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 Paris - Gare du Nord

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Candleinthestorm

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MessageSujet: Paris - Gare du Nord   Mar 4 Oct à 1:50

Paris. Gare du Nord, 15h54. C’est là que mon périple commence. Etrangement, les 25h d’autocar ne font pas partie de mon voyage. J’en ai la conviction. Elles auront été un préambule indispensable, certes, mais c’est maintenant que tout commence. Je suis au milieu de la foule, courbaturé et fatigué, mes bagages à mes pieds, et j’ai le sentiment d’avoir été catapulté là contre mon gré. Comme si je m’étais endormi dans mon lit, et que je venais de me réveiller en sursaut, ici, au beau milieu du monde. Tout se teinte alors d’irréel, et je sens au plus profond de mon être que quelque chose, sous l’apparence banale de la réalité, vient de se métamorphoser. Dès lors, je sais que tout est possible, que je marche dans un rêve.
Malgré moi je souris. Je ramasse mes bagages. Mon corps en connaît le poids par cœur. Je me retourne alors sur la porte principale, et le regarde une fois de plus. Les gens la franchissent sans y prêter attention. A mes yeux, elle est le portail qui relie ce monde au mien. Lentement, savourant chacun de mes pas, je me dirige vers elle. Je la franchis sans la quitter des yeux. Rien ne se passe, et je perds mon sourire. Un peu déçu, je regagne l’enceinte de la gare. Je me trouve un peu ridicule d’avoir cru que la franchir serait fantastique. Cette pensée me redonne le sourire alors que je franchis la porte. Finalement, peut-être a-t-elle un pouvoir… Pendant un instant, je suis tenté de renouveler l’expérience, mais je choisis de m’en abstenir. Je préfère croire en sa magie, plutôt que de l’anéantir à coups de certitudes.

Je décide de visiter la gare. Au moins en faire le tour, voir de quoi il s’agit. Les gens sortent de partout, vont n’importe où, occupent tout l’espace. Aucun endroit n’est oublié. Les escalators du métro vomissent inlassablement leurs usagers en un long flux ininterrompu, alors qu’au coup par coup, les trains, se relayant, déversent leurs passagers, par salves qui se diluent dans la gare. Je suis alors frappé par leur nombre. Des gens arrivent ; d’autres partent. La gare est pleine et la foule reste inchangée, sans jamais cependant être exactement deux fois la même. Je songe à tous ces destins qui se croisent, qui s’ignorent, qui se frottent les uns aux autres. L’effervescence de la routine me passionne alors tout à coup, et j’ouvre grand les yeux pour les photographier, tous. Et je comprends une chose : le vrai langage de la vie est universel, limpide, clair. Des mots que je ne comprends pas surgissent de toutes parts, et je les comprends tous.
Une petite fille au teint sombre court deci delà. Elle décroche le combiné d’un poste téléphonique public et répond à un interlocuteur imaginaire. « Allô ? Allô ? » crie-t-elle. « Laisse ça là ! » ordonne sa mère. Mais c’est peine perdue : le combiné se balance au bout du fil et la petite standardiste, déjà loin, s’improvise chasseuse de pigeons. En passant à côté, sa mère raccroche le téléphone machinalement, en poursuivant sa conversation avec son amie. La petite fille fait l’effet d’un pavé dans la mare au sein des pigeons. Et tout ça s’envole dans le ciel de la gare, et tout est pagaille. J’abaisse le regard, et l’espace qu’occupait la petite fille est vide. S’est-elle envolée avec les oiseaux ?
On tire sur ma manche et je me retourne et tombe nez à nez avec une femme au regard perdu. Elle me tend la main et me parle incessamment. Son regard va de ma poche à l’étal de la sandwicherie, de l’étal à ma poche, de ma poche à mon visage, et le cycle recommence. Et je comprends la détresse de ses mots, et la famine de son corps. La faim est universelle. Je lui fais signe de m’accompagner et me dirige vers le comptoir. « Deux de ça ! » je demande en pointant du doigt la machine à café. Dans les instants qui suivent, je ne sais plus très bien où est l’homme et où est la machine. Les gestes du serveur sont mécaniques, et son visage est froid et dur, tellement distant… Au contraire, la machine souffle et vit, elle crache de la vapeur, elle est bruit et chaleur, et déjà l’odeur du café me parvient. Pendant tout ce temps, la femme au regard perdu ne cesse de me parler. Et dans ses mots je saisis son merci. Elle sait que je ne parle pas son langage, mais cela lui est égal. Nous allons nous asseoir et parle encore. Je me contente de lui sourire et de la regarder. Il y a dans les traits de son visage comme une sorte de noblesse. Tout à coup, elle se tait, et s’intéresse à son café. Elle le place au creux de ses mains, se délectant de sa brûlure. Elle porte la tasse à ses narines, s’imbibant de ses arômes. Puis, longuement, elle le boit, en silence, religieusement. Je sens des souvenirs enfouis ressurgir en elle. Elle fixe le sol, puis le brouillard se dissipe et elle reprend son monologue. Je ne la comprends pas. Toujours et décidément pas. Les gens se foutent d’être compris pourvu qu’on les écoute.

