouette furtive explorant le terrain au-devant du gros des troupes...

Mais Jorem ne lui avait pas laissé le choix. Il chassa ces pensées inutiles de son esprit et regagna le bâtiment principal du Relais.

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La forêt, plongée dans l'obscurité, murmurait de toutes parts. Les frondaisons interceptaient la clarté du dernier quartier de lune, tandis que les ultimes braises du feu de la veille s'éteignaient en silence. L'aube ne serait pas là avant deux bonnes heures, et Loni montait la garde dans le noir.

L'oreille aux aguets, il veillait sur ses compagnons: trois éclaireurs, sous l'autorité d'Arlo, en mission d'exploration dans la vallée de l'Equille, principal garde-manger des brisliens, au nord-est de la capitale. Il s'agissait principalement d'inventorier la région, de mettre les cartes à jour, afin de pouvoir l'exploiter (ou la piller, selon le point de vue) pendant un éventuel siège.

Mais ils ne seraient pas sur place avant une douzaine de jours: la traversée du col des Charognards n'avait rien d'évidente à cheval, et les Bois de Fer s'étendaient bien au-delà de la chaîne de montagnes. Ralentis par ces obstacles naturels, ils n'en gagnaient pas moins un temps précieux sur l'armée de Grive qui contournait le relief par le sud. Si tout se déroulait comme prévu, Loni et ses compagnons auraient plus d'une lune pour explorer l'Equille avant de rejoindre l'armée, à moins de cent lieues de Brisle.

L'esprit de Loni lui jouait des tours; il lui semblait entendre des pas, des chuchotements, et il ne se sentait pas le courage d'aller vérifier les alentours. Après tout, les quatre chevaux étaient calmes: eux n'avaient pas peur du vent et des oiseaux noctures...

Loni repensa aux événements des jours précédents pour évacuer son angoisse. Les éclaireurs avaient passé deux jours au sein de l'armée de Grive, avant qu'un premier groupe, le sien, ne soit envoyé au nord-ouest en direction de la vallée de l'Equille; les autres éclaireurs attendraient d'avoir contourné la pointe sud du massif montagneux pour s'élancer au-devant des troupes.

L'équipe commandée par Arlo n'avait pas eu à trop ménager ses montures pour le moment: quatre pur-sangs frais et vigoureux les avaient attendus dans une ferme à la lisière des Bois de Fer. Granz avait à l'évidence tout prévu depuis bien longtemps, mais les compagnons de Loni ne firent aucun commentaire. Ils se contentèrent d'échanger leurs montures avec le vieux fermier; Arlo glissa quelques piécettes dans sa main calleuse et l'épisode fut clos. Loni imaginait que de telles dispositions avaient été prises sur le chemin des troupes pour faciliter l'approvisionnement en vivres; peut-être même Granz avait-il payé de simples paysans pour acclamer l'armée en marche et redonner le moral aux soldats... Rien ne lui semblait trop retors pour être invraisemblable.

Quelque chose remua derrière lui, tout près. Il se retourna brusquement et se retint de soupirer de soulagement pour ne pas trahir sa frousse: Jimoti se levait et venait vers lui pour prendre le dernier quart de garde, jusqu'à l'aube.

A peine plus âgé que Loni, "Jimo" avait pourtant bien plus d'expérience et d'assurance que lui: fils aîné d'un tisserand coté, il s'était engagé dans l'armée à onze ans et semblait promis à une belle carrière militaire. Encore un peu jeune pour se voir confier des responsabilités, il se soumettait aux ordres de bonne grâce mais guettait sans cesse la moindre occasion de briller. Son zèle et sa bonne volonté en auraient fait un compagnon d'aventures appréciable s'il avait pu se départir de son arrogance et de son éternel sourire condescendant. Loni enviait sa réussite et ses qualités trop évidentes, et, de fait, le détestait.

- Tu peux retourner dormir, Loni, je prends le relais.

