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 Les aventures de Sparadrap-Jo - 2

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Vincent C
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Nombre de messages : 49
Date d'inscription : 10/12/2008

MessageSujet: Les aventures de Sparadrap-Jo - 2   Mar 24 Fév à 15:06

Je me réveille. Ça sent le propre autour de moi. Je suis dans un lit aux draps blancs. J’ai somnolé pendant des heures, peut-être des jours, mais maintenant je me sens complètement d’aplomb. La lumière du soleil vient frapper les murs blancs et je me sens bien. J’attends quelques heures de plus, en rêvassant tranquillement. Soudain la porte s’ouvre et je la vois apparaître. Elle a les yeux bleu-vert, cachés derrières de fines lunettes ovales, ses cheveux roux sont tirés en arrière, et malgré une blouse blanche et sans forme, je devine ses courbes harmonieuses. Elle est petite et pas vraiment aimable, j’ai soudain envie de la voir sourire.
« Elle ne t’aime pas »
Elle tient un carnet et un stylo. Elle ne m’a pas encore regardé. Je lui souris. Elle va peut-être finir par m’apercevoir. Soudain, son regard se pose sur moi, elle sourit légèrement.
« Bonjour, je suis contente de voir que vous vous êtes réveillé.
- Bonjour, je suis à l’hôpital ? »
C’était la question la plus stupide que je pouvais trouver, et je lui ai posée. Je rougis un peu. Elle laisse échapper un léger rire.
« Oui, vous avez été agressé par un chien. Vous avez dormi plusieurs jours. me répond-elle.
- Je n’ai rien de grave ? » Cette fois, ma question est pertinente, j’en tire même une certaine fierté.
« Je vais prévenir le docteur que vous êtes réveillé, il va venir vous expliquer – elle fait une légère pause – vous avez une capacité de cicatrisation absolument impressionnante. Dans votre cas, de nombreux individus auraient eu besoin de greffes et de plusieurs opérations, mais en trois jours vous avez presque entièrement récupéré. Ça fait plus de dix ans que je fais ce métier et c’est la première fois que je vois ça »
Je l’impressionne, au moins je ne suis pas un patient comme les autres. Peut-être qu’elle peut m’aimer.
« Elle ne t’aime pas. Tu n’es qu’un malade pour elle, comme une saucisse pour un charcutier. Elle ne t’aimera jamais »
Je bafouille, dépité « Je… Je ne sais pas comment je m’appelle »
Elle me regarde, l’air un peu triste « Ne vous inquiétez pas, c’est normal après un tel traumatisme. Vous vous appelez Jérôme Sparel. me dit-elle sur le ton de la confidence.
- Et vous… ? » Je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander, j’aurai peut-être du attendre une autre occasion.
« Je m’appelle Delphine » me dit-elle sans que je puisse déterminer si elle était ennuyée ou contente de me répondre.
Jérôme Sparel, ça ne m’inspire rien de particulier.
Je suis satisfait de connaître enfin mon nom, même si ça n’éveille en moi aucun souvenir particulier. Après tout, ça n’est pas si important que ça. En fait, ma priorité du moment c’est plutôt – comment s’appelle-t-elle déjà ? Ah oui – Delphine.
« Elle ne t’aime pas »
Je la regarde partir et me rendort doucement.

***

Un homme vient de rentrer dans la chambre. Je dormais quand il a frappé, ça m’a réveillé mais je n’ai pas eu le temps de répondre.
« Bonjour, je suis le docteur Martin, c’est moi qui m’occupe de votre cas »
Je réponds par un timide bonjour, tout en attendant la suite du discours.
« Vous êtes arrivé ici en très mauvais état, et pour être honnête je pensais que vous me donneriez beaucoup de travail, mais votre organisme semble être doté d’un pouvoir de récupération hors du commun – il me regarde comme s’il fixait chaque grain de la peau de mon visage, je me sens tout à coup comme une tête de veau scrutée par un client sur l’étal d’une charcuterie – En fait c’est tout à fait extraordinaire » poursuit-il d’une voix beaucoup plus basse, parlant plutôt à lui-même.
J’hésite un peu, et fini par lui demander « Alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? », pendant qu’il continue à me regarder comme une tête de veau.
« Techniquement vous êtes guéri - il reprend sa respiration - mais l’infirmière m’a dit que vous souffriez de problèmes de mémoire ? » ajoute-t-il sur un ton interrogatif.
Il pourrait l’appeler « Delphine » et pas « l’infirmière », il a probablement essayé de coucher avec et elle a refusé. Je n’aime pas ce type.
« Elle ne t’aime pas, elle a couché avec lui, il est docteur et toi tu n’es rien »
Je lui réponds d’un ton presque autoritaire « En effet, je dois souffrir d’une forme d’amnésie – je réfléchis un peu – mais j’en souffrais déjà avant mon agression – je fais une nouvelle pause – je pense que je peux régler ça tout seul »
« Bien sûr, bien sûr, me répond-il, mais peut-être que le milieu sécurisant de l’hôpital peut vous aider. Vous êtes guéri et en parfait état maintenant mais si vous le voulez bien, j’aimerais effectuer quelques tests. Rien de bien méchant, juste quelques prises de sang et des analyses. Vous pouvez rester un peu, le temps de vous remettre les idées en place, aux frais de l’hôpital bien sûr »
Je n’aime pas trop cette dernière remarque, mais d’un autre coté il n’a pas complètement tort. Je n’ai pas d’argent, et nulle part ou dormir, je peux au moins rester quelques jours, et puis comme ça j’aurai toutes les chances de revoir Delphine.

