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 Les aventures de Sparadrap Jo - 5

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Vincent C
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Nombre de messages : 49
Date d'inscription : 10/12/2008

MessageSujet: Les aventures de Sparadrap Jo - 5   Lun 29 Juin à 8:26

Mon étrange invité n’a pas changé depuis la dernière fois que je l’ai vu. Il a fini par accepter de me donner son prénom afin de faciliter la conversation, je ne suis pas particulièrement à cheval sur l’étiquette mais j’ai du mal à rester naturel face à quelqu’un dont je ne connais rien et qui est la source de tous mes revenus.
François, puisqu’il dit s’appeler ainsi, appartient à une « organisation non-gouvernementale » qui effectue des recherches sur les phénomènes extraordinaires. J’ai immédiatement pensé avoir affaire à une secte, mais les sectes ne logent pas les vagabonds, surtout au cœur de Paris, et ne leur donnent pas d’argent.
« Nous nous intéressons à vous pour les capacités de récupération tout à fait hors du commun dont vous avez fait preuve dernièrement à l’hôpital » finit-il par me dire. Nos recherches, nous laissent croire qu’il s’agit en fait d’un phénomène facilement maitrisable, à la portée de tous, mais les cas d’emploi spontané et naturel de la technique qui permet d’arriver à un tel résultat, et surtout en si peu de temps, restent exceptionnels. Vous pourriez donc faire avancer prodigieusement nos recherches si nous travaillions ensemble.
- On m’a déjà fait un tas d’examens à l’hôpital » dis-je, cherchant à collaborer du mieux que je peux tout en refusant de jouer à nouveau les cobayes.
« Nous n’avons pas la même approche que les docteurs, nous sommes persuadés que si l’on trouve quelque chose de spécial dans votre sang, ça ne sera que l’effet, et non la cause, de ce qui vous a permis de récupérer si facilement. Nous pensons que ce qui provoque ce phénomène n’est pas de nature rationnelle »
Je ne peux pas m’empêcher de penser à l’exercice de l’arbre, que je tiens pour responsable de ma bonne santé, et lui demande « Vous voulez dire qu’il y a "quelque chose" qui me donne cette capacité de récupération ?
- Pour nous, cela ne fait aucun doute. Nous voulons vous associer à nos recherches parce que vous semblez doué ; mais quels que soient les causes de ce phénomène, leur analyse s’avèrera probablement complexe. Vous souffrez d’amnésie n’est-ce pas ? Peut-être faudra-t-il que nous nous penchions sur votre passé pour trouver la clé du mystère. Bref, cela ne se fera pas facilement, et prendra du temps. Pour l’instant, je veux juste vous expliquer pourquoi nous avons décidé de vous venir en aide sur le plan pécuniaire ; et vous laisser réfléchir sur la possibilité de travailler avec nous. »
Après ce long monologue, à peine entrecoupé de quelques courtes pauses, je me rends compte que François n’attend aucune réponse de ma part, mais juste un acquiescement poli que je lui donne facilement. Je lui promets de réfléchir, tout en me montrant a priori enthousiaste pour un tel projet, mais sans me prononcer définitivement. Devant l’étrangeté de la situation, je pense qu’il comprend assez bien que j’aie besoin d’un peu de temps pour m’engager plus avant.
Il se lève et fait mine de partir quand il semble se rappeler de quelque chose qu’il avait oublié « J’ai amené quelques ouvrages de référence sur le phénomène qui nous préoccupe, vous pourrez les consulter et me donner votre avis, ça sera une bonne façon de commencer à travailler si vous décidez de nous aider » et il pose sur la table basse quelques livres de poche qu’il sort de son attaché-case. Puis je raccompagne mon étrange visiteur jusqu’à la sortie où il me gratifie d’une cordiale poignée de main avant d’ajouter « Ensemble, nous pouvons faire de grandes choses ».
« Il va t’aider. Accepte »

