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 Au plaisir de vous lire

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Lain
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MessageSujet: Au plaisir de vous lire   Sam 23 Juil à 16:08

TADAAAAAA ! Mesdames, mesdemoiselles, messieurs... Vous ne vous êtes pas trompés de sujet: ici, c'est bel et bien notre dernier projet en date, une histoire coécrite par nombre d'entre nous !

Aujourd'hui, 23 juillet 2005, premier chapitre... Naturellement sujet à modifications: vous êtes tout à fait libres de modifier des noms propres, des traits de caractère, etc. Mon objectif en écrivant ce petit texte est tout simplement de vous fournir quelques pistes pour démarrer, il ne vous reste plus qu'à saisir un fil et à tirer dessus

Pour ce qui est du fonctionnement, je vous propose, pour commencer, de "prendre un ticket"... "Je prends la suite ! Donnez-moi 2 jours", etc. Ceci pour éviter d'écrire à deux en même temps et de devoir recommencer certains passages

Allez, j'arrête le baratin, passons aux choses sérieuses

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AU PLAISIR DE VOUS LIRE
CHAPITRE 1


Les mains croisées dans le dos, tête haute et regard brillant, Nino parcourait les allées de la bibliothèque.

Les vacances d'hiver étaient un temps propice à la lecture: la Toussaint était trop triste, Pâques trop ensoleillée; Noël vous pesait trop sur l'estomac et l'été, Champebourg était quasi-désert. Oui, février était la période idéale pour lire, et la caverne de "Nino Baba", comme l'appelait sa nièce, ne désemplissait pas.

Quelques lycéens chuchotaient près des "Lumières", décortiquant Voltaire entre deux rires étouffés: les examens de fin d'année approchaient. Il y avait là Mélanie, la chipie du village, Johanne l'élève modèle, Edouard le tombeur que ces demoiselles s'arrachaient, et Rachid dit "le timide" en raison de son caractère excessivement introverti. Mis à part Vincent, parti au ski avec ses parents fortunés, tous les lycéens de Champebourg étaient là, fierté du village autant que de leurs parents. Beaucoup se doutaient que dès le Bac en poche, ils s'exileraient, iraient à la fac ou mieux même, et ne reviendraient que de plus en plus rarement...

Non loin de ce groupe sympathique, dans l'allée opposée, Ariane semblait accorder à peu près autant d'intérêt à son roman, Insomnies, qu'à ses voisins d'en face. Si lire du Stephen King pouvait être, pour certains, un rite de passage à l'âge adulte, Nino espérait que la fausse blonde cinquantenaire aurait bientôt franchi le cap: ses oeillades incessantes rendaient le pauvre Rachid fou de honte, et ses croisements/décroisements de jambes avaient de quoi donner le tournis. Si elle n'avait toujours été une lectrice assidue, Nino l'aurait volontiers sermonnée, mais voilà, au "Plaisir de lire", le lecteur était roi...

Après tout, pouvait-il réellement lui reprocher ces gamineries ? Le bibliothécaire considérait, à 62 ans, avoir enfin atteint l'âge de raison: il abordait désormais l'avenir avec sérénité, et se sentait relativement à l'aise avec ses semblables (à condition qu'ils partagent sa passion de la littérature, naturellement). Cela n'avait pas toujours été ainsi...

Au fond de la salle, Théo sautillait pour atteindre l'étagère la plus élevée; en voyant Nino approcher, il changea de stratégie et piocha un livre au hasard dans un rayon à sa hauteur: Les liaisons dangereuses. Nino remercia le bon Dieu d'avoir fait de Théo un collégien plutôt chétif et court sur pattes: il y avait tout à redouter du jour où il mettrait la main sur les romans pour adultes perchés tout là-haut.

Théo était un bon garçon, après tout; il était simplement... confus. Hyperactif, voire surdoué, selon les médecins. Selon lui, Rimbaud, héros du Vietnam, arborait un bandana rouge et beuglait des "Verlaiiiiiiiine" en déforestant l'Amazonie et la forêt de Fontainebleau au napalm; si Stendhal avait écrit Le Rouge et le Noir, c'était parce qu'il était fan du Milan A.C, et si Céline avait choisi un pseudonyme aussi ringard, c'était par amour pour René... Barjavel. Une vilaine blessure au talon fit un jour la mauvaise humeur d'Eschyle et l'incita à écrire des tragédies; Victor Hugo, surnommé "le Boss" par ses pairs, s'était fait voler le scénario du Parfum par Süskind, et Zola était en réalité un monstre marin dont l'union avec une Gorgone au regard pétrifiant avait donné le jour à un délicieux fromage. Ah, et, bien sûr, J.K. Rowling et Michel Houellebecq étaient les meilleurs écrivains de toute l'histoire de l'humanité. Humm.

Nino caressa quelques reliures puis gravit les escaliers jusqu'à la petite salle à l'étage; là, le silence était de règle, et les lecteurs pouvaient s'adonner librement à leur passion sans crainte d'être dérangés.

La nuque crispée, les épaules voûtées, le vieux Louis communiait avec Baudelaire. Il avait beau ne pas avoir quarante ans, il irradiait la fatigue et l'épuisement, tel une branche couverte de lichens d'un arbre centenaire. La vie ne l'avait pas épargné, le vieux Louis, et Nino partageait en silence la mélancolie d'un de ses plus fidèles visiteurs, bateau ivre d'avoir trop aimé.