Jimo perdit fièrement son regard dans l'obscurité, l'air de dire "seuls les gosses ont peur du noir", puis jeta un regard paternel sur Loni avant de s'asseoir. Celui-ci aurait aimé pouvoir le mépriser mais sa conscience le lui interdisait: après tout, c'était à lui, Loni, de s'inspirer des qualités de Jimo, et seulement alors il pourrait se permettre de porter un regard critique sur ses défauts. C'était du moins ce que les prêtres lui avaient inculqué.

Que penseraient-ils de sa situation aujourd'hui ? Que lui conseilleraient les Ames Nobles en ces circonstances ? Le Preux lui ordonnerait de rester fidèle à son Seigneur en toutes circonstances. L'Aïeule lui suggèrerait sans doute de faire preuve d'humilité, lui qui était à peine plus qu'un enfant, et de remettre son destin entre les mains d'individus plus avisés. Mais l'Héroïne...? Ne lui insufflerait-elle pas le courage du doute, la force de la rébellion, elle qui avait agi contre l'avis de son père et de ses pairs pour sauver la cité de Grive en des temps immémoriaux ? Le Pâtre n'estimerait-il pas qu'oeuvrer pour la survie du troupeau humain valait tous les sacrifices ?

Que n'existait-il pas, en cette forêt sombre et inhospitalière, un temple, une chapelle où les interprètes des voix des Ames Nobles sauraient démêler les fils de sa pensée... Loni se serait peut-être décidé à exprimer ses dilemnes à Arlo si celui-ci n'avait ostensiblement affiché son mépris de la religion, à plusieurs reprises déjà. Jimo et Urlod avaient ri à chacun de ses blasphèmes; eux non plus n'écoutaient pas la musique des voix Nobles. A qui Loni pourrait-il donc s'en remettre ?

Il ouvrit les yeux et vit que l'aube était proche; les arbres les plus proches se détachaient de l'épaisse brume matinale. Deux yeux brillants épiaient le petit groupe depuis un fourré; sans doute un renard. Loni se leva, s'étira et plongea dans son paquetage pour y dénicher de quoi déjeuner: ses pensées seraient sans doute plus claires lorsqu'il n'aurait plus le ventre vide.
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Skid
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Mar 7 Fév à 15:12

bouh bouh point d'excuse tu ne risque que de déclencher mon indifférence. Non a vrai dire si je la critique si souvent cette fantasy c'est que j'ai un amour inconscient pour elle (surtout la fantaisie finale)... mais bref je ne passe que peu de temps, je lirais ca pendant les prochaines vacances a tete reposée, avec un bon petit joint, et surement me laisserais transporter.
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Tickle
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Mer 22 Fév à 22:59

Ca y est j'ai eu le temps de lire les deux derniers chapitres et je viens aux commentaires.

La partie sur Rhacca est sympa, mystérieuse à souhait même si j'avais du mal; à me souvenir des derniers épisodes (je sais j'aurais pu prendre la peine de relire..hum!). Ce peuple des Snogeurs a l'air très intéressants même si on n'en sait pas trop pour le moment.

Une seule chose me gêne, cette phrase:
Citation :
Les perspectives étaient trop belles, les sirènes trop attirantes, mais Rhacca n'en avait cure: son instinct de survie avait pris les commandes. La fleur fanée ferait tout pour goûter une dernière fois à la brûlure du soleil.

Je me suis demandée si tu n'avais pas oublié un paragraphe ou une phrase. Elle tombe comme un cheveu sur la soupe et on ne sait pas ce qui pourrait attirer Rhacca...enfin si cette nouvelle vie avec les Songeurs mais le dilemme arrive trop brutalement, on ne comprend pas trop qu'elle est condamnée à vovre sous terre. Je ne sais pas comment expliquer ça mais à mon goût, il manque une explication.