***

J’ai dormi quelques heures après le passage du docteur, je me sens un peu faible maintenant, peut-être parce que je resté allongé trop longtemps. Demain j’essaierai de me lever, il doit bien y avoir moyen de faire un peu d’exercice dans cet hôpital.
Je suis perdu dans mes pensées quand tout à coup la porte s’ouvre. A priori c’est une coutume ici de ne jamais frapper avant d’entrer, mais je n’ai pas le temps d’en ressentir de l’agacement, Delphine rentre en poussant un chariot-repas.
« Re-bonjour, me dit-elle en souriant, j’espère que ça s’est bien passé avec le docteur.
- Très bien, merci » J’imagine que sa question, si c’en était une, est une façon de demander « comment ça va ? » à un malade alité sur un lit d'hôpital.
Elle sort un plateau de son chariot et le pose sur la petite table à coté de moi.
« J’espère que ça va vous plaire, ajoute-t-elle »
Je n’ai même pas le temps de soulever la cloche en plastique qui recouvre l’assiette qu’elle se dirige déjà vers la porte.
« Vous ne restez pas un peu ? » et au moment où je pose cette question, je me rends compte que je connais déjà la réponse. Tant pis, au moins maintenant elle sait qu’elle me plait.
« Désolée, j’ai encore beaucoup de patients, et ils doivent avoir faim » répond-elle en souriant.
« Elle ne t’aime pas, et si tu continues, elle va finir par te détester »
Je murmure un « dommage » sans pouvoir être sûr qu’elle l’ait entendu, puis je m’occupe du plateau-repas qu’elle m’a laissé. J’aurais au moins appris une chose aujourd’hui, la cloche en plastique qui recouvre les plats à l’hôpital n’est pas destinée à garder la nourriture au chaud – le steak haché et les épinards sont à peine tièdes – mais à la cacher le temps qu’il faut à l’infirmière pour quitter la pièce.
Ce repas me permet quand même de recouvrer quelques forces. Une fois terminé, je me sens un peu plus lucide. La prochaine fois, je dois demander comment ils ont eu mon nom à l'hôpital. Je suis surpris de ne pas y avoir pensé plus tôt, à croire qu’après un traumatisme le cerveau ne fonctionne pas de la même façon.

***

Le docteur semble hésiter. Je viens de lui demander comment il connait mon nom.
« J’aurai préféré que la mémoire vous revienne – me dit-il – mais puisque ça n’a pas l’air d’être le cas je vais vous expliquer. Après tout, peut-être que cela vous aidera à vous souvenir. »
Je suis assis sur le lit, attentif, prêt à entendre n’importe quoi à mon sujet.
« C’est la police qui nous a communiqué votre identité. Ils sont venus pendant que vous dormiez. C’est une procédure assez courante dans le cas d’agression comme celle que vous avez subie – Il fait une petite pause.
Vous n’aviez aucun papier sur vous et nous ne savions pas combien de temps vous alliez rester endormi ; votre état était très proche du coma. »
Il fait une seconde pause, l’air visiblement très embarrassé.
« En plus de ça, le propriétaire du chien a porté plainte contre vous, il estimait que vous auriez pu éviter de tuer son animal et voulait vous poursuivre. Ne vous inquiétez pas, les policiers sont repassés pour nous dire que la plainte n’avait pas été retenue, c’est aussi à ce moment qu’ils nous ont donné votre identité.
- Comment l’ont-ils sue ? Quelqu’un s’est inquiété de mon absence ?
- Hum… Non, en fait nous avons effectué des tests et ils disposaient de vos empreintes génétiques dans leur base de données »
Maintenant il a l’air vraiment gêné, il ne m’a probablement pas tout dit. Je décide d’insister un peu.
« OK, vous avez récupéré mon ADN pendant mon sommeil pour pouvoir m’identifier. C’est peut-être la procédure normale et c’était sans doute la meilleure chose à faire… mais est-ce que la police vous a dit pourquoi elle disposait de mes empreintes ?
- Séquestration, viol, actes de barbarie » sa voix est si basse que j’ai du mal à entendre.
« Je suis désolé – il fait une longue pause – Je ne suis pas sûr que cela soit important ou pas pour vous mais si ça peut vous rassurer, votre peine à été purgée. En fait, vous êtes sorti de prison il y a quelques jours »
Je ne sais pas quoi dire. Je me sens maintenant coupable d’un crime atroce dont je ne me souviens même pas.
« Delphine, je veux dire… l’infirmière, est au courant ? »
Il me regarde avec ce qui me semble être un mélange d’étonnement, de mépris, et de pitié.
« Elle était avec moi quand les policiers nous ont donné ces éléments. Pour être honnête, ils nous ont aussi dit de prendre nos précautions, mais si ça peut vous rassurer, pour nous vous n’êtes qu’un cas médical comme n'importe quel autre »
« Tu es un criminel de la pire espèce, amoureux d’une infirmière. Tu peux t’estimer heureux qu’elle ne te considère QUE comme un cas médical, mais elle ne t’aimera jamais »