La mélancolie était aussi présente dans les yeux de Mireille, l'étrange et insaisissable Mireille, arrivée au village six ans plus tôt à la mort de son frère, et jamais repartie. Elle lisait Nietzsche ou Hegel, Camus ou Balzac, Prévert ou Keats; mais de ses grands yeux noirs ne filtraient aucune émotion, aucun indice. Tant de mystères mettaient Nino mal à l'aise.

Tout au fond, là où le toit pentu s'abaissait pour rejoindre le sol et créait une niche rendue douillette par les couvertures et les coussins, deux amoureux s'enlaçaient d'un bras en lisant de l'autre; lui dévorait l'avant-dernier tome de Dune, elle ouvrait son coeur à Madame Bovary. Tête contre tête, livre contre livre, ils émurent Nino qui resta un instant à les contempler puis redescendit les marches, le coeur léger, en entendant la porte s'ouvrir de nouveau: un nouveau visiteur, sans doute.

Le soleil inondait de lumière les étagères de bois ancien gorgées de souvenirs et d'émotions, et les rangées bruissaient du frou-frou des pages tournées. Oui, c'était une magnifique journée.
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Tickle
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MessageSujet: Re: Au plaisir de vous lire   Mer 3 Aoû à 1:15

Voici ce que je vous propose comme suite, j'espère que ça collera au mieux aux idées de tous et que ça en inspirera quelques uns.

CHAPITRE 2


Le vieux Nino redescendit les marches gaiement. Il aimait recevoir de nouveaux arrivants dans son antre, aider à une recherche, conseiller un roman ou juste commenter les nouveaux auteurs. Arrivé en bas des marches, il chercha du regard le visiteur. Ses yeux tombèrent sur un jeune homme grand, dont les vêtements dégoulinants accentuaient la minceur. Il avait des cheveux d’une couleur indéfinissable. Tantôt châtains, ils viraient au roux dans un éclat de soleil.
Il ne faisait aucun doute pour Nino que ce garçon n’était jamais venu au « Plaisir » pourtant il se dirigeait vers les allées de livres avec une grande certitude. Il ne semblait pas voir les lecteurs autour de lui, mais tous avaient levé les yeux. Les lycéens le regardaient avec le regard craintif des adolescents alors que le petit Théo avançait doucement vers lui. Un instant, Ariane détourna son attention de son sujet de prédilection.
Les étrangers étaient rares à Champebourg et la somme de ces regards fit comprendre à Nino qu’il n’était pas seulement nouveau à la bibliothèque.


Intrigué et agacé sans comprendre pourquoi, Nino se dirigea vers le jeune homme. Celui-ci se retourna en le sentant arriver. Nino pu alors remarquer ses yeux gris et son teint pâle. Il se demanda s’il ne sortait pas tout droit d’un conte fantastique et cela le fit sourire intérieurement.

« Bonjour monsieur, puis-je vous aider ? Je suis Nino, le bibliothécaire et je connais chaque étagère par cœur.

Le garçon hésita, il cherchait ses mots. Un doux accent anglais sorti alors de sa bouche.


- Hello, euh, je m’appelle Alister. Je suis anglais, et euh…mes parents viennent de venir vivre ici…Et, euh… je cherche un livre sur l’histoire de la ville.

Nino fut aussitôt rassuré : un anglais, nouveau venu, qui ne perdait pas une minute pour venir lire des choses sur sa nouvelle ville ! Il n’avait aucune raison de ressentir le moindre agacement ou la moindre crainte. Pourtant, il ne pouvait être à l’aise face à ce regard qui semblait le dominer.

- Oui, suivez moi ! C’est juste derrière, les livres d’histoire. Il y a un très bon guide de la région qui en vous en apprendra pas mal sur Champebourg ainsi que « Champebourg, guide culturel d’une ville à vivre ». Le maire le fait mettre à jour tous les ans, il est très intéressant.

Les deux hommes s’étaient dirigés devant les livres cités par Nino. Alister les regardaient d’un air perplexe.

« Oh, et bien sur, excusez moi ! Il y a une traduction en anglais, juste là ! Vous comprenez, ici, à Champebourg, nous savons accueillir, aussi bien les voyageurs que les habitants, quelque soit leur nationalité. Voilà, je vous laisse. Bonne lecture !

Nino fit demi-tour et se questionna sur ce sentiment bizarre qui naissait en lui, non pas de la peur, ni du dégoût, encore moins du rejet… Comme une attirance pour quelque chose de malsain…
L’appel pressant d’Ariane le sortit de ses pensées. Elle devait vouloir tout savoir sur ce personnage étrange. Il alla la voir sans tarder.

Pendant ce temps, Alister déchiffrait les titres des livres, posaient ses yeux sur les étagères supérieures, s’accroupissait pour lire un titre au ras du sol. Il se releva à la seconde où Mélanie se dressa devant lui. Un grand sourire ouvrait le visage de l’adolescente et ses joues étaient légèrement rosies par le trac. Mais elle avait l’habitude, à 17 ans à peine, d’entamer la conversation avec des inconnus et elle dissimulait au mieux son cœur battant.