Le deuxième chapitre est sympa. Ca fait très passage de transition, de repos pour le lecteur, je me trompe? Et puis j'aime bien Loni, on sent bien qu'il est en devenir!

Bon courage pour la suite!

Tickle
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Ven 3 Mar à 12:59

Wouah elle est vraiment géniale cette Tickle Je m'absente qq jours du forum, je reviens, et elle a commenté mon topic, posté un texte et continué "au plaisir de lire"

Humm en fait y'a confusion sur ma phrase apparemment: quand je parle de la "brûlure du soleil", je ne pense pas du tout au "vrai" soleil... A ce moment-là, rien ne dit que Rhacca va rester enfermée éternellement, juste un peu le temps de se requinquer...

Je voulais plutôt dire qu'après ces années de déchéance progressive, on lui offrait un espoir insensé, celui d'inverser la tendance et de retrouver un cheminement "ascendant". Un peu comme une fleur presque desséchée, on lui donne une petite goutte d'eau et elle retrouve une brutale envie de vivre, de s'épanouir. Evidemment si l'espoir meurt, cet ultime soubresaut fera figure de baroud d'honneur... Mais...

Bref c'est une métaphore, et effectivement, compte-tenu du lieu où ça se passe, on peut l'interpréter comme tu l'as fait. C'est un peu gênant, mais comme j'adore les histoires à tiroir et les phrases à double sens, je vais laisser tel quel Very Happy

Allez je vous mets le chapitre suivant d'ici la fin de la semaine ! Merci encore Tickle !!! Mr.Red
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Mar 7 Mar à 11:20

De rien...et puis c'est vrai que j'aurais pu me creuser un peu plus la tête en lisant ton texte....mais quand même, je trouve que ça sonne bizarre!

*Bonne écriture en tout cas!
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Lain
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 21 Aoû à 14:17

Vache, cinq mois sans rien ajouter ici, j'ai honte... Rattrape-toi mon petit Lain !

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Les Songeurs pouvaient bien être taciturnes et excessivement discrets lorsqu'ils s'adressaient à une étrangère, ils n'en savaient pas moins faire la fête. Les rideaux et cloisons d'une des plus grandes salles avaient été déplacés, et des dizaines de petites tables mises bout à bout supportaient le poids du banquet d'accueil des Simuriens. De son banc adossé à une des parois de la grotte, Rhacca estimait le nombre des convives à plus de deux mille.

Plutôt pas mal, en comparaison avec les réceptions mondaines auxquelles elle était habituée, mais bien peu s'il s'agissait là du peuple entier des Songeurs... Leshrac n'avait fait aucune allusion à d'autres cités qu'Ombale; si sa mémoire était bonne, Simur était le nom donné au delta que formait la Brûlante en se jetant dans la mer des Crabes. La région passait pour maudite car le fleuve déversait, deux fois l'an, des cendres qui détruisaient toutes les cultures aux alentours et brûlaient la peau des voyageurs imprudents.

Il fallait croire que les Songeurs s'étaient malgré tout établis là-bas... Mais leur colonie ne dépassait pas les deux cents âmes; l'essentiel des convives rassemblés dans la grande salle vivait donc à Ombale. Les nouveaux arrivants étaient aisément reconnaissables à leurs yeux vert clair et leurs cheveux noirs, mais aussi à leur mine fatiguée par le voyage et à l'attention qui se portait naturellement vers eux. Ils n'avaient sans doute qu'une hâte, celle de dormir dans le calme, mais leurs hôtes avaient estimé qu'ils ne le feraient qu'une fois leur ventre plein... et leur coeur rassasié de paroles bienveillantes et d'accolades chaleureuses.

Rhacca repéra Lyswin parmi la foule, en grande conversation avec de jeunes Songeurs; elle semblait nerveuse, jetait de fréquents coups d'oeil en direction de Leshrac qui trottinait parmi chaque attroupement pour accueillir personnellement les nouveaux venus. Aguerrie aux manoeuvres politiques, Rhacca sentait que ces deux fortes personnalités incarnaient deux courants de pensée contradictoires au sein des Songeurs... Mais elle n'avait pas encore mis le doigt sur leurs différences.

