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 Les aventures de Sparadrap Jo - 4

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Vincent C
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Nombre de messages : 49
Date d'inscription : 10/12/2008

MessageSujet: Les aventures de Sparadrap Jo - 4   Lun 20 Avr à 17:14

Il y a quand même une chose qui me manque depuis que j’ai quitté l’hôpital, c’est la lecture. Je ne sais pas si j’aimais lire ou pas avant mon amnésie, et ça ne m’intéresse pas vraiment de le savoir, mais j’ai lu quelques romans fantastiques que m’avait prêtés Delphine à l’hôpital, et j’ai vraiment apprécié. Maintenant, il me reste les gratuits dans le métro, mais si ma curiosité est satisfaite, j’aimerais aussi pouvoir stimuler un peu mon imagination.
C'est pour ça que j’aime les romans fantastiques, ils me permettent d’accéder à un autre monde. Je ne vois pas cela comme une fuite, mais plutôt comme une superposition. L’imaginaire me permet d’ajouter quelques éléments de mon choix au monde dans lequel je vis.

***

Certain prennent des substances pour modifier le regard qu’ils sont sur les choses, moi je me contente d’utiliser mon imagination, et la lecture de livres fantastiques m’offre à chaque fois de nouvelles voies à explorer.
L'une de mes occupations favorites est de superposer le réel et l’imaginaire. Ça n’est pas de la pensée magique, c’est une pratique sérieuse qui donne des résultats tangibles, même si la plupart des gens restent sceptiques. je vais vous donner quelques exemples des résultats que j’ai réussi à obtenir grâce à ce procédé. Je vous laisse trouver par vous-mêmes une explication, effet placébo, chance, ou même affabulation, j’aimerai vous convaincre mais ma priorité reste de continuer mes expériences dans ce domaine et d’en évaluer les résultats.
Les exercices auxquels je me livre sont axés sur la méditation et la visualisation, leur principal intérêt est de me préserver des problèmes de santé. J’apprécie beaucoup mon mode de vie mais je dois bien admettre que la moindre maladie aurait pour moi des conséquences biens plus fâcheuses que pour vous. Je n’ai pas de docteur référent, pas de carte de sécurité sociale, et pas la moindre envie de quémander une hospitalisation si je venais à ressentir la moindre douleur au niveau de l’appendicite ; tomber malade m’est tout simplement interdit. Alors, dès que je sens une faiblesse s’installer, que ce soit sous la forme de courbatures, de gorge irritée, ou de maux de crâne, je pratique un exercice qui m’a toujours guéri en quelques heures. L’élaboration m’en est venue naturellement, mais peut-être est-ce une résurgence de souvenirs antérieurs à mon amnésie.
La condition préliminaire est de se placer dans un état mental proche de l’exaltation. Il faut ressentir les mêmes fourmillements que ceux qui surviennent à la lecture d’actes héroïques dans un bon roman d’aventures. Si vous n’avez jamais ressenti ce frisson le long de votre échine, au creux des reins, autour des cuisses, ou au bout des doigts, peut-être ne pourrez vous jamais vous guérir de la même façon que moi, mais si vous savez de quoi je parle quand je dis que l’évocation de la puissance suffit à comprendre que nous sommes bien plus que ce que nous pensons être, alors vous pourrez essayer cette méthode le jour où vous vous sentirez un peu fébrile.
Dans un premier temps, il faut cesser de vous considérer comme un simple individu, vous êtes bien plus que ça ; vous êtes un univers. Vous êtes composé d’atomes et de molécules semblables à des planètes et à des galaxies. Vous n’avez rien à envier au monde qui vous entoure, vous êtes son égal. S’il est possible de gagner de l’assurance en s’imaginant plus grand que ce que l’on est réellement, tout sera à votre portée lorsqu’après un peu d’entrainement, vous pourrez vous imaginer aussi grand que l’univers.
Une fois dans cet état, il est possible d’utiliser des forces dont les effets sur le corps sont tout simplement hallucinants ; il suffit pour cela de visualiser des symboles à l’endroit où l’on veut les voir agir sur notre corps, ou même de se visualiser comme l’un de ces symboles.
Lorsque j’ai besoin de guérir d’un mal quelconque, ce qui est hélas assez courant depuis que je vis sans chauffage dans des conditions précaires, je me mets dans cet état et m’imagine ensuite être un arbre, un arbre qui plongerait ses racines dans le centre de la terre et dont le feuillage atteindrait le ciel, l’arbre de vie et d’immortalité cher aux celtes et aux grecs anciens. On retrouve en fait ce symbole dans toutes les religions.
Peut-être que la régénération si surprenante de mes tissus après mon agression était liée au fait que j’avais déjà pratiqué cet exercice avant mon amnésie, peut-être aussi que ma bonne santé est uniquement liée à l’effet placébo que cela entraine chez moi, toujours est-il que n’ayant pas souffert du moindre rhume pendant plus de quelques heures depuis que j'en suis adepte, je ne renoncerai pour rien au monde à cette forme de thérapie.