« Salut, je m’appelle Mélanie. Tu es nouveau ici ?
- Oui, je m’appelle Alister et mes parents ont juste commencé à vivre ici, il y a trois jours. Je viens de Exeter, en Angleterre.
- D’accord! Tu dois être pas mal dépaysé.
- Un peu, c’est vrai.
- Je suppose que tu vas venir au lycée avec nous alors, pour terminer l’année ? Tu veux que je te présente tes nouveaux collègues de classe ?
- Euh, no, merci. Je vais lire ça un peu. Dis, tu sais comment s’appelle l’homme de la librairie ?
- De la librairie ? Ah, Nino ! Oui ! Tu as besoin de lui ?
- Oui, s’il te plaît, tu peux…
- Ne bouge pas, je vais le chercher

Mélanie partit à la recherche de Nino, un peu vexée par la réception glaciale de cet anglais au physique de vampire mal réveillé.

Quelques minutes, Nino, qui avait observé l’échange de la table d’Ariane, revint vers Alister.

« Monsieur Nino, euh, ces livres sont très bien mais je cherche un en particulier.
- Ah oui, lequel ?
- Il s’appelle « Chroniques universelles de Champebourg ».

Nino retint son souffle. Comment cet anglais sorti de nulle part pouvait-il connaître CE livre ? C’était impossible ! Il avait été oublié de tous depuis des décénies…

« Vous l’avez ? demanda Alister avec l’insistance de quelqu’un qui ne démordra pas de son but.

- Euh… c’est que…je vais aller voir là-haut. Je ne sais pas s’il est encore là. Restez… restez là, je reviens.

Nino se dirigea vers les escaliers, essayant de paraître le plus calme possible. Mais, dans sa tête, les questions se frappaient les unes aux autres. Qui était ce garçon ? Comment connaissait-il l’existence de ce livre ? Que devait-il faire maintenant ?
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Tickle
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MessageSujet: Re: Au plaisir de vous lire   Mer 22 Fév à 23:31

Eh voilà, sans demander son avis à personne ou presque, voici la suite de notre histoire ngaienne.
Toutes les critiques sont les bienvenues mais surtout, lancez-vous dans la suite car deux auteurs en trois chapitres, ça fait une petite moyenne...

PS: merci Lain d'avoir relancé le truc et de m'avoir motivée

CHAPITRE 3


Il n’eut pas besoin de chercher longtemps dans la réserve du grenier pour savoir où se trouvait « Chroniques Universelles de Champebourg ». Même si personne n’avait ouvert ce livre depuis plus de dix ans, les conséquences dans lesquelles il avait été amené à le ranger restaient ancrées dans sa tête.
Nino était face au coffre qui contenait le livre. Perdu dans un coin sombre, troué ça et là par le temps, il n'aurait attiré le regard de personne. Pourtant Nino le regardait avec insistance, essayant de rejeter au loin les souvenirs qui gonflaient son esprit. Pierre, Susanne, Lucie et Luc, le frère de Mireille, tous ces visages se dessinaient sur le dessus poussiéreux du coffre noir. Le cadenas doré le maintenait fermé, et la clé battait contre le cœur de Nino, toujours à la même place. Il se résolut alors : il ne pouvait jouer à ce jeu avec un inconnu et trahir l’action de ces amis. Il rebroussa chemin sans le livre.
Alister attendait, le visage plein d’impatience et d’excitation.
- Ecoutez, je suis désolé. Nous n’avons plus ce livre. Il a du être perdu lors des travaux dans la bibliothèque il y a trois ans.
- Mais… c’est pas possible perdre un livre comme ça.
Nino s’emporta :
- Mais que savez-vous après tout sur ce livre ? Il faisait partie du patrimoine de Champebourg et nous regrettons de l’avoir perdu mais c’est ainsi. Alors si vous voulez tout savoir sur votre nouvelle ville, je vous ai conseillé deux livres passionnants!
- C’est bon, c’est bon. Pas la peine s’énerver comme ça.
Vexé mais avant tout déçu, Alister quitta la bibliothèque d’un pas rapide. Tous l'observaient avec le même regard qu’à son arrivée, mélange de surprise et de crainte.

Nino revint vers son comptoir le regard noir. Il aimait cet endroit et redoutait par dessus tout que le ton y monte. Mais surtout, les souvenirs liés à ce livre le rendaient inquiet. Il ne souhaitait pas que tout cela recommence.

L’attitude des lecteurs marquait leur appréhension : personne ne vint le trouver pour en savoir plus, et tout le monde regagna son domicile bien plus tôt qu’à l’habitude. Même le vieux Louis qui restait souvent après la fermeture pour bavarder avec Nino ne s’attarda pas. La conversation fut brève :
- Un bien étrange gamin, tout à l’heure, hein Nino ?
- Je ne te le fais pas dire, Louis. Il a l’air bien sur de lui mais il ne m’inspire pas tellement confiance.
- Qu’est-ce qu’il voulait tout à l’heure ?
- Tout à l’heure ? Oh rien, un vieux livre d’un illustre inconnu sur la région. Mais il s’est perdu dans les derniers travaux je suppose et le gamin s’est énervé que nous ne l’ayons plus. Mais enfin, on ne peut pas tout garder non plus.
- Tas bien raison, Nino. T’as bien raison! A peine arrivé qu’il veut déjà tout ! De toutes façons, j’aime pas les Anglais.
Nino eut un mince sourire.
- Allez, Nino. Il se fait tard. Bonne soirée et à demain.
- A demain Louis.