Elle sirotait goulument les dernières gouttes de sa tasse de keel lorsqu'un Songeur vint s'asseoir près d'elle; il était très grand, même pour un Songeur, et plutôt bien portant comparé à l'extrême maigreur qui semblait être la norme à Ombale. Rhacca fut donc plus que surprise par sa voix fluette...

- Enchanté de faire votre connaissance, Rhacca; je suis Arlomospo, responsable du second Cercle d'entraînement. Tout le monde m'appelle Arlo.
- De même, euh... Un Cercle ?

Arlo s'attendait visiblement à cette question et prit un air théâtral pour répondre de la même façon qu'il l'avait sans doute fait de nombreuses fois.

- On vous a sans doute expliqué que nous autres Songeurs pallions aux maux du corps par la puissance - et la qualité, naturellement - de l'esprit. Nous avons en nous certaines prédispositions, et même les Puissants ont parfois de petits dons de prescience ou d'empathie... Mais rien n'est possible sans travail, voyez-vous. Nos jeunes apprennent à exercer leurs facultés psychiques avant même de savoir compter sur leurs doigts; le plus tôt ils commencent, le plus loin ils seront capables de s'aventurer à l'âge adulte.
- Il est trop tard pour moi, donc ?
- Non, non, il n'est jamais trop tard ! Vous ne pourrez sans doute pas exploiter toutes les possibilités de votre esprit, certes, mais au moins vous apprendrez l'essentiel, et notamment comment commander à votre corps. C'est la priorité, vous concernant. Bref, je disais donc, rien n'est possible sans travail; vous allez donc rejoindre un Cercle, où vous serez parmi d'autres individus ayant sensiblement le même niveau d'apprentissage que vous. Mais ce que je tiens à vous faire comprendre, jeune fille, c'est que si vous tenez à suivre cet enseignement, ce dont je ne doute pas, il va vous falloir travailler, vous exercer, sans relâche... Ce ne sera pas une partie de plaisir. Est-ce clair ?

Un frisson parcourut sa nuque; la notion de labeur était nouvelle pour Rhacca. Mais du peu qu'elle en savait, le jeu en valait certainement la chandelle.

- ... Limpide. Je commence quand ?
- Ha, l'enthousiasme de la jeunesse ! Merveilleux. Vous allez vite déchanter, vous savez, mais enfin... Demain, une heure avant l'aube. C'est la meilleure heure pour se concentrer, ajouta-t-il devant la grimace de Rhacca.

Il prit congé d'elle, tout heureux de l'avoir assommée avec ses déprimantes mises en garde. Elle ne percevait nulle malice chez lui, pourtant; il semblait prendre sa tâche à coeur, et sans doute avait-il jugé préférable de s'assurer de sa volonté avant de l'épuiser au travail.

Si elle voulait être capable d'ouvrir un oeil avant l'aube, elle avait tout intérêt à s'éclipser dès maintenant; elle profita de croiser le regard de Prisno pour requérir son aide. En quittant la salle, elle réalisa combien la résonance des voix lui pesait, et poussa un soupir de soulagement en regagnant son lit.

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Rhacca aurait pu inventer mille et un scénarii pour cette première matinée avec le Cercle. Elle aurait pu imaginer des élèves entourant leur professeur, mains jointes et paupières closes, se concentrant de toutes leurs forces pour atteindre un "ailleurs" psychique. Elle aurait pu supposer que des techniques de relaxation et de méditation les feraient entrer en transe tandis que les plus expérimentés veilleraient à ce que les novices ne perdent pas contact avec la réalité. Elle aurait tout aussi bien pu se préparer à endurer des souffrances physiques (comme se baigner dans un lac de glace, un de ses cauchemars d'enfance) pour contraindre l'esprit à prendre le dessus sur le corps, quitte à laisser les "cancres" mourir de froid - après tout, c'était peut-être pour cela que les Songeurs étaient si peu nombreux.