***

Une fois seul, je jette un coup d’œil aux ouvrages que François m’a laissés. Je suis surpris de constater qu’il s’agit presque exclusivement de romans et de thèses sur des sujets particulièrement complexes. Je m’attendais à devoir lire le livre des morts égyptien ou le manuel sur la visualisation créatrice, et je me retrouve confronté à la relativité et à la théorie des cordes. Pire, l’un de ces livres, qui semble être un roman, est en anglais « Warped passages » de Liza Randall. Je le feuillette rapidement, et me rend compte que je comprends parfaitement ce qui y est écrit, je n’ai même pas besoin de le traduire, les mots anglais font directement sens dans mon esprit. J’ai du parler anglais couramment avant mon amnésie. Peut-être que François a raison sur mon passé. Je ne suis pas sûr de pouvoir lui apporter l’aide qu’il désire dans le cadre de ses recherches mais peut-être peut-il m’aider à faire la lumière sur cette partie de ma vie qui m’échappe. Je constate aussi qu’il a aussi laissé un CD musical avec les livres, « Hypermusic ». Je décide de m’en servir pour accompagner la lecture du plus petit livre qu’il m’a laissé, je suis trop fatigué pour trouver le courage de m’attaquer à un plus gros volume. Le CD contient un seul morceau de deux heures qui semble être un opéra, tout au moins au départ. Je m’installe confortablement et commence la lecture de « Le royaume de Morphée, caractéristiques du monde des rêves ».

J’avais un peu peur de tomber sur un de ces ouvrages bidons sur l’interprétation des rêves, le genre de lire où il est écrit « si vous rêvez que vous croquez une pomme, c’est que vous manquez d’affection », ou pire « si vous rêvez que vous êtes dans une bibliothèque, c’est que vous êtes de nature curieuse », mais non, l’ouvrage que je suis en train de lire est plutôt une étude, qui semble bien élaborée, sur les rêves.
On y apprend entre autre, que certains sens sont naturellement absents du monde onirique. À moins d’une intervention extérieure pendant le sommeil, les sens matériels ne sont pas sollicités. L’auteur entend par « sens matériels » ceux qui servent à appréhender la matière, comme le toucher, le gout, et l’odorat ; notre perception dans le monde du rêve, se limiterait à l’appréhension des ondes (lumineuses ou sonores) de l’espace (orientation, sensation de chute) et de certaines émotions.
Ce livre regorge de comparaisons entre le monde réel et le monde onirique, et même si le sujet ne me passionne pas particulièrement, l’approche me séduit et je parviens à le lire facilement. J’ai juste quelques réserves sur la théorie finale, qui affirme que le monde du rêve est un monde à part entière dans lequel nous évoluons lorsque nous dormons, mais dont la perception nous apparait déformée par notre propre subjectivité. « Ainsi, l’âme du rêveur, n’est ni dans un univers fantasmé, ni dans un univers indépendant. Elle se retrouve dans un monde parallèle dont les lois sont différentes de celles qui régissent la matière, la difficulté à appréhender ce monde de façon rationnelle subsiste dans l’interprétation subjective que nous en faisons, et dans le fait que, ce monde étant immatériel, nous devons y évoluer sans outils et de façon désincarnée, c'est-à-dire sans notre cerveau, amputé de notre mémoire rationnelle et de notre capacité d’analyse. »
Je termine le livre alors que le CD continue à jouer un opéra chanté par un couple, et dont la voix de la femme se fait, à grand renforts d’effets électroniques, de plus en plus étrange. L’esprit un peu saturé par ces mélopées et par la lecture que je viens de terminer, je décide d’aller me coucher.

Le désert, à perte de vue, un horizon sans le moindre relief mais même la limite entre la terre et le ciel semble flou, le sol semble ferme, il n’y a rien, absolument rien.
J’arrive.
« Tu vois un cube, à quoi ressemble-t-il ? »
Il flotte, à environ un mètre du sol. Il pivote sur l’une de ses diagonales, comme une toupie, lentement. Il fait environ de deux mètres de haut, il est noir et brillant, comme l’onyx.
« D’accord, et maintenant tu vois un cheval, décris le moi »
C’est un cheval blanc, à la crinière blonde. Il semble léger, rapide et fougueux. C’est un cheval sauvage, mais je sens qu’il m’attend, qu’il est là pour moi.
« Très bien, maintenant, il y a une échelle. Comment est-elle disposée, à quoi ressemble-t-elle ? »
C’est une échelle normale, mais elle tient toute seule à la verticale. Elle est près du cube et depuis son sommet on pourrait le toucher.
« Maintenant, imagine qu’il y ait eu une tempête. Décris le paysage après cette tempête. Qu’est-ce qui a changé ? »
Rien n’a changé. Le cheval est juste un peu nerveux.

Drôle de rêve.