Quelques instants plus tard, l’obscurité se fit dans la bibliothèque. Nino répétait les mêmes gestes que chaque soir : ranger les dernières fiches, embrasser la pièce du regard, éteindre la lumière, se diriger vers la sortie, balayer de nouveau la pièce des yeux, sortir et tourner les clés dans la vieille serrure. Les mêmes actions, répétées un nombre incalculable de fois. Pourtant ce soir, Nino marcha vers sa voiture sans se retourner vers la bibliothèque, la tête bouillonante.
S’il l’avait fait, il aurait certainement aperçu une silhouette étrange frôler le coin de la bâtisse. Ou bien était-ce le reflet de la lune dans les marronniers tremblants ?
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Antigone
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MessageSujet: Re: Au plaisir de vous lire   Ven 3 Mar à 14:25

CHAPITRE 4


Il fouillait ses poches depuis de longues minutes déjà, à la recherche de ses clefs qui comme toujours prenaient un malin plaisir à se terrer dans les endroits les plus inaccessibles. Agacé, il poussa un long soupir, et implora mentalement le ciel. Le visage silencieux qui d'habitude le rassurait lui paraissait aujourd'hui oppressant, presque menaçant. C'était ridicule...
Cependant il se redressa, aux aguets. Il y avait quelqu'un, il en était sûr. Quelqu'un qui le guettait depuis l'ombre. De plus en plus nerveux, il reprit ses recherches d'une main légèrement tremblante. Quelques secondes plus tard, il extirpait avec soulagement son trousseau de clefs, et sélectionnait celle de sa voiture quand une petite voix s'éleva à côté de lui.

- Pourquoi?

Il sursauta, fit tomber le trousseau dans une flaque d'eau, et se retourna brusquement. Elle ne devait pas avoir plus de sept ans, cette petite fille... Peut-être moins d'ailleurs. Il la dévisagea en tentant de se donner un air impressionant, sourcils froncés.

- Eh bien alors! Qu'est-ce que tu fais ici, petite? Tu devrais déjà dormir!

Elle ne haussa même pas les épaules, absorbée par l'étude des sillons sur le visage du bibliothécaire. Son petit visage avait le sérieux d'un percepteur des impôts, et Nino se sentit encore plus mal à l'aise. Il n'avait jamais su y faire avec les enfants, en plus... Ces drôles de créatures minuscules au raisonnement imprévisible le paralysaient un peu.

- Eh, petite! Tu es qui, toi? insista-t-il, bougon.
- Moi, je crois que tu l'as, le livre, dit-elle en paraissant sortir d'un rêve.
- Le... Oh, je vois, grogna Nino. Tu parles du livre que voulait l'anglais. On t'envoie parce qu'on pense que je cache quelque chose, hein? Ils veulent t'utiliser pour m'attendrir, c'est ça?
- Ne dis pas que je suis là, chuchota-t-elle, les yeux agrandis par la peur. Ne leur dis pas! S'il te plaît, monsieur, supplia-t-elle encore en s'accrochant à son bras, s'il te plaît, c'est un secret pour nous,
d'accord?

Ce n'est qu'à ce moment qu'il remarqua la drôle d'allure de l'enfant. Aucun adulte n'aurait laissé une petite fille sortir avec des sandalettes en plastique rose, même si les impressionantes chaussettes de laine la protégeaient sans doute du froid. Et ce chemisier si fin, en février! Elle devait être gelée! Se pourrait-il qu'elle se soit sauvée, seule, pour lui parler? Il secoua la tête, sans quitter son air bourru, la petite fille toujours accrochée à son bras. Elle enfouit le visage dans la manche de son pull, et frissonna.

- Allez, petite, fit-il en l'éloignant de lui, tu ferais mieux de rentrer, maintenant. On va s'inquiéter, chez toi.
- Pourquoi?
- Parce qu'il est tard, et que tu vas tomber malade, habillée comme ça.
- Pourquoi tu ne veux pas montrer le livre, monsieur?
- Tu vas arrêter, avec ce livre, oui! Je n'ai pas ce livre! Je l'ai perdu! Ce sont des choses qui arrivent! Alors tu diras à ton... frère ou je-ne-sais-quoi qu'il n'a pas besoin de t'envoyer pour me harceler. Je ne l'ai pas.

Elle baissa la tête sous le sermon du vieil homme, et une larme perla doucement avant de rouler sur sa joue. Un peu déstabilisé, Nino se détourna, et ramassa ses clefs. Il trouva enfin la bonne, ouvrit la portière de la voiture, et allait s'installer derrière le volant quand il sentit le souffle chaud de la petite fille sur sa main.

- Al' m'a dit... Qu'il le fallait, pour le trésor, murmura-t-elle tristement. Si toi tu ne l'as pas, monsieur, où il est? Al' a dit qu'on en a besoin...

Nino fit alors une chose qu'il regarderait encore, des années plus tard, comme un acte surprenant et incompréhensible: il se pencha, et souleva la petite fille dans ses bras. Elle se blottit contre lui avec confiance, renifla discrètement, et passa un bras menu derrière son cou. Le bibliothécaire reserra un peu son étreinte. Elle était en effet gelée, la pauvre. Il ouvrit d'une main la portière, l'installa sur le siège arrière en ayant soin de boucler sa ceinture, et vint s'asseoir à l'avant, songeur.

- Tu habites où?
- La maison a des volets bleus et un oiseau sur le toit. Dans la rue longue, longue, longue, tout en haut! Celle des oiseaux.

Route des oiseaux, l'ancienne maison Degas. Nino démarra, perdu dans ses pensées. A l'arrière, la petite fille se laissait éblouir par la lumière des révèrbères en mâchouillant machinalement son pouce. Elle n'avait pas d'accent. L'anglais ne devait pas être son frère, alors... Un cousin étranger, peut-être? Mais comment avaient-ils pu avoir vent de l'existence de ce livre, bon sang... Et cette histoire de trésor? Des visages anciens défilèrent devant lui, ces mêmes souvenirs, encore. Il ne pouvait pas.