C'eût été peine perdue. Cette première séance, à laquelle elle assistait en compagnie de quatre bambins de moitié son âge, se résuma à un cours magistral où Arlo leur rabâcha un nombre incalculable de fois les quelques notions au menu du jour: les quatre, non, cinq grandes familles de capacités psychiques (clairvoyance, commandement, empathie, prescience et... ah, flûte ! c'était quoi déjà ?), les étapes essentielles à la maturation d'une capacité (chapitre que Rhacca avait superbement ignoré, préférant se demander laquelle des quatre... cinq... elle préférait), et bien sûr les choses que les jeunes apprentis ne devraient surtout pas faire... comme laisser son corps s'endormir pendant que leur esprit vagabonderait, ou tout simplement ne prévenir aucun adulte expérimenté avant de faire des exercices. Il nous prend pour des idiots... bon, il n'a peut-être pas tort, mais quand même !

La séance s'acheva enfin, sur un ultime grognement d'estomac. Les quatre enfants sortirent soudain de leur torpeur et filèrent ventre à terre vers la sortie; Rhacca se retint de pousser un immense soupir: Arlo s'approchait d'elle.

- Eh bien, que pensez-vous de ce premier contact avec le merveilleux univers des pouvois psychiques, Rhacca ?

Il est sincère, le bougre. Pas une trace d'ironie. Grandiose.

- Hem... Très intéressant. Non, vraiment. J'ai hâte de mettre tout cela en pratique.
- Bien sûr, bien sûr... Très bientôt, n'ayez crainte; c'est normal d'être impatient. Encore quelques semaines.

Quelques sem... QUOI ?

- Ce n'est pas vraiment de l'impatience, vous savez, je me doute bien qu'il ne faut pas brûler les étapes... J'imagine que vous avez déjà enseigné à de nombreux jeunes, vous savez sans doute très bien comment faire pour leur faire exploiter au mieux leur potentiel...

Rhacca ne pouvait pas savoir qu'en fait, Arlo était un novice en matière d'enseignement; mais la flatterie fit mouche au-delà de toutes ses espérances.

- Merveilleux, merveilleux ! Une élève studieuse et patiente. Quelle bénédiction ! Puisque vous aimez tant l'aspect théorique - comme moi, je vous l'avoue, la mise en pratique n'est finalement qu'une projection de nos conceptualisations, toujours imparfaite, tout comme la vocalisation de nos idées ne peut jamais refléter leur complexité originale, vous me comprenez, n'est-ce pas ? -, eh bien je vais vous faire une fleur: si vous n'avez rien de très important à réaliser l'après-midi, venez donc avez moi étudier les manuscrits de nos prédecesseurs ! Ah, oui, eux savaient l'importance d'une parfaite théorisation des...

Elle le laissa s'épancher en se maudissant intérieurement pour sa sottise. Elle avait malgré tout une furieuse envie de rire; elle sentait déjà le goût du sang dans sa bouche, à force de se mordre rageusement la langue. Bravo, oui vraiment, bravo, t'es la meilleure Rhacca. Chapeau bas.
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Lain
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 21 Aoû à 14:24

Et maintenant le chapitre 13, qui est en fait une introduction à de nouveaux personnages... J'espère que vous me direz ce que vous en pensez...

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Dans son demi-sommeil, elle ressentit une anormalité, une urgence. Elle ouvrit les yeux, cligna des paupières pour chasser la morsure sèche du froid, et baissa la tête. Il n'était plus là, et pourtant...