***

N’ayant pas les moyens de m’acheter des livres, je dois aller à la FNAC pour trouver de nouvelles sources d’inspiration. Ça fait maintenant plusieurs mois que j’y vais régulièrement. Au début, j’avais un peu peur que les vigiles ne me laissent pas rentrer, mais ça s’est bien passé. Bien sûr, les premières fois il y avait toujours un employé pour surveiller que je ne vole pas des livres, ou que je n'en abime pas, et puis comme j’allais toujours dans le même magasin, ils se sont habitués à me voir. Il faut dire aussi que je fais toujours attention d’être le plus propre et le plus présentable possible quand j’y vais.

***

Je me suis installé au rayon manga et comme je n’ai pas grand-chose à faire aujourd’hui, je compte y passer plusieurs heures. Ce que j’aime dans ces bandes dessinées, c’est l’absence de limites à l’imagination, autant sur le plan du graphisme que des scénarios. La sobriété des traits laisse toute place à l’imagination pour se plonger dans ces mondes et y vivre quelques instants merveilleux .
C’est le propre des artistes de représenter bien plus que leurs sujets dans leurs œuvres. Les grands peintres sont capables de mettre un peu d’eux-mêmes dans chacun de leurs tableaux. Mais c’est seulement au Japon que cette forme d’expression artistique s’est démocratisée au point de se mettre à la portée de tous. Ces dessins, même s’ils ne sont pas emprunts d’une haute philosophie ou d’une quelconque spiritualité, n’en représentent pas moins un état d’esprit que l’auteur transmet à tous ses lecteurs.

***

Il y a un type bizarre pas loin. Il me regarde. Je suis en train de lire tranquillement un album de « cow-boy bebop » et cet homme me regarde depuis maintenant plusieurs dizaines de minutes. Il semble sorti d’un roman cyber-punk, long manteau en cuir noir au col relevé, fines lunettes rondes cerclées d’acier, et des cheveux gris coupés en brosse. Il mesure plus d’un mètre quatre-vingts et semble de carrure assez solide.
J’ai l’habitude d’être dévisagé par les clients quand je viens lire ici, mais la plupart du temps ce sont des étudiants ou des enfants déconcertés par ma présence ; il faut une certaine maturité pour accepter qu’un vagabond sans logis puisse profiter de lieux où la culture est accessible, alors qu’il serait mieux dehors à chercher du travail.
Cet homme semble avoir la trentaine et n’affiche aucune hostilité, je sens néanmoins sur moi le poids de son regard. Comme s’il cherchait à me dire quelque chose, ou à lire dans mes pensées.
« C’est un allié, ne t’inquiète pas »
Je ne suis plus assez concentré pour apprécier ma lecture, je referme le livre et le range sur l’étagère, regardant les ouvrages aux alentours, et attendant une réaction de la part de cet étrange observateur. Je reste plusieurs secondes sans regarder dans sa direction, et tout à coup, je sens sa présence derrière moi, je me retourne et il est là.
« Bonjour, me dit-il d’un ton neutre.
- Bonjour » je ne sais vraiment pas quoi dire, et seul le ton légèrement interrogatif que j'emploie nous épargne de nous retrouver face à face et silencieux.
Il reprend la parole. « Je sais que cela peut paraitre étrange, mais je vous connais bien, assez en tous les cas pour que nous puissions nous entraider mutuellement »
Je ne réponds rien, il fait une légère pause.
« Ça n’est pas un très bon endroit pour discuter sérieusement » dit-il en me tendant une carte de visite que j’accepte naturellement.
« Mon adresse est inscrite dessus, vous pouvez passer quand vous voulez »
Je ne sais toujours pas à qui j’ai affaire. Je me sens obligé de lui demander qui il est, avant de décider si je peux donner suite à sa demande ou non.
« Et vous êtes ?
- Je suis un éveillé. Mon nom, comme le votre, n’a pas vraiment d’importance » me répond-il.
Puis il me tend une clé en ajoutant
« Tenez, comme ça vous ne risquez pas de faire le déplacement pour rien »
Je récupère la clé, massive comme ces clés de châteaux médiévaux, et la mets dans ma poche, avec la carte de visite. Mon étrange interlocuteur, qui ne veut même pas me donner son nom se retourne et se dirige vers la sortie. Mon cerveau semble trop engourdi pour me permettre de dire quelque chose d’intelligent, mais je décide de le suivre à bonne distance.
Sorti du hall commercial, j’ai à peine le temps de le voir entrer dans une Mercedes noire qui ne s’est arrêtée que quelques secondes sur le bord de la route.
J’ai été abordé par un inconnu avec chauffeur, et je ne suis pas sûr que cela doive me rassurer.
Sur la carte de visite figure uniquement une adresse dans le centre de Paris.