- Monsieur, tu sais quoi? demanda brusquement la petite en ôtant son pouce de sa bouche avec un bruit de succion.
- Quoi?
- Tu m'as même pas demandé comment je m'appelle.
- Ah, oui. Comment tu t'appelles, petite?
- Je m'appelle Juliette, répondit-elle en souriant de toutes ses dents de lait.

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Faë
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MessageSujet: Re: Au plaisir de vous lire   Dim 12 Mar à 20:48

Mais Nino ne répondit pas, pas plus qu'il ne jeta un regard , dans le rétroviseur, sur le sourire aux dents de lait.
Les yeux fixés sur la route, il contemplait le reflet phosphorescent de la lumière des lampadaires sur le goudron mouillé; le crachin, la lumière bleutée du soir l'avaient apaisé; un coup de vent effleura les arbres et fit frissonner les hortensias du jardin, tandis que la voiture s'arrêtait doucement le long de la clôture de bois délavé; la maison aussi, les volets, l'étaient ,délavés; c'était tout juste cette maison qu'il leur fallait ! pas de doute, songea-t-il avec agacement; il descendit avec fatigue et se pencha vers la petite, endormie, tête écroulée sur la vitre de la portière.


CHAPITRE 5




Dans son dos, une mince silhouette apparut à la porte; courbé sur l'enfant , Nino en fut ausstôt averti: il les regardait;
Nino souleva délicatement la petite, laissa filer la ceinture de sécurité vers l'intèrieur de la voiture et claqua la portière du bout du pied . Pas besoin d'être grand clerc pour s'attendre à le voir, il devait guetter les résultats de son ambassade....mais en dépit de son humour forcé, Nino se sentait inexorablement vidé de toute gaité tandis qu'il remontait l'allée, Juliette dans les bras, en soufflant un peu. Le long visage pâle qui le scrutait à l'entrée fit monter en lui à nouveau ce sentiment d'impuissance déchirée et de haine exaspérée; pourquoi? le regard cave et bleu qui attendait, suppliait ? en silence....Il en avait son compte, Nino, de ces regards, avec les gens d'ici ! c'est tout le monde qui l'avait ce regard, avec les soucis, les embruns, les chagrins.....pourquoi ce foutu gosse provoquait-il chez lui ce chagrin coupable?

- Je l'ai ramenée, dit-il gentiment, en tendant les bras pour montrer Juliette.

Muet, l'adolescent prit délicatement la petite et dévisagea Nino.

- Voilà...dit celui-ci .

Tête courbée, il sentait le silence comme une plainte.

- Il n'y a plus de livre, fit-il soudain d'un voix sourde mais forte. Il ne faut pas y compter; c'est ainsi.

Il fit sans le vouloir, passer dans ces mots le refus désespéré de qui a refermé la porte du passé. Il se détourna et partit , attentif aux coups de son coeur, sonores, qui l'emplissaient de la poitrine aux tympans.
Les doigts tremblants, il chercha les clés, démarra, s'enfuit en les laissant...

Ce fut au feu rouge - l'unique du village, victoire de l'urbanisation du maire - que sa respiration s'apaisa; patientant sous les arbres, il mit en marche les essuies-glaces, et poussa un long soupir qui fit refluer son trouble; une mouette déchira le ciel avec un cri rauque et, la suivant des yeux, Nino se sentit délivré.
Un gosse ! Il sourit doucement....Quelle histoire avait-il raconté à Juliette pour qu'elle fasse tout ce chemin ?
Souriant toujours, il fit repartir la vieille voiture au feu vert; un gosse...
C'est un coup plus fort que les autres à son vieux coeur, qui figea le sourire; quel âge avait-il ?
Des visages et des rires se brouillèrent dans sa tête; Pierre criait en riant, suivi de Suzanne qui courait...Lucie et Luc, les jumeaux, les yeux brillants...Nino arrêta la voiture, mains tremblantes.[/b]
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lyra
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MessageSujet: Re: Au plaisir de vous lire   Ven 17 Mar à 4:44

CHAPITRE 6

"Monsieur, MONSIEUR !"
- Aïe
La voix du jeune anglais fit sursauter Nino qui se cogna contre le comptoir. Occupé à dépoussiérer quelques vieilles babioles en sa possession, il n'avait pas vu Alister s'introduire dans la bibliothèque, l'air soucieux et la chemise négligemment rabattu sur son pantalon.
- Quoi ! Dit Nino irrité de s'être cogné pour entendre les vaines supplications de cet anglais.
- Monsieur... hum, je pense que ...il est nécessaire, heu... de vous remercier... pour Juliette.
- Nécessaire ! Ce qui est nécessaire mon gars c'est de ne pas laisser une gamine dans la rue, avec un temps pareil !
La prochaine fois gardez un oeil sur vot'soeur !
- Ma soeur ?! Oh no, Juliette, c'est pas ma soeur ! Justement ... Elle parle beaucoup de vous.
- Elle parle ... de moi ? Reprit Nino méfiant.
- Oui, et... si vous pouviez, hum... prendre un thé avec nous, se serait avec grand plaisir. Acheva Alister.
Nino posa son chiffon. Il s'attendait à tout, enfin presque, puisque cette invitation à prendre le thé le prit au dépourvu.
Qu'attendait-il ?
- J'ai pourtant était clair commença le vieille homme, je n'ai plus ce livre.
Allez bonne journée !
Alister posa ses mains aux ongles bleuîts sur le comptoir. Nino le dévisagea quelque seconde.
Le jeune homme lui rappelait les héros de Balzac. Un peu pommés...