***

Je m’éveille tranquillement. J’aime bien penser aux rêves que j’ai faits pendant la nuit, celui là était particulièrement précis. Peut-être que ce livre sur le monde de Morphée m’a un peu influencé. En attendant, je ne vais pas reprendre tout de suite la lecture des ouvrages que m’a confiés François, un peu de recul m’aidera à tout assimiler. En fait, je vais essayer d’élargir mon champ de vision. Je ne sais pas ce que François cherche à me faire comprendre, mais si je veux garder mon libre arbitre et mon esprit critique face à ce qu’il me propose, j’ai tout intérêt à ne pas m’en tenir uniquement à sa version.
Première étape, vérifier à qui j’ai affaire, et pour ça internet reste un outil incontournable. Je ne suis pas un grand spécialiste de la recherche en ligne, j’ai donc comme première idée de saisir les titres des ouvrages qui m’ont été confiés pour voir si je peux leur trouver un dénominateur commun. J’atterris sur un blog, ce qui ne va pas m’aider pour identifier mes bienfaiteurs, mais qui va peut-être m’éclairer sur leurs motivations.
C’est assez bien construit. On y trouve une théorie générale sur les phénomènes métaphysiques, puis quelques exemples et témoignages sur des cas plus particuliers (voyance, hypnose, télékinésie…)
La théorie générale s’appuierait sur les études les plus récentes dans des domaines aussi variés que la physique, la psychologie, et l’anthropologie.
En résumé, l’univers ne serait infini qu’en théorie, au fur et à mesure que l’on se rapprocherait de sa périphérie, il serait composé de plus en plus d’énergie et de moins en moins de matière, jusqu’à n’être qu’énergie pure. Ce serait les règles physiques, très différentes de celles qui s’appliquent dans le monde matériel, s’appliquant dans cet univers exclusivement composé d’énergie, qui lui conféreraient son caractère infini. En effet, les notions de distance et de temps ne s’y appliqueraient pas.
En d’autres termes, l’univers serait comme une bulle, dont l’extérieur serait infini dans l’espace et dans le temps mais dont l’intérieur serait soumis aux règles de la physique mécanique en plus d’être soumis à celles qui s’appliquent à l’extérieur de la bulle.
Les exemples qui suivent, et qui sont censés donner un cadre logique aux phénomènes paranormaux, s’appuient tous sur la même théorie. Les êtres capables d’imagination ont une partie d’eux-mêmes qui est consciente de vivre dans cette dimension d’énergie pure (appelée par commodité éther) et qui serait en fait à l’origine de tout acte de création ex-nihilo. Ainsi les grands artistes, en plus de maitriser la technique nécessaire pour faire percevoir leur art dans le monde matériel, seraient simplement « plus à l’écoute » de cette partie d’eux-mêmes.
Une autre partie du blog décrit sommairement les lois qui règnent dans l’éther. Pour les trouver, l’auteur dit s’être appuyé sur la physique quantique comparée à la physique mécanique, mais aussi sur les textes sacrés ou ésotériques lorsque ceux-ci mentionnent un autre monde.
Dans l’éther, l’air ne vibre pas, il n’y a donc pas de sons, en revanche, les idées peuvent s’échanger et l’on peut communiquer par ce biais. Les durées et les distances n’existent pas non plus, on peut donc se télé transporter, ou même se trouver dans plusieurs endroits à la fois, on peut aussi voir le passé et l’avenir, pour peu qu’il soit inéluctable, et donc avéré.
Là où cela se complique, c’est que les êtres évoluent dans l’éther sous leur forme éthérée, ça parait idiot à dire comme ça mais les conséquences sont loin d’être négligeables.
Au niveau des sensations, on ne peut pas être ébloui ni assourdi puisque ce ne sont que les symptômes des limites physiques de nos yeux ou de nos oreilles. De plus, on perd les sensations d’odorat, de gout et de toucher, puisqu’elles sont liées au contact avec les molécules du monde réel.
Sur le plan des souvenirs, on perd la partie non-émotionnelle de notre mémoire, qui n’est rien d’autre que le stockage des données dans nos neurones. En revanche, certaines données, comme les émotions ou les traumatismes, restent accessibles. On perd aussi notre capacité à raisonner, ce qui explique d’ailleurs la stupidité de nos comportements lorsque nous rêvons ; cette chose dont nous sommes si fiers et que nous appelons notre logique semble donc n’être que la conséquence du fonctionnement de nos neurones, et ils ne nous suivent pas lorsque nous nous aventurons dans l’éther.
Cette idée d’être composé de plusieurs personnalités évoluant sur des plans différents est assez séduisante. D’abord parce que cela me permet de relativiser mes problèmes de mémoire et de voix que j’entends parfois, ensuite parce qu’il faut bien qu’il y ait une raison à tout ça, à mon réveil dans un hôtel crasseux, à mon agression par ce molosse, et à tout ce qui m’est arrivé par la suite, et si je veux bien croire qu’une partie de tout ça soit liée au hasard, j’ai la certitude que le hasard ne peut pas tout expliquer.
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