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 L'enveloppe

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le chevelu
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MessageSujet: L'enveloppe   Mer 31 Mai à 20:48

Décidément la bière est toujours aussi bonne dans ce bar, c’est pour ça que j’y viens tous les soirs, pour ça que je commande toujours une pinte, que je sirote tranquillement en faisant une partie de dames avec un habitué. Ici, il y a toujours une oreille compréhensive, toujours quelqu’un pour vous écouter sans vous juger. Ici, on peut parler de tout, de rien, de la pluie, de sport, de femmes. Ici, je suis libre. Ici, je suis moi.

***


Toujours la même chose. Toujours. Une enveloppe, à l’intérieur une photo, derrière une adresse et quelques renseignements. C’est toujours ainsi, les pas dans l’escalier, le moment d’hésitation avant de glisser l’enveloppe sous la porte et à nouveau les pas dans l’escalier. Je sens bien qu’aucun d’eux ne veux s’attarder. Comme je les comprends.

***


Ce soir encore, j’ai un peu trop bu, le trajet jusqu’à chez moi va être long. Il n’y a pourtant qu’un kilomètre et demi du pub à cette ancien hangar désaffecté qui me sert d’atelier. Je l’ai acheté parce qu’il me faisait penser à un hall d’aéroport, en fait il me fait penser au hall de l’aéroport dans lequel j’ai atterri après toute l’affaire. Il est pour moi l’édification de ma nouvelle vie, comme ce pub, comme cette ville ; j’aime cette ville. Les gens sont accueillants, les gens ne posent pas de question, ils ne vous jugent pas. C’est la ville de la liberté. Ici, je suis en paix.

***


Comme à mon habitude, je n’ouvre pas l’enveloppe tout de suite, je finis mon journal, je vais à la cuisine, me prépare un thé à la menthe. Comme toujours cette vieille bouilloire rouillée menace de se percer, de laisser s’échapper ses tripes sur le brûleur, comme toujours elle tient bon, elle s’accroche à la vie. Comme je la comprends.

***


Ce soir, j’ai décidé de flâner un peu, de laisser les dernières vapeurs d’alcool me porter dans cette ville qui m’accueilli, cette ville qui m’a vu renaître. Oui, c’est bien cela que je fais ici. Je suis mort en laissant mon ancienne maison derrière moi, je suis né en descendant de l’avion. Et chaque jour je renais en sortant de chez moi, chaque jour de cette nouvelle vie. J’en arriverais presque à oublier toute cette affaire qui m’a mené ici. Tout ce bruit, toute cette pression, j’étouffais, je suffoquais, je mourrais à petit feu. Il fallait que ça cesse, je suis mort pour de bon, avant de renaître ici.

***


J’ai posé l’enveloppe sur la table du salon, la bouilloire pousse son cri, je vais la soulager. Je m’assoie dans mon seul fauteuil. Sur la table, à coté de l’enveloppe, se trouve une coupelle, dans celle-ci des morceaux de sucres. Comme à chaque enveloppe, ce sera sucre roux, non torréfié, sept morceaux, comme toujours avant une enveloppe. Puis alors que de la main gauche j’agite mon thé encore fumant, de la main droite, je rapproche l’enveloppe de moi. Comme convenu, elle est vierge de toute inscription, de toute façon, ils connaissent bien les règles du jeu.

***


J’ai suivi mes pieds et me suis retrouvé au milieu d’un grand square, je suis souvent passé à coté, je l’ai souvent regardé, sans jamais osé y pénétrer, sans jamais m’approcher de sa porte toujours ouverte. Ce soir la porte était fermée, je n’ai pas résisté, je me suis approché, l’ai poussée, frissonnant en entendant son grincement amer. Je suis maintenant assis à coté du kiosque à musique, j’imagine devant moi l’orchestre qui devait y jouer jadis. Je vois leurs visages heureux. Comme je les envie, moi qui ne le suis plus. Les bras de l’alcool commence à me laisser, ils desserrent leur étreinte, me laissent un goût de reviens-y. Il est tard, plus aucun bistrot n’est ouvert, la rosée commence à se déposer. J’ai froid.

***


Ce soir, je n’ai pas sommeil, cette enveloppe me gène. Il y a des enveloppes comme ça, des enveloppes qui vous font vous poser des questions. Est-ce que ce sera la dernière ? Pourquoi cet homme ? Qui est-il ? Qu’a-t-il fait ? Toutes ces questions qui vous hantent, réminiscence d’une conscience depuis longtemps enterrée. Conscience qui tente parfois de vains barouds d’honneur. Quand une enveloppe comme celles-ci se présente, je sais que je ne trouverais le repos qu’une fois l’avoir refermée. Ce soir, je la referme.

***


Je rentre chez moi, la nuit est noire. Noire comme l’est mon cœur. Je pose mon blouson sur une chaise dans l’entrée, me dirige vers la cuisine. J’ouvre le frigo, et prends une bouteille de vieux whisky. Je m’installe dans l’atelier, sur le fauteuil qui m’accueille une fois une œuvre finie. Ce fauteuil habituellement synonyme de repos, de satisfaction, aujourd’hui, il est dur, froid, il pique ma chair comme le whisky pique mes entrailles. Je me perds dans mes pensées, le regard perdu, fixant le lointain, absorbé par la baie vitrée comme l’alcool par mon foie. Ce soir, je suis triste.