"Juliette compte sur vous"

********


C'est un petit homme replet qui accueilla Nino.
Son visage, tel hiboux avec ses grosses cernes et sa bouche épaisse, senfonçait dans un gilet bordeaux, brodé, orné de boutons de cuivre.
- Vous êtes venu finalement !
C'est bien dommage, j'avais parié mes derniers cookies que vous ne viendriez pas, commença t-il, je crois bien qu'ils finirons dans l'estomac d'Alister. Mais entrez... entrez. Je ne tiens à ce que vous tombiez malade par ma faute.

Le maison Degas.
Voilà bien des années que Nino n'y avait pas mis les pieds. il suivit son hôte à travers le hall. Il fut parcouru d'un frisson en traversant ses dalles de marbres blancs semblable à la banquise. Le vent s'infiltrait par les fenêtres cassées, les rideaux ondulaient.
Le hiboux grassouillet mis fin à ce périlleux voyage dans l'antarctique pour une pièce bien plus accueillante: le salon.
Des rayons écarlates transperçaient les voilages incarnats pour attérir sur une "italienne" de la renaissance où quelque gâteaux secs rongés par les mites et un service à thé poussièreux se disputaient le peu de place disponible sur le plateau.
Nino remarque une assiette pleine de miettes et une tasse de thé à peine entamée.
Le petit homme s'excusa de son impatience, "qualité" qu'il mit sur le compte des anglais et décréta que lui et son ami ne pourraient changer leur vieilles habitudes.
C'est ansi que Nino comprit que son hôte était anglais.

"Monsieur ?! Tu es venu pour moi ? "
La petite Juliette se dressa sur la pointe de ses pieds nus. Elle pleurait.
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Tara
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MessageSujet: Re: Au plaisir de vous lire   Sam 15 Avr à 23:43

bon ben, voila, j'ai lu et j'ai eu envie d'écrire la suite... alors je m'incruste


Nino se sentait gêné. durant de longues heures il s'était imaginé ce qui pourrait arrivé si il décidait d'accepter cette invitation. En se regardant dans la vieille glace pendant qu'il terminait de se raser, il s'était rendu compte que sa curiosité avait été ravivée. Elle qui depuis si longtemps avait été enfouie au fond de son coeur... non, il ne voulait plus se rapppeler. C'était il y a trop d'années, auprès d'amis trop chers à son coeur pour salir le mémopire et leurs actes par sa simple curiosité.

-je ne dois pas y aller, avait il dit à son reflet.

Quelque part dans sa vieille maison, un chat avait miaulé. Félix.

- je en dois pas y aller. s'était il ordonné.

Sans s'en être rendu compte,il avait prit sa voiture et s'était dirigé non pas vers la bibliothèque mais vers la maison Degas.
Et le voici maintenant devant cette gamine en larme. non, vraiment, il n'avait pas pensé que cela se passerait comme ça.
Pour faire bonne figure, il ébourrifa les cheveux clairs de la petite.

-oui, plus ou moins.

La petite fille renifla encore une fois et s'essuya son nez coulant avec le revers de sa manche. Heureuse d'être l'objet de la visite du vieux bibliothécaire, elle s'accrocha à sa jambe et sécha ses dernières larmes dans le pantalon en velour noir de Nino.
Ce dernier allait la prendre dans ses bras quand une porte qu'il n'avait pas vu s'ouvrit à la volée.
Un courant d'air s'échappa et Juliette lâcha précitamment Nino. elle avait peur. si le bibliothécaire n'avait pas lu cette peur dans les yeux de la gamine, il le comprit par son geste. Juliette se mit derrière lui et se fit toute petite.
Nino se tourna vers le petit homme replet qui lui avait ouvert la porte pour avaoir une quelconque explication mais celui ci avait disparu.
la peur commençait à monter et l'estomac du vieil homme en était noué. derrière lui, la petite fille avait recommencée à pleurer et ne s'arrêtait que pour murmurer "ne me fait pas de mal, ne me fait pas de mal"
non, décidement, il n'aurait pas du venir. il avait de plus en plus peur tant et si bien qu'il était figé sur place. pourtant, il n'y avait rien d'anormal dans cette pièce. seulement un coup de vent qu iavait ouvert une porte, ealors pourquoi tremblait-il autant ? était l'histoire de la maison qui le faisait ainsi frissoner d'angoisse ?
Il replongea tête baissée dans ses vieux souvenirs. Maison Degas.
Il se revit le jour où le propriétaire avait vendu, à moitié terrifié, à moitié excité de partir. il vit les Degas enménager. oh, c'était une famille charmante. La mère Degas et ses suculents cookies au chocolat. elle s'appelait Annabelle. Le père Degas,dont le nom était Baptiste, avait un coeur en or et il avait ouvert une épicerie au village où il offrait de quoi se nourrir à ceux qui ne pouvaient pas s'offrir de quoi manger. Et leur Petite Lisette. Elle était sans doute la petite fille la plus passionnée par les contes que Nino ait rencontré. Elle avait un rêve, celui de devnir princesse. Pourtant aujourd'hui, cette famille n'existait plus. Nino ne savait même pas ce qu'elle était devenue mais le simple fait d'y pener lui faisait voir Lisette courant dans les corridors. cette pièce, ce salon, avait autrefois été sa salle de bal. C'était là qu'elle dansait en compagnie de ses peluches, là qu'elle prenait le thé, là qu'elle l'écoutait, lui le bibliothécaire, lire des livres de contes.
Mais aujourd'hui, cette salle si chaleureuse avait tout perdu. il ne restait que des souvenirs. plus rien, mis à part le vent de Février qui pouvait ouvrir n'importe quelle porte.
Nino reprit soudain ses esprits. La cause ? Juliette lui tirait manche. Il regarda la petite fille et ne put s'empêcher de lui sourire, le présent se mélangeant avec le souvenir de Lisette. Elle lui parlait mais il ne l'entendait pas. Il était comme sur un nuage, en fait, il avait l'impression de quitter peu à peu son corps. Et il souriait. Juliette le pressait de partir mais les jambes en coton du vieil homme refusaient de fonctionner.
tout à coup, quelqu'un entra dans la pièce. Nino ne le distinga pas mais le regarda aller fermer la porte.
Le nouvel arrivant s'approcha ensuite du bibliothécaire et lui parla mais Nino ne l'entendit toujours pas. Le visage de son interlocuteur était flou et l'image de Baptiste se superposait au présent. Tout autour, la pièce devenait floue et perdait peu à peu ses couleurs.