Son odeur n'avait pas disparu. Elle le chercha du regard, puis se leva et l'aperçut non loin, derrière elle, tentant péniblement d'avancer sur la glace. Elle grogna en s'approchant, l'immobilisa d'un coup de patte et se coucha contre lui pour le protéger du vent.

Il avait faim, évidemment. Il était trop tôt pour s'aventurer loin de sa mère; il s'écoulerait encore de longs mois avant qu'il soit en mesure de chasser seul. Mais elle ne suffisait plus à le sustanter; faute de proies, elle maigrissait et manquait de lait. Elle ne pouvait se résoudre à l'abandonner, mais elle savait aussi qu'ils mourraient tous deux de faim s'ils restaient dans cette région.

Il tenta à nouveau d'échapper à son emprise, agitant ses pattes, griffant le sol givré. Elle le serra plus fort contre son museau, lécha son dos pour le calmer et patienta; le jour se lèverait bientôt, ils reprendraient leur lente marche vers l'est. Elle garda les yeux ouverts.

Dès les premières douceurs de l'aube, elle se remit sur ses pattes, le prit délicatement dans sa gueule et marcha, marcha. Elle suivit le soleil levant, tant pour garder le cap que pour bénéficier de sa tiédeur apaisante. Son épaisse fourrure finit par sécher; elle ne s'autorisa aucun repos, ne s'arrêtant que pour l'allaiter.

Elle ne vit aucune proie de la journée. La vie semblait avoir déserté les parages, laissant à la glace l'exclusivité de ces immenses terres. Elle n'avait pas non plus croisé de ses semblables; ils avaient tous migré depuis longtemps, mais elle avait dû s'arrêter plusieurs semaines pour mettre bas et n'avait donc pu les suivre.

Le soleil rougeoyait et abandonnait la terre au vent glacial lorsqu'elles les vit. Quatre petites proies, à peine plus hautes que son petit, et bien moins charnues; elles la voyaient, de surcroît. Elle ne tenta donc pas de les prendre en chasse, et continua son chemin.

Mais elles s'approchèrent. Trois d'entre elles tenaient une longue branche entre leurs mains. Elle-même ne risquait rien contre de telles créatures, mais lui... Elle le déposa au sol, passa devant lui et grogna. Les quatre bêtes s'avancèrent prudemment, hors de portée d'elle. Puis celle d'entre elles qui ne portait pas de bout de bois fit quelques pas, les pattes écartées, la tête baissée en signe de soumission.

Elle la laissa poser ses pattes sur son museau, sur ses mâchoires, sur ses tempes. Et une pensée étrangère surgit en elle.

- Salut à toi, mère.

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Silam rassembla les documents épars sur la longue table de bois verni et les rangea dans ses affaires; il ne devait plus tarder s'il voulait avoir le temps de changer de costume pour la réception de ce soir chez Alajco. Il quitta donc son bureau en toute hâte pour se rendre à sa demeure, située dans l'arrière-cour du bâtiment où il travaillait. Contrairement à la plupart des notables de la côte est, il n'éprouvait pas le besoin de voir la rue depuis la fenêtre de sa chambre; il réservait le culte des apparences à sa vie professionnelle, et préférait la discrétion et le calme pour ses affaires privées.

Il laissa son esprit analyser la réunion qui venait de s'achever tandis qu'un de ses domestiques l'aidait à changer de tenue. Globalement, elle s'était déroulée conformément à ses attentes: le Consul Modiom avait été aussi passif et peu intuitif qu'à son habitude, laissant le champ libre à Silam pour instiller ses idées dans l'esprit des marchands Oborh et Tuk. La seule déception (toute relative) était venue de Lyoko, qui avait opposé un peu trop d'arguments éthiques au goût de Silam.

Il devrait se montrer plus patient, plus subtil chez le tout-puissant Alajco; il lui faudrait aussi espérer que Tuk lui apporterait comme promis son soutien auprès des indécis. Il avait passé bien assez de temps à acquérir la confiance et l'écoute de ses pairs; il était temps de passer à l'offensive.