***


Sorti de la douche, j’ai enfilé mes habits, cet ensemble qui ne sert que lorsqu’une enveloppe s’est glissée sous ma porte. Sorti de chez moi, je suis monté dans ma voiture, cette voiture qui prend la poussière dans le garage. Toutes ces choses me crient que j’ai une enveloppe à refermer. Elles crient, j’en ai mal à la tête.

***


Enfin, l’alcool m’a, à nouveau ouvert, les bras. J’éprouve l’envie de marcher, de courir. Je sors de chez moi en hâte, je ne ferme pas la porte. Qui pourrait vouloir entrer dans un hangar décrépi à trois heures du matin ? Je pars en direction du port. Le vent souffle, froid, il mord. Je me mets à courir. Au coin de la rue, je croise une vieille voiture, ses phares m’éblouissent et je me colle à un mur. Elle passe son chemin. Qui peut venir ici à une heure pareille ? Les gens sont pleins de surprises. Je reprends ma course. Direction le port.

***


Merde ! Mais quel est ce con qui veut se jeter sous les roues de ma voiture ? J’ai d’autres choses à faire. Arrivé à quelques centaines de mètres de mon but, je me gare. Ce visage, ce piéton, je l’ai déjà vu. L’enveloppe ! C’est lui. Bien, il me facilite la tâche.

***


Enfin j’arrive au port, cette petite course m’a libéré l’esprit des vapeurs de l’alcool. Je suis seul avec ma conscience, c’est le moment pour une de ces grandes discutions que l’on peut avoir avec soit même. Je m’assoie sur la jetée, des embruns mouillent mon visage.

***


Je coupe le contact, ouvre ma mallette sur le siège passager. Je saisis mes gants de cuir et les enfile. Sorti de la voiture, je jette un œil autour de moi : quartier industriel désaffecté, il n’y a que deux solutions, soit repère de la fange de nos villes, toxicomanes en manques et autres déchets, soit nouvelle banlieue huppée pour artiste émergeant .Je verrais bien. Après tout, qu’est ce que cela change ?

***


Les premiers bateaux quittent le port, ce sont des pêcheurs qui partent au large, à la recherche de meilleures prises. Mon Dieu ! Il est donc si tard ! Je ferais bien de rentrer, si je veux profiter de ma journée. Ce petit débat avec ma conscience m’a fait du bien. Je me sens mieux. Je respire avidement l’air de la mer puis reprends le chemin de chez moi. Lorsque j’y arrive, un sourire a fait son apparition sur mon visage.

***


La porte était ouverte, quel idiot ! J’entre chez lui, à première vue, c’est un artiste qui habite ici. Tant mieux, je me salirais moins les mains qu’avec un de ces déchets humains de drogués. Ceux la, je m’en occuperais presque gratuitement. J’étudie les lieux rapidement. J’ai trouvé, c’est là que je l’attendrais. Oui, cet endroit sera parfait.

***


Enfin chez moi, j’ouvre la porte et cours à la cuisine, j’ouvre le frigo, et saisi la bouteille de whisky. Elle fini dans l’évier, c’est l’une des choses que ma conscience m’a imposée lors de notre petit entretien. Puis je retourne à mon fauteuil. Il est de nouveau ce havre de paix, il est de nouveau douceur, de nouveau bonheur. Finalement, ce soir, je suis heureux. Je respire enfin.

***


Il est rentré, a trafiqué je ne sais quoi dans la cuisine puis est venu s’asseoir dans ce fauteuil que j’avais repéré. Je ne m’étais pas trompé. Il semble réfléchir.


***


C’est décidé, demain sera une bonne journée. Je me réveillerai dans ce fauteuil et ferai de cette journée la meilleure journée de ma nouvelle vie.

***


Je saisis la corde de piano dans mon veston, Deux tours à chaque main pour ne pas glisser. Une technique qui a fait ses preuves.


Une technique pour refermer les enveloppes.

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Acyella
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MessageSujet: Re: L'enveloppe   Jeu 1 Juin à 13:04

Waouw... Vraiment bravo c'est une nouvelle que j'aime beaucoup. La structure est vraiment bien et j'aime beaucoup ta façon d'écrire... Un vrai moment de bonheur à lire.. malgré les frissons que m'inspirent l'histoire..! Bravo !
Je suis fan Smile
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le chevelu
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MessageSujet: Re: L'enveloppe   Sam 3 Juin à 16:45

Je suis pas doué pour les remerciements. Tout ce que je peux te dire, c'est merci, mais crois moi, ça me touche.
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Capitaine Caverne
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MessageSujet: Re: L'enveloppe   Sam 3 Juin à 20:59

Ce sont des remerciements mérités, c'est une très belle nouvelle d'angoisse.
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Antigone
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MessageSujet: Re: L'enveloppe   Dim 3 Sep à 19:44

*fait semblant de ne pas avoir remarqué qu'elle a plus de trois mois de retard et commente quand même*

Excellente structure en effet, rien à redire sur le style, et encore moins sur le thème... Pourtant je suis loin d'être une fan des textes à tendance polar, mais vu le travail sur l'aspect psychologique des deux personnages, je ne peux qu'adhérer.

Et dois-je préciser que j'adore la chute? Qui a dit que j'étais complètement obsédée par les chutes?

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MessageSujet: Re: L'enveloppe   

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