-les souvenirs me hantent de nouveau ... dit-il avant de s'éffondrer mollement sur le sol carrelé.

Près de Lui, Juliette et Alister se regardèrent. le jeune homme envoya la petite ouvrir les portes pendant qu'il relevait tant bien que mal le vieil homme inconscient.
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Lain
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MessageSujet: Re: Au plaisir de vous lire   Lun 21 Aoû à 13:48

CHAPITRE 8


Edouard retrouva Johanne devant la bibliothèque. Il s'était empressé de s'habiller et de déjeuner pour avoir l'opportunité de discuter quelques minutes avec elle en tête-à-tête: cela faisait déjà quelques semaines qu'il tentait de s'attirer ses bonnes grâces, mais la vie en bande ne facilitait pas les choses. Sans compter qu'elle avait la fâcheuse manie de se servir du bien trop brave Rachid comme bouclier contre ses assiduités...

Loin de le décourager, tout cela ne faisait que renforcer sa détermination. Il la salua chaleureusement et bavarda quelques instants avant de réaliser qu'elle ne semblait pas l'écouter.

- T'es pas réveillée on dirait...
- Tu as vu l'heure ? fit-elle avec un air soucieux en pointant du doigt la porte close du "Plaisir de lire".
- Hmm, eh bien le vieux Nino est à la bourre... Qui sait, il a peut-être rencontré une princesse hier soir et a passé sa nuit à faire des...
- Oh, qu'est-ce que tu peux être bête ! Tu sais bien que ce n'est pas son genre. J'espère qu'il n'y a rien de grave...

Johanne n'était pas du genre à feindre l'inquiétude; Edouard prit donc le parti de jouer la compréhension et de l'aider de son mieux, même s'il se sentait toujours mal à l'aise dans ce rôle.

- Tu veux qu'on aille voir chez lui ?

-------------------------------------------------


Vingt minutes plus tard, l'angoisse de Johanne avait fini par déteindre sur Edouard: personne chez Nino, pas de voiture, le courrier de la veille toujours glissé sous la porte d'entrée... Leur enquête faisait chou blanc. En chemin, ils avaient été rejoints par Rachid, puis au retour avaient trouvé Mélanie assise sur les marches de la bibliothèque. Elle discutait avec Mireille.

- Tu es sûre qu'il lui a dit non ? demandait Mélanie lorsque le groupe arriva à portée de voix.
- Oui, il avait l'air en colère... Et tu connais Nino, une vraie tête de mule... Après ce qu'il s'était passé la veille, ça m'étonnerait qu'il ait changé d'avis.

Comme ses amis arrivaient, Mélanie leur expliqua qu'Alister était venu inviter Nino à prendre le thé en fin d'après-midi. Même si aucun d'entre eux n'imaginait Nino finir par accepter, c'était leur seule piste, et ils se mirent en marche vers la route des oiseaux. Mireille ne fit pas mine de les suivre.

- Mireille ? Tu ne viens pas ? s'étonna Johanne.
- Non... Je ne peux pas. Tenez-moi au courant.
- C'est sans doute parce que c'est la maison des Degas, expliqua à voix basse Johanne lorsqu'ils se furent retournés. Je crois qu'elle ne pourra jamais y retourner...

Les quatre amis échangèrent un silence entendu et marchèrent d'un bon pas sur la chaussée. La route des oiseaux était autrefois un simple chemin menant à la ferme des parents de Grégoire, chemin devenu route lorsqu'un sentier avait été tracé de l'autre côté de la ferme jusqu'au village voisin de Mesnois, puis rue quand quelques nouveaux habitants firent construire des maisons spacieuses tout du long. Parmi eux, les Degas, jeunes retraités usés par la tempête parisienne qu'ils avaient affrontée durant quarante ans. Les Degas avaient passé à Champebourg quelques années paisibles, avant que...

- Regardez, la voiture de Nino est garée dans la cour !

Ils se mirent à courir comme des enfants, ne sachant trop s'ils devaient être rassurés d'avoir retrouvé la trace de Nino ou s'il fallait craindre un événement assez grave pour l'avoir retenu là toute la nuit.