Je suis à nouveau seul et j’ai fait de la gare mon royaume. J’ai déposé mes bagages et je suis assis par terre, dos au mur. Je regarde l’horloge : plus que deux minutes. Je lève les yeux sur la foule, et j’ai l’impression de me trouver dans le sanctuaire du dieu Temps. De part et d’autre du panneau d’affichage, les adorateurs se pressent, toutes faces confondues tendues vers l’horloge. Je m’imagine que chacun médite et rend grâce à ce dieu moderne d’être arrivé à l’heure. Plus qu’une minute. Dans un déluge de cliquetis mécaniques, les chiffres et les lettres de l’autel défilent. Un groupe d’adorateurs a terminé sa méditation. D’un bloc, ils se dirigent vers leurs futurs.

Ca y est !
Je me tourne vers la gauche, et le plus petit des trains de la gare approche. Ce train est si atypique qu’il n’a pas sa place sur l’autel du temps, ni même sur les rails. Trois petits wagons bleus le composent, et il transporte des marchandises. Le pilote klaxonne discrètement pour se frayer un passage à travers les fidèles. C’est ce train là qui m’intéresse. Celui-là même que les gens ignorent. Une dernière fois, alors que mon train approche, je jette un regard sur la foule. Amusé, je retrouve la petite standardiste chasseuse de pigeons. Elle me regarde avec intérêt. Je rigole. Le train passe entre nous. Quand il s’éloigne à nouveau, je ne suis plus là. La petite fille sursaute, écarquille les yeux, et me cherche du regard. Elle tire sur la manche de sa mère et montre du doigt l’endroit que j’occupais encore il y a quelques instants. Sa mère regarde vaguement et lui caresse les cheveux, distraite. Moi, je suis allongé sur le dernier des trois wagons bleus, et je fixe le plafond de la gare. Comme je ne crains pas d’être vu par les hommes, je me retourne et fais signe à la petite fille qui m’aperçoit. Amusée et surprise de me voir là, elle rigole à son tour et m’envoie un bisou. J’en confirme bonne réception en lui retournant un clin d’œil.

Une fois hors de la gare, je remonte mon col et fais mine de regarder l’heure. Alors je me souviens que ma montre est sur mes bagages, au pied du mur. Je m’éloigne un peu, et pense à la petite fille en souriant avec nostalgie. Je suis assez loin maintenant. Je me retourne. D’ici, je vois les gens entrer et sortir par la porte principale. Bienheureux vous qui sortez… Non, n’entrez pas madame… Je me crispe et ferme les yeux.

L’explosion est gigantesque…

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eltrol
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MessageSujet: Re: Paris - Gare du Nord   Mer 5 Oct à 22:27

ah mais euuhh!! Faut pas écrire des trucs pareils.. on était bien dans cette gare.
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Candleinthestorm

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MessageSujet: Re: Paris - Gare du Nord   Mer 5 Oct à 23:59

Bon eh bien je propose une version personnalisable. A chaque occurence du nom de la gare apparaîtra une liste de gares importantes. Chacun rayera celles qu'il ne veut pas voir victimes d'attentat...