Le ciel se chargeait de nuages lorsque Silam franchit le seuil de l'imposante villa de son hôte; surplombant le rivage et les maisons du bas-peuple, elle était idéalement située, et la richesse du mobilier, des fresques murales et des tenues des domestiques témoignait de l'opulence dans laquelle Alajco vivait. Rien d'étonnant pour qui détenait le monopole du commerce de sel à Tysan.

Les caravanes de sel étaient sans cesse plus nombreuses pour traverser le continent; la construction d'une route traversant le sud du désert Aïlbar avait rouvert d'immenses possibilités commerciales disparues depuis plus d'un siècle. Lorsque les Donates avaient pris les Cités Libres d'assaut, le désert était devenu dangereux: les oasis avaient péricilité, les pillards s'étaient multipliés et les Donates eux-même avaient saboté toute tentative de retour à la normale. Pour rallier les côtes est et ouest, seule la voie maritime était donc possible; mais elle était lente, et chère du fait des pirates.

Depuis quatre ans que la route était achevée, Alajco avait vu ses bénéfices s'envoler à tel point que le Consul serait probablement contraint de lever partiellement son monopole pour que les richesses soient mieux partagées... Mais il resterait sans doute l'homme le plus riche de Tysan jusqu'à sa mort.

Hélas, tous les marchands n'avaient pas sa bonne fortune. Les négociants en pêche étaient à genoux: le poisson se faisait rare, ils devaient pousser leurs navires de plus en plus loin au nord pour remplir leurs filets... Quant aux autres, ils souffraient à divers degrés de la concurrence avec Safran, plus dynamique et agressive que Tysan, de la généralisation des attaques de pirates et d'étranges disparitions de convois dans les contreforts montagneux du nord. Bref, la morosité gagnait du terrain.

Après quelques salutations formelles, Silam se rapprocha discrètement de Varee, négociante en vins et tissus dont le mari et le meilleur équipage avaient été massacrés par des pirates de la côte ouest, quelques mois plus tôt. Silam avait saisi l'occasion pour s'attirer les bonnes grâces de la charmante veuve, et décida d'enfoncer le clou.

- Madame, ah ! Quel plaisir de vous voir si resplendissante ce soir. Vous ai-je déjà dit combien le noir vous seyait ?
- Allons, Silam, pas de ça avec moi, répondit-elle avec un sourire démentant ses propos: elle adorait la flatterie, du moment qu'elle semblait sincère. Silam vint tout près d'elle pour lui parler à voix basse.
- Je dois vous avouer quelque chose, Madame: vous êtes ma Muse - non, non, ne protestez pas, je vous explique. Vous voir si peinée à la mort de votre illustre mari m'a retourné le coeur; j'ai cherché jour et nuit un sens à cet événement tragique, une solution pour que cette catastrophe ne soit pas vaine... Et vos yeux merveilleux m'ont inspiré la réponse.

Il sentit que derrière les quelques larmes de circonstance, Varee lui accordait désormais toute son attention.

- Madame... Par notre attachement aux traditions, mais surtout par manque d'audace et de foi en nos capacités, nous nous sommes emprisonnés dans ce compromis innommable avec les pirates. Ils prélèvent impunément nos vies et nos richesses, et que faisons-nous pour les en empêcher ? Nous mêlons à nos équipages quelques soldats de métier, comme si cela pouvait changer le cours des choses ! Non, Madame, ce n'est pas acceptable, ce n'est plus acceptable.

Silam remarqua que quelques marchands feignaient de discuter entre eux mais tendaient l'oreille vers Varee et lui; eux aussi buvaient ses paroles. Parfait.