Quelqu'un les avait entendus arriver, car la porte s'ouvrit avant qu'ils n'y parviennent. Un petit homme gras et maniéré les accueillit avec une triste mine.

- Oh, vous venez pour Nino, n'est-ce pas ? Entrez, entrez, nous nous faisons beaucoup de souci... Il a perdu connaissance alors que nous bavardions, hier soir, et ne semble pas avoir, comment dire, retrouvé ses esprits... Savez-vous s'il est malade ?

Ce disant, il les avait conduits à l'étage jusqu'à une petite chambre au charme poussiéreux; Nino gisait sur un lit, recroquevillé, les poings crispés. Une petite fille au visage cendreux serrait sa tête contre elle.

- Monsieur, monsieur, réveille-toi...
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MessageSujet: Re: Au plaisir de vous lire   Mer 1 Aoû à 3:21

Suite du CHAPITRE 8



Johanne s’avança prudemment.
Les points crispés.
Le ventre noué.
Une grosse boule de billard s’était coincé dans sa gorge à la vue du vielle homme. Des souvenirs sombres et poussièreux tentaient de refaire surface. Comme un hoquet qui se gonfle dans le larynx, remonte, explose.
Ebranlant tout sur son passage.

Une main effleura doucement la sienne.
- attends, souffla Edouard.
Attendre quoi ?
Nino, l’éternel sexagénaire, s’était écroulé.
Il avait sombré dans le précipice jusqu’alors si soignesement évité.
Il était vieux le Nino. Son corps avait rattrapé son esprit.
Mais dans quels abysses fallait-il le repêcher ?
Ces pensées défilèrent quelques secondes dans l’esprit de Johanne avant de s’évaporer.
- Lucie ? Nino s’était relevé.
Mais était-ce vraiment lui ?
Son regard brillant…
Ses pupilles dilatées…
- Lucie… soufflat-il, soudain soulagé.
Et sans crier gare, il bondit sur ses pattes fragiles et usées pour attraper Johanne par la taille.
Ses pas étaient souples et vifs.
Il dansait.
Sans doute avait-il oublié ses courbatures, anguilles vicieuses, qui se faufilaient dans les moindres recoins de son corps desséché. Et son cartilage, aussi grinçant que de la caillasse. Mais ses funèbres souvenirs le rettrapèrent bien vite. Peu être trop vite
Le hoquets explosa.
Des relents.
Haut-le-coeur.
A genoux, Nino. A genoux.
Tu es vieux.
- Lucie, Oh Lucie, si tu savais… commençat-il, accablé.
Mais Johanne pris peur. Ses poignets, prisonniers des mains de Nino, tentèrent de se dégager. En vain.
Son regard d’aliéné se tourna vers les trois autres adolescents
- Luc, Susanne… Pierre, je pensais…
Son visage s’illumina. Pauvre Nino, à quoi pensait-il ?
- Je croyais que vous …
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase car une giffle brûlante venait de le déloger de son nuage.
Des liens sombres et tranchants, dégoulinants d’une réalité poisseuse l’éloignère de ses rêves.
La main de Mireille se retira, encore chaude et douloureuse.
La marque rose sur la joue.

Silence étouffant.

Silence écrasant.

- Tu te trompe Nino. Luc n’est pas ici, soufflat Mireille
Durant toute la scène, personne n’avait soufflé mot. Le spectacle était si étrange.
Johanne. Nino.
Coup de théatre. Mireille.
Mais que nous réservait le scénariste.
Où nous emmenait ce tireur de ficelles qui disposait de nos vies comme on dispose de marrionnettes ?
« Il a certainement un but précis pour nous réunir à Degas… tous. »
Nino s’était redressait. Son costume de biblithécaire impecable parfaitement enfilé. Aucune trace de l’aliéné. Nino l’avait soigneusement emballé et envoyé aux oubliettes.
Maintenant il observe ses compagnons d’un oeil lucide.
L’autre cogne encore dans sa tête.
« Regarde. Mais regarde ! Ils sont tous là ! »
- Mais je vois ! Hurla Nino.
Réalisant qu’il n’était pas seul, Nino bredouilla quelque mots d’excuses, mais personne ne réagit.

Statue de cire.

Il était entouré de statues de cire. Pas un cil de battait. Plus un souffle ne s’échappait.
Le temps était figé. Même le vent avait cessé de taquiner les rideaux.
Nino fit le tour de la pièce. Il n’était pas vraiment surpris, il ne s’y attendait plus, simplement. A vrai dire, il en avait vu de plus étranges. Mais c’était il y a si longtemps.
Ses visages figés lui donnèrent la migraine. Il tentat de calmer son mal en apuyant ses index sur ses tempes. Lentement, son corps s’affaissa sur le sol recouvert de moquette.
- alors Nino, j’ai l’impression qu’un coup de vent à soulevé toute cette maudit poussière… Mais ne t’inquiète pas, au-dela des larmes il y a des yeux.
Félix se tenait bien droit face à lui. Le dessus de sa tête grise ébourrifé, il astiquait minutieusement ça dentition à l’aide de sa petite langue.
- Désolé. C’est ce que réserve souvent les repas succulents. Quelques plumes, quelques arrêtes. La rivière tranquille est souvent profonde.
Ses yeux bleux pétillait de malice.
Nino, lui, était au bord de l’apoplexi : son chat… son chat qui parle ?
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