***

Je n’y suis pas allé le jour même. Peut-être parce que je me doutais que ma vie allait radicalement changer, je voulais profiter encore de quelques jours de cette marginalité, devenue ma plus fidèle compagne. Maintenant, je suis installé confortablement dans un sofa en cuir, face à la tour Montparnasse que je contemple à travers la baie vitrée d’un vaste appartement parisien.
Je suis arrivé il y a quelques jours, et j’ai trouvé ce logement meublé et vide avec une feuille de papier sur la table du salon, et sur laquelle il était inscrit « Vous pouvez vous installer, et faire comme chez vous. Pour vos dépenses, une carte de crédit est dans la table de chevet de la chambre. Le compte est approvisionné avec dix-mille euros et sera réapprovisionné de trois-mille euros tous les mois. Vous pouvez dépenser l’argent comme bon vous semble et redécorer l’appartement si vous le désirez. Je passerai lundi soir à 21h00. »

***

Cela faisait longtemps que je n’avais pas dormi dans un vrai lit. En fait, si j’écarte le lit d’hôpital et le pucier de l’hôtel dans lequel je m’étais réveillé avant mon agression, je ne me souviens même plus de ce que c'est. Le lendemain soir de mon arrivée, j'étais repassé au cimetière pour récupérer les affaires qui m’avaient servi pendant mon errance. Je ne pouvais pas les abandonner, après tout je ne sais toujours pas si la situation dans laquelle je suis en ce moment va durer, et je préfère être prêt à repartir à tout moment si les choses prennent une tournure qui ne me convient pas.
« Ne t’inquiète pas, ce n’est que le début »
L’appartement est particulièrement cossu ; salon, cuisine, chambre, salle de bain, et même une salle de sport et une bibliothèque. Le soir de mon arrivée, avant de me coucher dans le grand lit, j’ai passé plus d’une heure dans la baignoire et une autre heure dans la salle de bain à me faire propre. Je ne voulais pas salir les draps dès la première nuit. Le lendemain, j’ai fait plusieurs heures de sport et après un déjeuner rapide, j’ai passé l’après-midi à lire dans la bibliothèque. Le jour suivant, je suis allé faire des courses, comme quelqu’un de normal, et j’avais oublié à quel point on pouvait perdre son temps à faire toutes ces futilités ; prendre le métro, acheter des vêtements, passer devant les magasins et se demander se dont on a besoin, prendre un café en terrasse, sourire à une inconnue. Je n’étais pas sûr de pouvoir vivre comme ça très longtemps et j’avais hâte que se passent le weekend afin de pouvoir discuter avec cet inconnu qui m’a fait cet étrange cadeau.
Nous sommes lundi et il est maintenant bientôt neuf heures. Je pense avoir affaire à quelqu’un de ponctuel. J’ai eu le temps d’acheter quelques alcools. Après tout, ça n’est pas parce que je suis invité que je dois m’affranchir des règles de courtoisie les plus élémentaires.

***

Il est neuf heures, j’entends frapper à la porte.
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