- Vous savez comme moi, Madame, qu'une seule force est assez puissante pour infliger une défaite aux pirates en les attaquant en leur fief; un seul royaume dispose d'une flotte suffisante de vaisseaux de guerre.
- Vous ne pensez tout de même pas à..., l'interrompit Varee avec un air effaré.
- Si, Madame, je parle de Peltros. Nous avons rompu tout contact avec eux il y a soixante ans pour les raisons que vous connaissez. Mais le monde change, Madame. Leur roi est mort depuis longtemps, et nos griefs réciproques n'ont plus lieu d'être... Du moins devrions-nous leur parler. Si les bancs de poissons continuent de migrer vers le nord, nos pêcheurs finiront par se retrouver dans les eaux peltrosis... Je suis convaincu que nous devrions rétablir des relations commerciales et diplomatiques avec nos voisins du nord-est, Madame, et cela, je l'ai lu dans vos yeux.

Quelques murmures ponctuèrent sa tirade; il avait progressivement élevé la voix, et de nombreux invités l'avaient écouté, mi-choqués, mi-perplexes. Le fils aîné d'Alajco en faisait partie. Dans son dos, Tuk choisit ce moment pour honorer sa promesse.

- Voilà des propos très courageux, Silam, mais cela ne m'étonne pas de vous. En ce qui me concerne, il est certain que j'apprécierais une telle mesure si elle me permettait de trouver de nouveaux débouchés à mon commerce de pierres précieuses...

Certains hochèrent la tête. Tout se déroulait comme prévu; Silam ne put s'empêcher de sourire.

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La mer était trop sombre, trop lisse... Différente.

Cela faisait plus de trente ans que Svari se levait deux heures avant l'aube, marchait jusqu'à la côte avec ses outils et son déjeuner dans sa besace, installait sa chaise toujours sur le même promontoire et capturait les premiers rayons du soleil sur l'immensité bleue face à lui. Il avait acquis une connaissance parfaite de toutes les nuances que la mer pouvait connaître.

Et même les plus sombres nuages d'orage n'auraient pu obscurcir ainsi les flots. Alors que le ciel, ce matin-là, était splendide. Svari n'était pas croyant, avait peu de sympathie pour les sorciers qui, malgré leur maîtrise des éléments et de la télékinésie, n'avaient pas su (ou voulu) sauver son fils, seize ans plus tôt... mais ce qu'il avait sous les yeux ne pouvait s'expliquer que par de la magie.

Il accrocha hâtivement une toile vierge, et s'efforça de reproduire la scène en quelques instants; il avait l'habitude de mettre des années à achever une toile, car les mêmes couleurs ne se répétaient que rarement, mais cette fois il devrait être efficace car le phénomène ne se reproduirait sans doute pas.

Lorsque l'astre du jour s'arracha de la mer, tout était redevenu normal. Svari contempla sa toile, satisfait d'avoir su reproduire les volutes sombres et l'absence choquante de reflets irisés à la surface; mais il songea que s'il présentait son oeuvre au Mestre pour lui faire part de ses inquiétudes, celui-ci ne le croirait pas et attribuerait ces étranges nuances sur la toile à une nuit trop arrosée.

Il garderait donc cette histoire pour lui, mais aurait une raison supplémentaire de scruter encore et toujours le large. Si le phénomène se reproduisait, il serait là pour en témoigner, et cette première illustration serait une alliée précieuse pour convaincre les sceptiques. Car nul doute que tout cela ne présageait rien de bon.
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   Lun 9 Avr à 19:31

A mon avis ceux qui veulent vraiment lire mon roman au fur et à mesure vont sur mon blog, mais pour ceux qui n'auraient pas noté l'adresse: http://www.matthy.org/blog/ Wink

Poster chaque chapitre ici me semble un peu inutile, ce n'est pas très pratique à lire... Et au moins sur le blog vous aurez les nouvelles fraîches de Rhacca, Loni et Eirko (et d'autres encore...!). Libre à vous de me rendre une visite de temps en temps !
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MessageSujet: Re: Sans titre pour le moment :-)   

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