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Tickle
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MessageSujet: Re: Paris - Gare du Nord   Dim 9 Oct à 20:31

Wouhaou! Ben je suis soufflée là! Je m'attendais pas du tout à une telle fin et ça fait bien plaisir!!!

En plus, ca se lit bien. L'écriture est assez classique au départ mais elle se "personnalise" au fil du texte et on se mete vraiment à la place du personnage principal. Et là, on se dit, maisqu'est-ce qui peut bien lui passer par la tête? Pourquoi? Pourquoi?

Mais ça c'est une autre histoire. Ce mystère est d'ailleurs assez agréable parce qu'il permet plein d'interprétations... J'aime beaucoup!


Tickle, ravie
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fenril
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MessageSujet: Re: Paris - Gare du Nord   Lun 10 Oct à 12:04

Très joli texte... Histoire sympa... Dommage pour la gare :p

Vrai qu'on s'attend pas à la chute mais bon c'est le but de la nouvelle parait-il.
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Skid
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MessageSujet: Re: Paris - Gare du Nord   Mer 12 Oct à 11:12

yo en lisant j'me disais "rah dommage qu'il soit pas la pour la faire peter"
finalement tu m'a comblé candle...
Nan euh c'est bizarre tout de même, on ne voit pas une once de folie dans le discours du narrateur. Hormis lorsqu'il critique l'importance du temps, et encore. D'ailleurs il semble généreux gentil attentionné. C'est peut être ce contraste qui est bien même si j'aurais aimé voir un détail qui annonce la chose, même de manière peu explicite.
A vrai dire, je me trompe, car le poids des bagages, la durée du trajet en bus (quelqu'un vient de si loin ... ) ce sont des éléments pour comprendre, mais dans la tête du narrateur c'est le calme avant la tempête. bref joli coup.Ode aux terroristes... on pense pas assez à eux


Dernière édition par le Jeu 13 Oct à 12:19, édité 1 fois
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Candleinthestorm

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MessageSujet: Re: Paris - Gare du Nord   Mer 12 Oct à 13:27

Un peu plus d'explications...

J'ai pratiquement tout écrit dans le train. Tout sauf le dernier paragraphe. Au début j'écrivais pour m'occuper, et puis pour dire d'écrire n'importe quoi pourvu que ca puisse me remettre dans le bain après tout ce temps sans écrire.

Donc je ne savais pas trop où j'allais avec ce texte. C'était comme un exercice.

Et puis en tapant mon manuscrit, il y a cette fin qui m'est venue... Et j'avoue que ca m'a soufflé aussi. Parce que je voulais faire un personnage un peu hors du commun, mystérieux, gentil, bienveillant, et tout à coup, il se transforme en monstre sadique. Si vous vous amusez à le relire une seconde fois en toute connaissance de cause, ce personnage va vraiment vous paraître d'un sadisme et d'une cruauté horrible! Ses sourires, ses pensées, ses actions deviennent tous viles, viscéralement méchantes.

Et j'ai eu l'impression bizare que ce personnage m'échappait, à moi, moi qui l'ait écrit. Ca m'a fait tout drôle...

Toujours est-il que je l'ai laissé tel quel. Et puis au final, en relisant avec attention, on remarque que -peut-être inconsciemment avais-je cette fin en tête?- qu'il y a malgré tout une multitude de petits indices qui permettent de garder une vraisemblance à cette explosion finale : le poids des bagages et l'importance qu'il leur porte ; ce long voyage en bus qui lui semble insignifiant par rapport à ce qu'il lui reste à faire ; ce temps qui lui semble si précieux au final, avec ce décompte des minutes.

Bref, ce texte m'a surpris moi-même, et je me pose encore un tas de questions à son sujet...

Mais si ca vous plaît, c'est tant mieux !

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