***

Le docteur est face à moi et je suis en train de lire attentivement le contrat qu’il m’a donné. Si je signe, je deviens chercheur assistant dans cet hôpital. Cela signifie que je serai convenablement payé pour faire des prises de sang régulièrement, jusqu’à ce qu’ils trouvent la raison pour laquelle mon corps à pu régénérer si rapidement. S’ils parviennent à exploiter leurs découvertes sur le plan commercial, j’aurai alors la certitude de toucher des royalties monumentales jusqu’à la fin de mes jours. Tout cela me semble assez tentant.
Je réfléchis; concernant mon amnésie, j’ai renoncé à essayer de me souvenir, après tout ma dette à la société est payée et je ne peux pas refaire le passé. En fait, c'est pour moi l’occasion de prendre un nouveau départ, et je ne suis pas sûr d’en être capable en côtoyant des gens qui ont eu connaissance de mes crimes. Je n’arrive même pas à entamer la conversation avec Delphine, je sais qu’elle voit en moi un criminel et je trouve ça d’autant plus injuste que je ne me souviens de rien, et que je sais être incapable de commettre les actes qui m’ont été reprochés.
« Tu n’as plus de passé. Tu es un homme neuf. C’est la seule occasion qui t’est donnée de repartir à zéro sans rien devoir à personne, ne la rate pas »
« Docteur, j’ai bien réfléchi, et je dois refuser votre offre.
- Vous êtes sûr ? C’est dommage, la médecine aurait pu faire de grand progrès grâce à vous, et beaucoup de gens aimeraient avoir un emploi comme celui qui vous est proposé.
- Je sais, mais ça n'est pas pour moi. Vivre en donnant mon sang ne m'enthousiasme pas, même si c'est pour une bonne cause »
Je me rends bien compte que je suis en train de renoncer à quelque chose de précieux. Tout le monde rêve d’être payé à rien faire et je suis en train de refuser cette proposition. En fait, même si je voulais travailler, le temps passé à l’hôpital pour les tests ne m’empêcherait pas d’avoir une autre activité, mais je ne sais pas pourquoi, j’ai la certitude que si j’acceptais cette offre, cela me couterait bien plus qu’un peu de mon sang.
« De toute façon elle ne t’aime pas, elle couche avec le docteur. Sauve-toi et oublie là »
C’est dommage pour Delphine, nous aurions fait un beau couple, elle aurait été heureuse avec moi. Elle fait partie de ces femmes avec qui je sais que j’aurai pu envisager quelque chose de sérieux sans avoir besoin de la connaître ; une passante comme on en croise parfois, toujours au mauvais endroit ou au mauvais moment.
« Tu ne l’oublieras jamais, mais tu dois t’en aller, elle vivra mieux sans toi »
Je vais donc partir. Le début va être difficile, je n’ai absolument rien. Ni argent, ni adresse, ni papiers. Il paraît qu’il faut toujours avoir au moins deux euros dans sa poche, ça évite de se faire arrêter pour vagabondage. Je n'ai même pas deux euros, mais je ne crois pas à ces idioties, tant que je ne fais de mal à personne je ne vois pas ce qu’on peut me reprocher.
Je partirai demain matin, ça me laissera un peu de répit avant que la nuit ne tombe. En une journée sur Paris je trouverai bien un endroit où dormir. Au pire un pont sous lequel je pourrai m’abriter fera l’affaire, les nuits ne sont pas trop fraiches en ce moment.
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